Dans le monde du travail et de l’entreprise, les hommes et les femmes ne sont pas égaux. En dépit des améliorations et des réformes constatées en matière de lutte contre la discrimination des genres, les écarts demeurent nombreux et nécessitent davantage d’efforts notamment pour une adéquation entre les législations des pays et leurs réalités de terrain. Le chef de l’ONU appelle à investir massivement dans l’accès des femmes à la formation et à un travail décent…

Par Kahina Sidhoum
Dans son message à l’occasion du 8 mars, Journée mondiale des droits des femmes, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a relevé que «dans trop de domaines, les femmes voient leurs droits régresser». «Les femmes et les filles ont été éloignées des écoles et des lieux de travail par la pandémie. Elles souffrent de la montée de la pauvreté et de la violence. Elles assument la plus grande part du travail de soin dans le monde, un travail non rémunéré et pourtant essentiel», a-t-il fait observer, déplorant que les femmes soient «honteusement sous-représentées» dans les sphères du pouvoir et les conseils d’administration.
Le chef des Nations unies préconise d’investir massivement dans l’accès des femmes à la formation et à un travail décent. Un thème abordé par la Banque mondiale (BM), dans un rapport publié cette semaine, sur les femmes au travail. Selon le document de la BM, environ 2,4 milliards de femmes en âge de travailler ne bénéficient pas de l’égalité des chances économiques, relevant que 178 économies maintiennent toujours des obstacles juridiques qui empêchent leur pleine participation à la vie économique. Dans 86 économies, les femmes sont confrontées à une forme de restriction d’accès à l’emploi alors que 95 autres ne garantissent pas un salaire égal pour un travail de valeur égale, relève la BM dans son rapport, indiquant que les femmes ne disposent toujours que des trois-quarts des droits juridiques accordés aux hommes : le score moyen mondial établi par le rapport est de 76,5%, note maximale qui indique une parité juridique totale.
Sur l’égalité des genres dans le monde du travail et en milieu professionnel, l’Organisation internationale du travail (OIT) a déjà alerté, dans une note de synthèse publiée en juillet 2021, sur les inégalités entre hommes et femmes, leur aggravation pendant la pandémie de Covid-19 et leur persistance dans un avenir proche. D’après cette note, on apprend qu’il y aura 13 millions de femmes ayant un emploi en moins, en 2021, par rapport à 2019, tandis que l’emploi des hommes aura retrouvé son niveau de 2019. Intitulé «Bâtir un avenir plus équitable : les droits des femmes au travail et en milieu de travail au cœur de la reprise post-Covid», le document de l’OIT montre que les femmes ont subi des pertes disproportionnées en matière d’emplois et de revenus en raison du fait qu’elles étaient sur représentées dans les secteurs les plus touchés comme, par exemple, l’hôtellerie et la restauration ainsi que le secteur manufacturier.
Toutefois, toutes les régions ne sont pas touchées avec la même intensité. Les Amériques et les Etats de la région Mena (Moyen-Orient-Afrique du Nord) ont subi les pertes les plus sensibles en ce qui concerne l’emploi des femmes en raison de la pandémie durant la période 2019-2020, 9,4 % pour les premières et 4,1% pour les seconds. Depuis, et bien que les écarts de revenus restent importants entre hommes et femmes, la tendance est à l’amélioration à la faveur notamment des améliorations apportées au dispositif juridico-légal pour une meilleure intégration des femmes dans le monde du travail. Dans son rapport publié cette semaine, la Banque mondiale indique, par exemple, que 23 pays, dont la majorité font partie de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (Mena), ont réformé leurs lois en 2021 afin d’introduire des réformes indispensables à l’inclusion économique des femmes en dépit des effets disproportionnés de la pandémie de la Covid-19.

Algérie, des contraintes structurelles et un besoin d’expertise
Quid de l’Algérie ? Notre pays dispose d’une législation d’encouragement à l’insertion des femmes dans le monde du travail et la vie économique, mais l’emploi féminin demeure contraint par les données structurelles de l’économie nationale, les difficultés de mobilité et par un marché du travail à l’offre limitée, ont rappelé, dimanche à Alger, la juriste Nadia Aït Zaï et l’économiste Mouloud Hedir. L’une et l’autre se sont exprimées lors d’une rencontre organisée par le think tank Care en partenariat avec l’ambassade d’Espagne sur l’inclusion économique des femmes. «Nos textes juridiques ont toujours été favorables à la participation des femmes à la vie économique», a déclaré Nadia Aït Zaï, soulignant que l’Algérie a ratifié un grand nombre de textes relatifs au travail qui constituent la source du code de travail algérien, consacrant l’égalité homme-femme et bannissant la discrimination. Mais, en dépit de ces textes de lois favorables, la présence des femmes sur le marché du travail demeure assez faible, a-t-elle fait constater. Parmi les raisons de cette faiblesse, le manque de moyens de transport, l’éloignement entre le domicile et le lieu de travail et l’offre plutôt restreinte du marché algérien du travail à des secteurs auxquels de nombreuses femmes n’ont pas accès ou difficilement.
A ce sujet, Mouloud Hedir a estimé que la diversification de l’économie nationale favoriserait davantage l’intégration des femmes dans la participation au développement économique du pays en leur ouvrant de nombreux créneaux prometteurs. Il a souligné que le modèle de la croissance algérienne actuel, porté jusque-là par les secteurs des hydrocarbures et le BTP, est «lourdement handicapant» pour les femmes notamment pour celles qui ont fait des études supérieures». Certes, la législation algérienne favorise le travail des femmes et leur participation au développement de l’économie, mais il y a beaucoup de chemin à faire pour concrétiser cette parité sur le terrain», a-t-il jugé, en ajoutant que la question de l’emploi féminin, un «potentiel inexploité pour l’économie algérienne», devrait être sérieusement analysée et faire l’objet d’études approfondies.