19 juin 2020. 64 années sont passées depuis l’exécution du moudjahid Ahmed Zabana, à l’âge de 30 ans, par les autorités françaises à la prison Barberousse, actuellement Serkadji, et dont le nom reste étroitement lié aux crimes atroces commis par le colonisateur à l’encontre des Algériens.

Ahmed Zahana, surnommé Hmida par ses compagnons et sa famille, aura, lui, payé de sa vie son engagement dans la lutte pour la libération de l’Algérie du joug colonial. L’histoire retient qu’il a été l’un des pionniers de la Révolution algérienne et qu’il avait été actif avant même le déclenchement de la guerre de libération, le 1er Novembre 1954, en militant au sein du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).

Fait prisonnier pour ses idées révolutionnaires en 1950, ce héros, natif de Mascara, sera libéré en 1953. Il ne tardera pas à reprendre ses activités en participant à l’élimination du garde forestier François Braun dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, à la maison forestière de la Mare d’eau.

Arrêté 8 jours plus tard, Ahmed Zabana sera jugé et condamné à mort par un tribunal militaire français. Une sentence tombée en dépit des menaces lancées en cette période par Abane Ramdane, chef FLN de la zone d’Alger, aux autorités françaises. « Si le gouvernement français faisait guillotiner les condamnés à mort, des représailles terribles s’abattraient sur la population civile européenne », avait prévenu l’un des chefs historiques de la Révolution algérienne, cité par l’historien Khalfa Mameri dans son œuvre « Biographie d’Abane Ramdane ».

Et c’est le 19 juin 1956, vers 04 heures du matin, qu’Ahmed Zabana sera exécuté à Barberousse, sous les cris de ses compatriotes et frères d’armes, eux aussi emprisonnés. Des « Allahou Akbar » et « Vive l’Algérie » qui faisaient tressaillir, comme à chaque circonstance du genre, les bourreaux et leurs maîtres de l’armée française qui les chargeaient de la sale besogne. Celle qui a avait coûté la vie à 222 combattants algériens en cinq ans. Parmi eux, Abdelkrim Ferradj, exécuté, à son tour, quelques minutes seulement après Zabana, dans la même ambiance d’émotion et de deuil parmi ses amis de cellules de la tristement célèbre Barberousse à Bab Djdid (Alger).

En effet, Hmida était le premier d’une longue liste d’Algériens à subir les affres de la guillotine pratiquée par l’armée française dans les geôles qu’elle avait construites un peu partout à travers le pays. Avant sa mort, le chahid Zabana avait adressé une lettre d’adieu à sa famille et ses proches pour les consoler, en leur rappelant que la mort pour « la cause d’Allah » est une vie qui n’a pas de fin et que les martyrs vivront pour toujours.

Considérant sa mort pour l’Algérie, sa patrie, comme un devoir il avait écrit : « Mes chers parents, ma chère mère. Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu’il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu, car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin et la mort pour la patrie n’est qu’un devoir. Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l’être le plus cher pour vous. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi ». Et ajouter : « Enfin, recevez les salutations d’un fils et d’un frère qui vous a toujours aimés et que vous avez toujours aimé. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevrez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu’à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheira, Salah et Dinya et à toi mon cher frère Abdelkader ainsi qu’à tous ceux qui partageront votre peine. Allah est le Plus-Grand et Il est Seul à être équitable. Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur H’mida », était les derniers mots qu’a écrit Ahmed Zabana, le martyr de la Liberté de l’Algérie.

Ahmed Zabana a été enterré à sa mort au cimetière d’El Alia, à Alger. Au milieu des années 1980, ses ossements seront transférés au cimetière des martyrs de Zahana, près de Sig. La guillotine qui a servi à son exécution se trouve actuellement au Musée central de l’armée.

Par ailleurs, et pour archiver la mémoire nationale et lui rendre hommage, le film « Zabana » du réalisateur Saïd Ould Khalifa et du scénariste Azzedine Mihoubi, sorti au public en août 2012, était l’un des longs métrages algériens qui a dévoilé les crimes commis par les colons français en Algérie. Le film de 110 minutes raconte les pratiques coloniales à l’égard des combattants algériens lors de la guerre de libération. Le film ne s’est pas focalisé sur la personnalité et le vécu du martyr, faute d’archives sur le défunt et son entourage.

Le long métrage, qui a participé à des festivals internationaux, évoque les jours qu’a passés Zabana avec des militants et des politiciens, à la prison Barberousse, pendant 2 ans avant son exécution. Selon les critiques, le film est un « plaidoyer contre les crimes français en Algérie »