Le Sila a accueilli, jeudi dernier, une rencontre rendant hommage à deux des principaux chercheurs et universitaires algériens, Mahfoud Kaddache et Abou El Kacem Saâdallah, organisée dans le cadre des commémorations du 1er Novembre.

A cette occasion, une conférence a été animée par le directeur du Centre national du livre (CNL), Djamel Yahiaoui, qui a notamment posé la problématique de la capacité du marché du livre algérien à diffuser les écrits des historiens nationaux et à promouvoir une «vision algérienne de l’Histoire». Saluant la mémoire et le travail prolifique de Mahfoud Kaddache et Abou El Kacem Saadallah, largement considérés aujourd’hui comme les doyens des historiens du pays,  Djamel Yahiaoui  précise qu’«ils furent plus que des historiens. Ils ont fourni un travail d’encyclopédiste en abordant divers sujets. Ils nous ont aussi donné une vision décolonisée de l’Histoire ». L’intervenant ajoutera que «si nous avons fait le choix de parler, de rendre hommage à ces deux personnalités de la culture algérienne, c’est aussi pour valoriser le travail de nos scientifiques et penseurs ». Les deux personnalités, disparues respectivement en 2006 et 2013, ont, en effet, laissé derrière elles des dizaines d’ouvrages sur la Révolution algérienne, mais également l’économie, la culture, la société médiévale ou celle de la période ottomane. Le directeur du CNL ajoute, qu’aujourd’hui, la véritable problématique qui se pose est celle de la quête identitaire et de «qui nous sommes ? » Il précisera à ce sujet que «beaucoup des références que nous utilisons sont extérieures à l’Algérie et c’est pour cela que nous appelons à la promotion de notre patrimoine écrit.  Il est important de mettre en exergue que ce que nous ont légué Mahfoud Kaddache et Abou El Kacem Saâdallah est  un patrimoine national et une mémoire commune». Le conférencier ayant personnellement connu Mahfoud Kaddache et Abou El Kacem Saâdallah, notamment durant ses études universitaires, estime qu’au-delà d’anecdotes sur leur vie et leurs travaux prolifiques, ce qui est aussi important, c’est de mettre en exergue  «les valeurs morales et l’esprit de tolérance que partageaient les deux historiens».

Djamel Yahiaoui explique à ce sujet que «le docteur Mahfoud Kaddache est issu de l’école française, alors que Abou El Kacem Saâdallah a eu un parcours totalement différent. Mais ils écrivaient pour les mêmes journaux. En fait, à leur époque, les communistes, les membres de l’association des savants musulmans ou d’autres pouvaient dialoguer, partager des points de vue. Nous devons revenir à l’esprit de tolérance de cette  pensée algérienne. C’est cet esprit qui nous assurera  une sécurité culturelle». La rencontre  aura, également, été l’occasion de souligner les difficultés et  le manque de capacité des acteurs du livre à diffuser les textes  et écrits historiques auprès du grand public. «Nous avons un véritable problème de diffusion. En fait, quand j’étais directeur du Centre national d’étude et de recherche, nous avions réalisé une collection complète de leurs travaux, mais cela avait eu un coût très important et ces livres sont aujourd’hui  excessivement chers. D’où  la nécessité de faire des publications plus accessibles et populaires ».
Dans cette optique, le directeur du CNL nous a fait savoir que la structure qu’il dirige animerait prochainement des rencontres destinées à explorer des pistes visant la facilité de diffusion du livre d’histoire. «Le CNL a préparé une série de conférences sur les mécanismes de promotion du livre d’histoire, tout spécialement en ce qui concerne les auteurs et les historiens qui nous ont quittés et qui nous ont laissé un précieux legs intellectuel», a-t-il affirmé.