Le devoir de mémoire, de la commémoration du lâche assassinat par les terroristes du regretté dramaturge Abdelkader Alloula, s’exprime, aujourd’hui, à travers la transmission aux nouvelles générations de son engagement et de son apport au quatrième art algérien

C’était un soir de Ramadhan après le f’tour, le 10 mars 1994, le grand dramaturge algérien Abdelkader Alloula a été la cible de coups de feu terroristes, alors qu’il se rendait au Théâtre régional d’Oran pour achever l’adaptation au théâtre de « Tartuffe » de Molière. Il décèdera le 14 mars à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris.
Aujourd’hui, au-delà des balles assassines, sa vie d’artiste engagé et son combat pour le petit peuple et les travailleurs de condition modeste, continue d’inspirer les nouvelles générations. C’est dans cet esprit de perpétuer le combat d’Alloula pour l’éveil des consciences et de l’engagement, notamment à travers le quatrième art que la ville des Issers à Boumerdès, a accueilli de nombreuses activités en hommage au défunt dramaturge.
Mohamed Delsi, président de l’association culturelle Cirta, organisatrice de la manifestation, a confié aux médias que cette initiative a pour objectif principal de perpétuer le souvenir et l’œuvre d’Abdelkader Alloula, tout « en mettant en exergue la particularité de son expérience théâtrale ». Il ajoute que la manifestation a également comme objectif d’«animer la scène culturelle et théâtrale locale et inciter les jeunes et les chercheurs à s’intéresser davantage au quatrième art». Une journée d’études sur le théâtre d’Alloula, intitulée «El Guoual et l’acte théâtral chez Alloula», est ainsi au programme de cette manifestation de deux jours, abritée par la maison de jeunes Ali-Ben-Fettoum des Issers. Cette journée a été marquée par les interventions de personnalités du théâtre qui ont côtoyé Alloula de son vivant, à l’instar de Fadhila Hechmaoui, Azri Lghouti, Abdelkader Belkaïd, Ahmed Ben Aïssa et Omar Fetmouche. Une exposition de photos mettant en exergue l’œuvre d’Alloula et un film sur le théâtre d’Alloula, réalisé par Ali Aïssaoui, sont également au programme.

Denis Martinez au TRO le 14 mars

Par ailleurs, le peintre Denis Martinez sera invité, le 14 mars prochain, au Café littéraire du Théâtre régional d’Oran (TRO) Abdelkader-Alloula dans le cadre d’un hommage au regretté dramaturge. Lors de cette rencontre, le débat portera sur le livre intitulé «Abdelkader Alloula, 20 ans déjà !», un ouvrage collectif édité par l’édition Apic, en 2014. L’ouvrage est en fait un hommage à sept personnalités, Abdelmadjid Kaouah, Jawida Khadda, Benamar Mediène, Arezki Metref, Habib Tengour, Malek Alloula et Denis Martinez. A la publication de cette ouvrage, sous la direction de Nourredine Saâdi, l’écrivain récemment disparu, avait souligné que « l’objectif n’était pas de commémorer mais de restituer la pensée du dramaturge. C’est raconter, sous un autre angle, la démarche créative et les profondeurs artistiques de Alloula». Denis Martinez, qui a connu Alloula de son vivant et avec qui il a mené plusieurs actions culturelles en Algérie, avait déclaré, en 2014, lors de la présentation de l’ouvrage que «Alloula a puisé son inspiration et a profondément exploré différentes sources populaires de la vie quotidienne de la société algérienne. Il était à son écoute, attentif à elle. Ce qui l’avait amené d’ailleurs à faire un travail de recherche linguistique de la langue populaire pour le théâtre ». Ainsi, dans cet hommage poignant, l’ouvrage rappelle «le verbe puissant du dramaturge, sa polyvalence et ses influences revendiquées».n