Son décès est survenu le 6 juillet 2016, j’ai senti comme un devoir moral (et affectif) de rendre un vibrant hommage à cet auteur prolifique que rien ne prédestinait à l’écriture littéraire au regard de son profil professionnel, de sa formation !

Par Mustapha Bensadi, journaliste et auteur
Voici un «entretien inédit» que le regretté Abderrahmane Zakad m’accorda, il y a plusieurs années. Un hommage à la mémoire de cet homme, à la personnalité «déroutante», pour certains qui ont eu, pourtant, l’insigne honneur de l’avoir connu, sans l’admettre, pour autant, ou demeurés figés dans une attitude d’esprit oscillant entre scepticisme et perplexité conjugués quant à son envergure intellectuelle. Tant il est vrai, cependant, qu’outre le fait de ne pas être habitué, particulièrement dans notre «actuel modèle de société», à «l’originalité» comportementale d’un intellectuel au plan de l’expression (orale ou écrite), Zakad avait le «don» d’«incommoder», de déranger, voire d’irriter, certaines consciences en quête d’un confort qu’elles ont du mal à acquérir, tant celui-ci est incorruptible ; un confort qu’elles sont prêtes à acheter même au… «trabendo». D’une spontanéité ravageuse, Abderrahamane Zakad s’est éteint telle une bougie à la flamme trop longue et trop épaisse, l’Algérie, «son grand amour», chevillé au corps. Et au cœur ! c’est vrai que l’on ne peut être toujours d’accord avec ses «embardées» discursives mais… s’il s’était fait sien ce propos d’Alain «accepter la vie sans dévotion ni dérobade», il n’en demeure pas moins que l’urbaniste et écrivain a toujours refusé de se départir de son éternelle dimension de révolté méthodique, sans jamais, toutefois, avoir été mu par une quelconque vile intention d’agresser, de blesser… Un jour que nous nous retrouvâmes dans la même librairie (Hassisène, rue Larbi-Ben M’hidi, à Béjaïa, pour une vente-dédicaces de nos romans respectifs, Trabendo et le Nombril miraculé, il regarda sa chemise sur laquelle s’entêtaient quelques taches de graisse puis, me dit, quelque peu confus : «Je fais rarement attention au linge que je porte, pourvu qu’il soit propre. Là, cela m’a échappé !» Il venait naïvement -mais avec quelle adresse et magie philosophique ! – de réussir à transférer sa gêne sur moi-même qui étais engoncé dans mon costume-cravate. Abderrahmane Zakad n’est pas de cette étoffe qui se cède sur la place d’un « souk» au plus offrant, moyennant d’autres privilèges en sus. «L’homme qui se vend vaut encore moins que l’homme qui tue», disait Juliusz Slowacki (pensée, Pologne, XIXe siècle). Puisse Le Tout-Puissant l’accueillir en Son vaste Eden. En accompagnement de ses réponses à mon questionnaire, A. Zakad m’avait dit ceci : «Cher ami, j’ai apprécié votre empressement afin que je réponde à votre interview… si elle paraît. Comme je comprendrai, également, qu’elle ne peut paraître, pour des raisons de place ou d’autre impossibilité». Abderrahmane Zakad, Ingénieur/urbaniste. Elle n’a jamais été publiée et j’en fus désolé, profondément et péniblement confus, et ce, d’autant que le défunt ne m’en a jamais tenu rigueur. Au contraire, il a continué à me submerger d’écrits. Pas de parution ! Les deux quotidiens que j’avais sollicités (et dont je tais les noms) sont restés sourds et aveugles. L’un d’eux, en «aparté», a quand même eu le «courage» d’avouer que Zakad était «discrètement»… indésirable, une espèce de «persona non grata». De par son franc-parler, son courage de l’opinion rarement égalé en matière de politique, notamment ! n