Nourredine Saadi est revenu cette semaine à Constantine. Nono le communiste, Saadi l’écrivain et Nourredine le frère. Tous qui ne font qu’un, quatre, comme les trois mousquetaires.

Saadi devait venir à Constantine, justement cette année, pour la sortie d’un ouvrage collectif chez Média-Plus. Un ouvrage où il est question de ses ombres, de ses fantômes, de Constantine. La grande faucheuse n’était pas d’accord. Elle le lui a fait savoir, et à l’abri de sa pénombre, elle l’a emporté un certain 14 décembre 2017. Qu’importe.
Saadi n’était pas là. Saadi n’est plus là. Qu’importe, Média-Plus l’a invité quand même.
Nono le syndicaliste, Nono le militant, Nono le communiste était ce samedi après-midi à Média-Plus, ses compères sont venus le raconter. Hamdi Chérif qui ne voulait plus se taire, et Arezki Metref qui ne pouvait plus se détourner. Tous les deux ont raconté Nourredine Saadi, et tous les deux voulaient reconstruire leur pote Nono avec des « si ».
Si avec des « si », on peut mettre Paris en bouteille, c’est connu, avec des « si », Hamdi et Metref ont refait Saadi. Nono n’était pas là, mais c’était comme … si !
Saadi disait « qu’après Kateb Yacine, il est difficile d’écrire sur Constantine ». C’est peut-être vrai, mais Saadi l’a fait quand même avec son « Boulevard de l’abîme », un boulevard pas loin de la maison de son enfance, une abîme dans laquelle il est tombé. Au sens propre. Et il y a survécu. Heureusement.
Puis Saadi l’écrivain est apparu. Soutenu dans ses écrits par ses pairs et raconté par ses copains. Passeront en revue quelques uns de ses romans, « La maison de lumière », « Houria Aïchi : dame des Aurès » et bien sûr l’excellent « Boulevard de l’abîme ». Chacun avait une opinion, mais tous ont souligné le caractère trempé de la plume de l’écrivain. Il s’est bien installé en France dès 1994 fuyant l’hydre terroriste, mais ses pensées se sont édifiées en face, de l’autre côté de la méditerranée, en Algérie.
« La ville des villes, c’est un mélange entre Constantine et Alger », aimait affirmer Saadi, nous narrèrent ses camarades Hamdi et Metref.
A Constantine où il reviendra très souvent, pour voir sa famille, pour déguster les plats traditionnels de sa sœur, couscous à la ousbane en tête, pour fleurir la tombe de ses parents. Surtout.
Là, c’est Nourredine le fils, le frangin, l’oncle qui s’impose. Il ira, un jour, au cimetière de Constantine pour un hommage sur la sépulture de sa mère, partie trop tôt en 1953. Il découvrira, sur sa tombe, un « chahad » brisé. Qu’importe. Il en fera un autre, et emportera celui détruit avec lui dans son exil, en France. Le morceau brisé sera enterré avec lui. Un morceau de Constantine, une part de sa mère, une portion de sa terre.
Puis s’éteindront les lampions de la librairie Média-Plus. Le rideau tombera, mais Nono, Saadi, et Nourredine ne partiront pas. Car les flambeaux de ses œuvres resteront à jamais allumés. Comme « La maison de lumière » sur le « Boulevard de l’abime » où l’ombre de « Houria  Aïchi » planera surement sur « La nuit des origines » et « Le jardin de roses ». C’était écrit et « Dieu-le-Fit » !