La librairie « L’Arbre à dire » a organisé, samedi dernier, une rencontre-hommage à la mémoire de l’écrivain Noureddine Saâdi, disparu subitement le 14 décembre dernier des suites d’un cancer et au lendemain de la publication d’un ultime roman intitulé « Boulevard de l’abîme ».

Réunissant des proches et amis de l’auteur, le rendez-vous a attiré un public relativement nombreux venu s’enquérir des «vies», des idées et du parcours de Noureddine Saâdi, tour à tour professeur de droit, sociologue, homme politique, syndicaliste et, plus tard, romancier et écrivain connu pour avoir consacré une large part de son œuvre à la promotion de la culture et des artistes.
Animée par trois amis de longue date, Mme Naget Khadda, l’épouse de l’artiste Mohammed Khadda, Banamar Mediene et l’artiste-peintre Denis Martinez, la rencontre, qui se consacrera davantage à « l’écrivain » Noureddine Saâdi – une carrière lancée sur le tard dès 1996 après son départ pour la France – a débuté par l’intervention de l’éditeur Sofiane Hadjadj (édition Barzakh) qui reviendra sur sa rencontre avec Noureddine Saâdi. « Nous avons travaillé avec lui durant quinze ans (…) Nous avions commencé avec l’ouvrage sur le peintre Denis Martinez, une biographie d’artistes comme il en avait fait plusieurs, sur Rachid Koraïchi, Matoub Lounès ou Houria Aïchi. C’était un homme très impliqué dans l’art, la culture, la chanson, la peinture et les beaux-arts, en général ».
A propos du très remarqué roman «Boulevard de l’abîme», l’intervenant dira que «Noureddine Saâdi nous avait confié le manuscrit de son dernier roman au début de l’année 2017 (…). Le travail d’édition s’était fait de façon régulière et ce fut un plaisir de travailler sur le texte avec lui. Il était en très bonne santé, puis il avait fait deux très beaux voyages l’été dernier en Turquie et en Iran (…) Malheureusement, la maladie a fini par avoir raison de lui». Madame Naget Khadda, pour sa part, profitera de l’occasion pour corriger «une erreur trop souvent reprise par les médias» à propos du « Prix Assia-Djebar» décerné à Noureddine Saâdi fin décembre 2017. «Il ne s’agit pas d’un prix posthume», dira-t-elle, «le jury avait délibéré un jour avant l’annonce de sa mort (…) Ce n’est certainement pas un prix de compassion ». Auteur ayant en effet réussi à s’imposer sur la scène littéraire dès la publication de ses premiers textes, notamment «La Maison de lumière» (Albin Michel, 2000) ou «La Nuit des origines» (barzakh, 2005). L’intervention de Mme Naget Khadda a, par ailleurs, retenu l’attention lorsqu’elle reviendra sur la relation de Noureddine Saâdi avec Mohamed Khadda, deux personnages qui partageaient le même engagement politique au sein du Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS). En effet, évoquant leur couleur politique, en précisant «qu’ils étaient dans la même structure», les discussions auxquelles se joignait parfois Bachir Hadj Ali étaient souvent très animées et «parfois conflictuelles», «rien n’était interdit. Nous passions en revue tous les sujets, le cinéma, la littérature». Ce fut, selon elle, un «conflit» entre Mohamed Khadda et Noureddine Saâdi qui constitua «la jointure » entre le travail de militant politique et syndical et le passage de N. Saâdi vers la culture, le monde artistique et littéraire. «En fait, Mohamed Khadda, en sa qualité de peintre abstrait, avait été en décalage avec les prescriptions de ce que l’on appelait le réalisme socialisme (…) Certains estimaient que sa peinture était élitiste. Et c’est dans ce contexte que M. Khadda avait donné un article pour le périodique du PAGS (Révolution socialiste) au sujet du texte de Tahar Ouettar, «l’As». L’article avait en effet été modifié et la conclusion transformée, ce qui provoqua la colère de M. Khadda (…) Et ce sera Noureddine Saâdi qui prendra en quelque sorte le rôle de médiateur entre la direction politique et l’expression culturelle (au sein du parti). Mais ce qui est sûr, c’est que cet épisode a été très violent».
Un épisode de la vie Noureddine Saâdi qui témoigne également, selon deux lettres manuscrites, que conserve Mme Khadda, du «décalage de Noureddine Saâdi avec les prescriptions qu’il était chargé de communiquer» au sein même de son mouvement politique.