Le Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) a abrité, hier, une cérémonie culturelle et artistique à la salle de cinéma El-Khiyam à Alger (ex-Debussy), en hommage à Khadidja Hamsi pour l’ensemble de sa riche carrière de créatrice de mode amazighe, de chanteuse et d’actrice oubliée de l’histoire.

A l’occasion de l’hommage rendu, hier, à Khadija Hamsi au cinéma El Khayem d’Alger, le secrétaire général du HCA Si El Hachemi Assad a affirmé, lors d’un point de presse, «cette grande artiste mérite amplement notre reconnaissance et notre respect pour le vaste parcours artistique exceptionnel qu’elle a accompli ». «Nous avons d’ailleurs projeté un petit documentaire sur un échantillon de ce qu’elle a apporté à la couture, la mode amazighe ou encore les symboles traditionnels berbères. Cette grande dame est une artiste à part entière, une artiste talentueuse qui a boosté également l’art cinématographique algérien», a-t-il dit. Expliquant qu’«elle a débuté son parcours cinématographique auprès de Mohamed Ifticène et a aussi réalisé les costumes du film « La Montagne de Baya » d’Azzedine Meddour».
Appel à l’universitaire pour la transmission de la mémoire
Si El Hachemi Assad a également déclaré, à propos de cet hommage, que «nous voulons transmettre ce patrimoine important et ce discours est destiné essentiellement à nos partenaires universitaires. C’est pour cela que dans la trame de ce programme, il y a de nombreux intervenants pour dire que le patrimoine porté par cette grande dame est un patrimoine à partager, à transcrire et à transmettre». Et «c’est une mémoire généreuse et c’est important de créer cette passerelle avec les jeunes universitaires qui s’intéressent au patrimoine. Pour le valoriser, il faut le faire avec ceux qui le portent». Il annonce à ce propos : «Nous sommes d’ailleurs sur deux propositions intéressantes. Nous allons réaliser une sorte de collection pour ces travaux et la rendre visible sous forme d’un album ou d’un beau livre. Le HCA va prendre en charge toute cette richesse portée par l’artiste pour la mettre à la disposition du grand public et des spécialistes».

Khadidja Hamsi ou  l’amour de l’Algérie
Prenant la parole à l’occasion de cet hommage, Khadidja Hamsi a fait savoir que «tous mes travaux sont réalisés par amour. L’argent ne m’intéresse guère, mon souhait est de transmettre les valeurs de mon pays. Quand je vois nos jeunes qui quittent le pays, j’ai mal au cœur. On doit ensemble, main dans la main, nous battre pour notre nation car rien ne vient facilement». Et de partager avec les présents plusieurs anecdotes sur son riche parcours, en confiant notamment : «C’est grâce à moi que le défunt chanteur kabyle Matoub Lounès est monté sur scène à Paris. » Elle relate « nous étions avec une coopérative kabyle en France pour un concert, il y avait d’ailleurs de grands artistes comme Slimane Azem. Lounès voulait chanter mais à cette époque là, il n’était pas connu. Je suis alors allée voir le producteur Benmohamed, qui a produit la première fois Idir et qui était l’animateur de ce concert. Je lui ai demandé de faire monter sur scène Matoub et il a accepté ». Elle interpella, également, les présents sur l’importance de sauvegarder le patrimoine culturel, notamment en tirant la sonnette d’alarme sur le risque de perdre savoir-faire séculaire de la poterie traditionnelle, en rappelant que la poterie kabyle, qui a remporté de grands prix internationaux, comme en Allemagne, déjà à l’époque de la colonisation. Ainsi, selon elle, «aujourd’hui, ce savoir-faire est en train de disparaître malheureusement. On la peint avec la peinture qu’on utilise pour les portes, c’est honteux ! Pourquoi ne pas faire comme nos ancêtres et faire revivre cette culture », dira-t-elle.
Une grande dame qui se bat pour garder sa maison
Par ailleurs, invitée à parler de la situation dans laquelle elle se trouve actuellement, Khadija Hamsi révèle, en effet : «J’ai construit une maison «méditerranéenne» inspirée de la maison kabyle. Je suis une femme modeste qui vit avec ses propres moyens. J’ai eu un incident qui m’a rendue malade, aujourd’hui, je ne vois qu’à 30% et cela à cause de quelques personnes qui menacent mon foyer. Ils veulent me mettre dehors et m’enlever la maison que j’ai construite moi-même. Cela non pas, par la loi, mais par l’argent qu’ils possèdent». Cette cérémonie honorifique a également été marquée par une série de témoignages de nombreux invités. La première à prendre la parole n’était que la femme de lettres algérienne d’expression française Djoher Amhis-Ouksel, qui a intitulé son intervention «Khadidja, une femme envoûtante». «Khadidja est une créatrice de beauté et de magie, une artiste complète et naturelle qui puise son inspiration dans une culture ancestrale et authentique qu’elle fait revivre avec passion et d’une manière magistrale. Elle a en outre exhumé la robe kabyle, en lui rendant sa jeunesse. Entre ses mains, elle est devenue une œuvre d’art et, plus que cela, elle signe son appartenance sa reconnaissance et sa résistance», a-t-elle déclaré.

Une personnalité hors-pair et envoûtante
Djoher Amhis-Ouksel a ajouté : «Je connais Khadidja depuis plus de 30 ans, c’est une battante, pleine de projets à revendre. J’ai aussi eu la chance de visiter sa maison à Azzefoun, qu’elle a bâtie et décorée elle-même. J’étais séduite par la magie des lieux dans un cadre exceptionnel au bord de la mer. Un véritable havre de paix et d’authenticité qui nous fait oublier la réalité souvent médiocre.» Pour sa part, Abdelmadjid Bali a tenu, lui aussi, à rendre hommage à cette artiste en affirmant «c’est le produit de la meilleure et la plus grande école qui soit, c’est-à-dire l’école de la vie. Khadidja Hamsi est une pure et authentique autodidacte. Elle est pour nous, une grande mémoire à travers son rôle de passeuse intergénérationnelle. Sa destinée d’artiste a été déterminée par l’inné et le vécu de sa jeunesse avec lesquels elle a pu se forger une personnalité hors-pair». Un court documentaire a été ensuite projeté pour les nombreux présents qui ont découvert ou, pour la plupart, redécouvert le parcours exemplaire de cette grande artiste. On peut découvrir qu’elle a notamment côtoyé les grands noms de la culture algérienne, à l’instar de Kateb Yacine, Issiakhem et Ali Zammoum.
Les présents ont également découvert dans ce court documentaire, la maison de la grande artiste, véritable bijou architectural, serti d’un mélange de décorations méditerranéennes et amazighes qu’elle a réalisées à son image. L’émouvant hommage dédié à Khadija Hamsi s’est poursuivi par un spectacle musical avec les groupes « Al angham» (mélodies) de Béjaïa, Idhebalen « Itheran » de Bordj Ménaïel ou encore le chanteur Zouhir Achaoui qui reflète les différents genres musicaux amazighs.