L’ange blanc ne volera plus. Le rossignol blanc ne chantera plus. Hamdi Benani n’est plus. Il a tiré sa révérence hier à l’âge de 77 ans. Il incarnait le malouf moderne, le malouf frais, le malouf dépoussiéré de ses dogmes de sept siècles.

L’art, il y était tombé dedans… avant même de voir le monde. Son père était artiste peintre et, surtout son oncle, un musicien de l’orchestre de M’hamed El Kourd, qui remarquera le talent musical et vocal de son neveu. Il le mettra sur rails très tôt, et très tôt aussi il remportera un radio crochet. Il avait tout juste 16 ans. Ce n’était pas encore le Benani de Ya bahi l’jamel ou de Bellah ya hamami. C’était un adolescent imbibé de musique moderne, ce qui lui vaudra le surnom, son premier, de Johnny Hallyday pour la banane comme coiffure et les chansons interprétées sur différentes scènes.
Sur son compte officiel Twitter, et dès l’annonce de la triste nouvelle du décès à l’hôpital Ibn Sina de Annaba, de Hamdi Benani, le Président Tebboune a envoyé un message de condoléances : «J’ai appris avec une profonde tristesse et affliction la nouvelle du décès de l’ami et grand artiste Hamdi Bennani. Avec sa disparition, la scène artistique perd un homme engagé qui a su gagner le respect du public avec son art, tout au long de son parcours artistique, tant à l’intérieur du pays qu’à extérieur. En cette douloureuse épreuve, je tiens à exprimer mes sincères condoléances et ma profonde compassion à sa famille et à tous ses fans. A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons».
Hamdi Benani à 20 ans s’illustrera tellement avec sa chanson Ya bahi l’djamel qu’il se fera remarquer par le géant du malouf, Mohamed Tahar Fergani. Son fils cheikh Salim Fergani, très peiné par la disparition d’un «frère, un ami, une grande perte pour le malouf et la musique algérienne», se rappellera l’année 1973 où il chantera, en compagnie de son père à l’occasion du mariage de Hamdi. «En 1971, il a enregistré avec mon père des disques à Sawt El Meniar (la voix du rossignol, maison d’édition de M.T. Fergani, qui, faut-il le rappeler a été le premier artiste algérien à vivre de son talent de musicien et chanteur, ndlr). Deux ans après, Hamdi convolera en justes noces et c’est mon père qui lui offrira son voyage en l’emmenant à Ghardaïa».
Il se rappellera aussi la gouaille du disparu, «son grand cœur et son grand talent original. Je me souviens aussi de nos visites à Annaba dans les années 60 où ma tante Z’hor (musicienne et chanteuse, sœur de Mohamed Tahar, ndlr) allait rendre visite au marabout Benkarim. C’est là que nos liens familiaux se sont tissés encore plus avec sa mère, Taita, son frère Ali, sa sœur, sa fille, et bien sûr son fils Kamel. Je pense aussi particulièrement à sa femme Nadia à qui je présente mes plus sincères condoléances».
De son côté, Samir Guenez, réalisateur à la télé algérienne et actuellement directeur de la station régionale de la télévision, retiendra surtout le sourire de Hamdi. «Je le connais depuis plus de 25 ans. Il était d’une gentillesse inégalable, très agréable, très serviable, très modeste. Il ne se mettait jamais en colère, et si ça lui arrivait, ce qui était rare, il souriait quand même. Ça c’est pour l’homme, avec un grand H. Côté artistique, et d’après mon modeste avis, il se place juste derrière Hacène El Annabi et Mohamed Tahar Fergani. Le malouf a perdu aujourd’hui un ambassadeur et un cheikh irremplaçable».
Tout comme Fergani, Benani a fait voyager le malouf dans plusieurs pays et contrées. Le Kazakhstan, la France et d’autres pays d’Europe, Tunisie, Libye, Qatar, Amérique Latine, l’ex-Union soviétique où il se permettra même de chanter en russe, et la Corée du Nord. «J’ai été invité à chanter pour l’anniversaire de leur leader Kim Il Sung. A mon entrée sur scène, avec mon éternel violon blanc et une tenue toute aussi blanche, il a fait une remarque à mon encontre en me qualifiant d’ange blanc. C’est là où j’ai récolté mon surnom, que je trimballe toujours», nous dira-t-il un jour où il se produisait au théâtre de Constantine, déroulant quelques souvenirs.
Pour Mouloud Bensaïd, musicologue, spécialiste du malouf, et sans conteste, «Benani a commencé dans la musique moderne et introduisait des fois des mixes de notre répertoire. Le tournant de sa carrière a été une rencontre fortuite entre lui et Fergani. Là, c’était le coup de foudre. Benani est devenu le petit frère, l’ami et l’élève de hadj Mohamed Tahar, jeune, qui était en train de révolutionner le malouf par un style de chant particulier et l’introduction de nouveaux instruments. Ce qui attira encore plus Benani, qui se voulait moderniste, tout autant. Une personnalité forte de Annaba qui, depuis cette rencontre, fera le tri des genres musicaux andalous, pour prendre sa voie, par la suite».
Hamdi Benani accédera donc dès aujourd’hui au panthéon des grands du malouf. Il rejoindra ses amis Bentobbal, Darsouni, Benrachi, Toumi, Hassan El Annabi, Fergani, et bien d’autres qui ont marqué à jamais la musique algérienne. Il passe le flambeau à son fils Karim qui ne manquera pas de hisser, encore plus haut, le nom de Benani. n