Lors de la rencontre en estime à l’avocate et militante des droits humains et des libertés, disparue le 28 juillet dernier, le bâtonnier d’Alger a annoncé une initiative de collecte des archives judiciaires relatives à la Guerre de libération et aux militants nationalistes poursuivis et condamnés par la justice coloniale française.
Les Archives nationales ont abrité, jeudi dernier, une «rencontre-hommage» en marque de respect à l’avocate et militante des droits humains et des libertés, Gisèle Halimi, décédée à l’âge de 93 ans après une vie de combat en faveur des causes nobles et des libertés. Leur directeur et conseiller auprès de la présidence de la République a indiqué, à cette occasion, que cet hommage, réservé également au collectif des avocats du FLN de guerre, consistait à «rendre hommage à une moudjahida dans les rangs de la révolution de libération nationale à travers son militantisme et sa lutte dans les tribunaux coloniaux français pour faire face à l’impitoyable machine coloniale». Abdelmadjid Chikhi a mis en avant «l’effort colossal consenti par la défunte Halimi et le collectif d’avocats algériens et français mobilisé par le FLN pour la défense des militants et moudjahidine ayant revendiqué le droit de l’Algérie à la liberté et à l’indépendance et affiché leur opposition au colonialisme, lors de procès iniques dont la majorité était militaire». «L’Algérie n’oubliera jamais les avocats qui ont pris position en faveur de la Révolution, dont la regrettée avocate Gisèle Halimi», a déclaré M. Chikhi, soulignant l’engagement du collectif de défense du FLN de guerre depuis 1956 «dans les tribunaux militaires et civils français pour défendre et accompagner les militants et les moudjahidine poursuivis». «Plusieurs de ces avocats ont été emprisonnés, torturés ou assassinés», a-t-il rappelé. «Nous souhaitons à travers cette halte rendre hommage à Gisèle Halimi et au collectif d’avocats ayant combattu, à leur manière, le colonialisme français en France», a-t-il poursuivi devant une assistance où il y avait le ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit, Tayeb Zitouni, et du conseiller pour les questions militaires et de sécurité, Abdelaziz Medjahed. «Cette initiative, a-t-il précisé, intervient dans le cadre de la mission que le Président de la République m’avait assignée, à savoir la collecte des archives pour procéder à l’écriture de l’histoire et reconstituer le dossier de la mémoire nationale». Et d’ajouter que «cette halte, première du genre, sera prochainement suivie par une conférence pour dévoiler le programme de la mémoire nationale et les secteurs concernés à mobiliser». Lors de cette «rencontre-hommage», le bâtonnier d’Alger, Abdelmadjid Sellini, a proposé de rassembler les dossiers des militants nationalistes poursuivis et condamnés par la justice coloniale pour créer un fonds d’archives judiciaires à mettre à la disposition des chercheurs. «Nous proposons la collecte de ces archives par souci de préserver la mémoire nationale», a-t-il déclaré. Maître Sellini a également indiqué avoir appelé l’historien Abdelaziz Amokrane pour rassembler les pièces d’archives «actuellement réparties à travers plusieurs juridictions» en tant que chercheur spécialiste de la Guerre de libération. Son annonce s’est accompagnée d’un salut à la mémoire de Gisèle Halimi. Une marque d’estime qui «relève, a-t-il dit, des obligations de la Nation envers ceux qui l’ont servi et se sont sacrifiés pour faire valoir ses droits nationaux et individuels dans chaque étape et page de l’histoire de ce pays, y compris celle des avocats du FLN».
Le président de l’Ordre des avocats d’Alger a qualifié celle qui avait défendu Djamila Boupacha, en 1960, de «militante qui a affronté le colonisateur» et a déclaré qu’il est du devoir de sa profession de «rendre hommage à ces avocats et de nous enorgueillir de leurs apports et contributions» durant la guerre de libération, rappelant avoir institué en 2004 une médaille en hommage aux avocats du FLN et décrété en date 23 mars de cette année-là la Journée nationale des avocats en commémoration de l’anniversaire de l’assassinat de Maître Ali Boumendjel en mars 1957. <