Le président de l’Autorité palestinienne et le leader du Hamas et homme fort politique à Gaza ensemble à Alger ! L’image de leur rencontre sur notre sol sous la houlette de notre diplomatie restera gravée dans les mémoires. A quelques mois du sommet algérien de la Ligue arabe, elle augure peut-être d’une réconciliation interpalestinienne historique. Paris ouverts !

Parmi les images fortes qui resteront de la célébration officielle du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, fêté avant-hier, il y en a une qui prendra place dans les mémoires : la rencontre à Alger du président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas et du leader du Hamas Ismail Haniyeh.
Les deux frères ennemis palestiniens que leur contentieux politique a séparés depuis 2007, se sont parlés sous la médiation et l’encouragement de l’Algérie et du chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune.
La médiation algérienne s’inscrit dans son effort continuel à rapprocher les courants politiques palestiniens. Elle est cette fois-ci renouvelée en perspective du prochain sommet de la Ligue arabe, qui se tiendra en novembre prochain dans notre pays et qu’Alger voudrait comme celui de la grande réconciliation interpalestinienne.
L’histoire en marche ? La question mérite bien d’être posée bien que ce rapprochement est appelé à se confirmer dans le temps. Ce qui demeure sûr cependant, c’est qu’Alger a toute la légitimité pour ce dessein et cette perspective de dégel entre l’autorité palestinienne et le Hamas.
D’autant plus que la naissance de l’Etat palestinien a été proclamée à Alger, par Yasser Arafat, un certain 15 novembre 1988 devant le Conseil national palestinien.
«Le Conseil national palestinien, au nom de Dieu et au nom du peuple arabe palestinien, proclame l’établissement de l’État de Palestine sur notre terre palestinienne, avec pour capitale El Qods», annonçait Yasser Arafat il y a trente-quatre ans.
A souligner que le président Tebboune avait lancé en recevant Mahmoud Abbas à Alger en décembre 2021 une initiative visant à favoriser une réconciliation entre le Fatah et le Hamas. L’ambition tend manifestement à se concrétiser notamment avec la forte représentation des deux entités palestiniennes en Algérie à l’occasion des festivités célébrant l’Indépendance de l’Algérie.
Le coup de médiation interpalestiniens réussi par l’Algérie est d’autant plus méritoire qu’il intervient après plusieurs tentatives de réconciliation entre les deux entités palestiniennes et qui n’ont pas connu le succès souhaité.

Vers une réconciliation interpalestinienne historique

C’est la raison pour laquelle que des observateurs, qui privilégient néanmoins la prudence, n’écartent pas la possibilité de voir la rencontre d’Alger ouvrir une nouvelle page pour un resserrement des rangs palestiniens.
Le récit de la crise entre les deux représentations palestiniennes renvoie aux élections législatives de 2006, remportées par Hamas, suite auxquelles le Fatah de Mahmoud Abbas et d’autres fractions avaient refusé de faire partie du gouvernement. Depuis, le conflit dure encore, avec un président de l’autorité palestinienne en Cisjordanie alors que Hamas dirige la bande de Gaza. Marqueur de la crise interne, des élections législatives et présidentielle devaient avoir lieu en 2021, avant qu’elles ne soient reportées à une date ultérieure.
Très observée et commentée du côté de Tel-Aviv, la rencontre d’Alger a bénéficié de places importantes dans la presse israélienne. «Les rencontres entre les hauts dirigeants des deux groupes ont été rares. La dernière remonte à 2016, lorsqu’Abbas a tenu des discussions au Qatar avec Haniyeh et Khaled Mashaal, qui était alors le chef du groupe terroriste. Abbas et Haniyeh se sont entretenus par téléphone à de multiples reprises depuis», a écrit un site israélien.
«Si l’Égypte a été le principal site des négociations de réconciliation palestinienne, l’Algérie a également accueilli des pourparlers entre les deux parties au début de l’année. Des membres de haut rang des deux parties se sont rencontrés sans parvenir à un accord», a-t-il ajouté.
A l’évidence, cette rencontre historique qui intervient après plusieurs années de froid entre deux représentations importantes du peuple palestinien peut augurer d’une réunification des rangs pour le bien de la cause palestinienne. En tout état de cause, le dégel semble être acté à Alger qui continue d’apporter infailliblement son soutien à la cause palestinienne qui a été, sans l’ombre d’un doute, affaiblie par les luttes intestines entre les différentes factions qui se tournent le dos, alors que l’entité sioniste poursuit ses crimes contre les Palestiniens et impose, contre le droit international, sa politique expansionniste. Le mouvement Hamas a indiqué avant-hier dans une déclaration, que «sur invitation officielle du président algérien Abdelmadjid Tebboune (..) Le chef du bureau politique du mouvement, Ismail Haniyeh, est arrivé, dimanche soir, dans la capitale algérienne à la tête d’une délégation de hauts dirigeants».
Et d’ajouter, qu’à cette occasion, «notre peuple palestinien et sa vaillante résistance se tournent vers la révolution algérienne comme une source d’inspiration pour libérer la Palestine dans son ensemble».
Le Hamas a, par la même occasion, exprimé sa «grande appréciation de cette invitation, à travers laquelle les dirigeants algériens ont tenu à faire participer le peuple palestinien et le mouvement de résistance aux célébrations nationales de l’anniversaire de l’indépendance algérienne». Le mouvement a appelé «l’Algérie à rester toujours solidaire du peuple palestinien et à rejeter toute forme de coopération et de normalisation avec l’occupation israélienne».