19 mai 1956-19 mai 2018.  Il y a soixante-deux ans, les étudiants algériens ont décidé d’abandonner les bancs des universités et rejoindre la lutte menée par le FLN.

Plus d’un demi-siècle après, cet évènement continue d’être célébré à la hauteur de son importance : une date phare dans le processus qui conduira l’Algérie, six ans plus tard, à se libérer de la tutelle coloniale au prix de lourds sacrifices. Cette année, les festivités ont même été avancées de quelques jours.
Le 16 mai dernier, le Forum de la sûreté nationale a consacré sa rencontre du jour à la célébration de la journée de l’étudiant, à l’occasion de laquelle le directeur général de la sûreté nationale,  Abdelghani Hamel, a adressé un message rendant hommage à cette génération d’étudiants qui a tout abandonné pour rejoindre les maquis de la libération. Cette date,  a indiqué le général-major, fait partie de celles qui «nous permettent de nous remémorer les qualités de ceux qui ont protégé le pays dans les moments les plus difficiles et de tirer les leçons pour être les dignes dépositaires du legs de nos prédécesseurs». «Elle marque le parcours de ces jeunes qui ont quitté tôt les bancs de l’école et choisi de conforter la révolution par leurs idées et leurs sacrifices, convaincus que l’affirmation de l’identité exigeait la liberté du pays», a-t-il ajouté
Une journée avant, le 15 mai, l’association Mechaâl Echahid, en collaboration avec le forum d’«El Moudjahid», invitait d’anciens officiers de l’ALN  tels Salah Goudjil, Laid Lachgar et Salah Laouiri, pour évoquer l’évènement devant un parterre d’élèves d’un lycée de Lakhdaria. Durant le débat, il a été question de la valeur historique et symbolique de la journée du 19 mai et de  l’appel de l’UGEMA, l’Union générale des étudiants musulmans algériens.
 «A quoi donc serviraient ces diplômes qu’on continue à nous offrir pendant que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants et nos vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm. Et nous «les cadavres de demain», on nous offre d’encadrer quoi ? D’encadrer… les ruines et les morceaux de cadavres sans doute, ceux de Constantine, de Tébessa, de Philippeville, de Tlemcen et autres lieux appartenant déjà à l’épopée de notre pays», peut-on lire dans un extrait de cet appel à la grève des étudiants et lycéens et à rejoindre l’ALN.

Etat de l’université et CAMRA, que dira le chef de l’Etat ?

Dans ce document historique, on peut également lire ceci : «Notre passivité face à la guerre qu’on mène sous nos yeux nous rend complices des accusations ignobles dont notre vaillante armée nationale est l’objet. La fausse quiétude dans laquelle nous sommes installés ne satisfait plus nos consciences». Un passage qui nourrit aujourd’hui des discussions passionnantes et des avis parfois divergents sur la nécessité qu’il y avait ou pas pour ces étudiants de rejoindre les maquis. Certains considèrent que le 19 mai est parmi les mythes fondateurs de l’Algérie moderne et un tournant de la guerre contre le colonialisme français. D’autres estiment, en revanche, que le choix de prendre les armes a privé le pays, bientôt indépendant, de l’élite dont il avait besoin, sachant que beaucoup de ces étudiants n’ont pas tous eu l’accueil qu’ils souhaitaient dans les maquis, où certains ont perdu la vie dans les conditions qu’on connait, notamment après l’opération «bleuite» des services de renseignements français. Ce débat est marginal mais il a l’intérêt d’exister et mérite des clarifications de la part des historiens, car ceux qui se sont exprimés sur ce sujet sont souvent des militants de gauche ou des  universitaires qui ne sont pas spécialistes de l’histoire du nationalisme algérien.  
Pour le présent, il faudra sans doute lire le message qu’aura à délivrer aujourd’hui le président de la République, comme chaque année, à l’occasion de cette date-anniversaire. S’il faut s’attendre à une intervention classique sur les aspects historiques de la journée, comme l’exige la tradition, le chef de l’Etat est surtout attendu sur son appréciation de la situation actuelle du monde universitaire dans notre pays. Et, plus particulièrement, sur une question sociopolitique celle-là : le mouvement de grève mené depuis novembre dernier par les médecins résidents à travers leur collectif du Camra.
Après des mois de batailles avec et contre la tutelle, le ministère de la Santé, les médecins résidents ont décidé, le 15 mai dernier, de solliciter l’intervention du chef de l’Etat, pour mettre fin au conflit par la reconnaissance par le gouvernement de la légitimité de leurs revendications.