Dans le cadre de la célébration de la Journée du chahid, les éditions Anep ont organisé, samedi à Alger, une conférence autour des « enfumades du Dahra ».

Le conférencier, Ammar Belkhodja, chercheur en histoire, ancien journaliste au quotidien El Moudjahid et docteur honoris causa de l’université de Tiaret, à saisi l’occasion pour revenir sur les déclarations du candidat à l’élection présidentielle française, Emmanuel Macron, affirmant que ses propos « ont divisé l’opinion publique française et soulevé un tollé dans les milieux d’extrême droite et chez les Pieds-Noirs ». Avant d’ajouter : « Des mots intelligents, lucides et courageux qui peuvent aider le travail de deuil et de réconciliation des mémoires et des consciences. » Le conférencier a indiqué que certains sont encore dans l’esprit de la loi française du 23 février 2005. « Pourtant, le colonialisme a été condamné par l’histoire comme une entreprise de destruction, accablant le système colonial et démontrant sa nature mortifère, criminelle et inhumaine », a-t-il noté. Le Dr Belkhodja a abordé ce sujet dans un contexte de retour de débat sur la mémoire remettant en cause le régime colonial. Avant d’ajouter : « Dans les écoles françaises, ils évoquent les généraux mais avec beaucoup d’adoucissement, comme de véritable soldats de la colonisation. »
Avant d’arriver aux enfumades, l’historien a rappelé les crimes collectifs qui ont été pratiqués très tôt dans notre pays. « Dès le 5 juillet 1830, la ville d’Alger a été soumise à un pillage systématique, où la cupidité avait atteint tous les rangs », a estimé l’interlocuteur. Il a pris l’exemple de Clauzel, qui a « décimé la population de Blida, en novembre1830, causant la mort de milliers de femmes et d’enfants innocents ». Il ajoute dans le même contexte, qu’en « 1832, le duc de Rovigo a envoyé ses détachements militaires en pleine nuit pour décimer à coups de sabre toutes les tribus qui devaient être punies pour un crime dont elles n’étaient pas coupables ». Il est revenu, également, sur les enfumades des populations algériennes, depuis le début de l’expédition coloniale, ordonnées par des généraux et des colonels, tels que Pélissier, Bugeaud, Cavaignac, Saint-Arnaud, Randon… Selon Ammar Belkhoudja, le 18 juin 1845, la tribu des Ouled Ryah, dans la grotte de Ghar El Frachih, à Aïn Merane entre Ténès et Mostaganem, les victimes étaient asphyxiées et brûlées par milliers, inaugurant ainsi une technique relevant de la guerre non conventionnelle, en répandant de la fumée dans une cavité rocheuse. Femmes, enfants, vieux et combattants subissaient le même sort. L’Algérie devenait pour les officiers de l’armée française «une terre de galons».