En ce premier anniversaire du Hirak, le Président de la République n’a pas tari d’éloges sur le mouvement populaire. Jeudi, lors sa rencontre périodique avec les médias nationaux, Abdelmadjid Tebboune a affirmé que c’est « un phénomène salutaire » qui a « préservé le pays d’un effondrement total ». « Le Hirak béni a préservé le pays d’un effondrement total (…) l’Etat national a failli s’effondrer totalement comme ce fut le cas dans certains pays, aujourd’hui, en quête de médiations pour le règlement de leurs problèmes ».

Le mouvement « a épargné au pays une catastrophe » et « sans lui des offices seraient aujourd’hui en cours pour régler la crise en Algérie comme c’est le cas en Libye », a-t-il dit par une formulation qui jette un éclairage nouveau sur ce qui s’est passé dans le pays avant la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika et le scénario d’affrontement avec l’ex-chef d’état-major de l’ANP, feu Ahmed Gaïd Salah, qui l’a obligé à le faire.
Aux Algériens qui continuent comme hier de battre le pavé, le chef de l’Etat a déclaré que « c’est leur droit » et que « c’est là le fondement même de la démocratie, a fortiori lorsqu’il s’agit de personnes manifestant de manière organisée, sans destruction ni troubles ». « J’appelle mes enfants, qui manifestent le vendredi, à la vigilance contre l’infiltration de leur mouvement, car il y a des signes d’infiltration tant de l’intérieur que de l’extérieur », a-t-il prévenu.
Un message qu’il a accompagné de la déclaration que « le Hirak a obtenu pratiquement tout ce qu’il voulait: il n’y a pas eu de cinquième mandat, ni de prolongation du quatrième mandat, puis le président a démissionné. Les têtes les plus visibles de l’ancien système sont également parties, et la lutte a été engagée contre ceux qui ont mis l’économie à genoux ».
Pour le reste, « nous nous y attelons, car, je me suis engagé personnellement à réaliser l’ensemble des revendications » du Hirak, a promis le président Tebboune qui glisse que les chantiers qu’il a ouverts ont besoin du temps nécessaire et qu’ils l’ont été avec la légitimité du scrutin du 12 décembre 2019 et dans la perspective de répondre favorablement et efficacement à la demande populaire de changement.
Pari d’« apaisement » et priorité au changement de gouvernance
« Certaines revendications exprimées auparavant, a-t-il dit, ne pouvaient être satisfaites par quelqu’un de non élu et n’ayant pas le pouvoir et la légitimité requises », assurant qu’aujourd’hui, il œuvre « à leur concrétisation, à commencer par la Constitution, la loi électorale et la réorganisation des institutions que nous nous efforçons de rendre de proximité, permettant au citoyen d’y participer en tant que partie prenante à la réflexion, à la solution, à la gestion et au contrôle ».
Le président de la République, qui constate que « bien qu’il y ait encore, tous les vendredis, une présence citoyenne dans la rue, les choses commencent à s’apaiser », semble miser sur cet apaisement pour mener à bien des réformes politiques qu’il jure de mener jusqu’au bout. « J’en ai fait ma priorité, et je suis décidé à aller loin dans le changement radical pour rompre avec les mauvaises pratiques, moraliser la vie politique, et changer de mode de gouvernance », a-t-il souligné .
« Bien de nombreux Algériens ont compris qu’on ne peut pas réformer, réparer, restaurer ce qui a été détruit pendant une décennie en deux mois. J’ai prêté serment le 19 décembre! Mais, j’accepte qu’on me demande d’aller plus vite, cela prouve que les gens ont l’espoir de changement », a-t-il poursuivi, rappelant l’impératif souligné, lors de la rencontre gouvernement-walis, d’«un changement du mode de gestion et de l’amélioration de la relation avec le citoyen, pour qu’il n’ait plus la piteuse image qu’il avait de l’Etat, qui en fait était très loin de ses préoccupations ».
Dans l’entretien qu’il a accordé au journal parisien Le Figaro, et répondant à la question relative à la revendication du Hirak qui veut «un État civil, non militaire», le chef de l’Etat a déclaré que « Moi, je ne me sens redevable qu’envers le peuple qui m’a élu en toute liberté et transparence. L’armée a soutenu et accompagné le processus électoral, mais n’a jamais déterminé qui allait être le président. Si je me suis engagé dans la présidentielle, c’est parce que j’avais un arrière-goût de travail inachevé. Vous savez dans quelles circonstances j’ai quitté la primature (il a été démis de ses fonctions moins de trois mois après sa nomination comme Premier ministre pour être parti en guerre contre les forces de l’argent, NDLR). Mon pays étant en difficulté, j’ai pensé pouvoir apporter un plus même si je savais que c’était un sacrifice pour ma famille et moi-même. »<