Le mouvement populaire Hirak a fêté son premier anniversaire dans la liesse. Il l’a bien gagné, il n’y a rien à dire ! Une année de mobilisation sans interruption mérite bien ce court intermède. Et comme un cœur en fête tend à répandre la joie alentour, tout a fini par prendre des airs d’allégresse, les hommes, les rues, les places publiques… Tout s’est soudainement mis à chanter et louer le Hirak, jusqu’aux saisons, jusqu’à l’hiver réputé sévère en ce mois de février, qui s’est généreusement adouci cette année permettant des éclosions précoces de printemps « pas comme les autres », que ni les prières des imams ni les supplications de vieillards effrayés à l’idée d’une punition divine, n’ont réussi à altérer et ni la fatigue ni le temps n’ont pu entamer les manœuvres destinées à casser le mouvement populaire. Heureuse jeunesse qui, ayant décroché les faveurs du Ciel, préfère rester, sait-on jamais, sur le pied de guerre : « Makanch Ihtifalat, Kayan Moudhaharat Dhid Nidham El Issabat » (Il n’y a pas de festivités mais des manifestations contre le système de gangs). Beaucoup de chemin parcouru depuis cette incroyable journée du 22 février 2020, qui a vu des jeunes proscrits pour leur jeunesse se saisir vigoureusement de la rue, décidés à mettre à bas un système atteint de décrépitude morale et physique… Des jeunes qui ne retourneront pas chez eux en dépit de toutes les concessions faites par un système aux abois. Ni l’annulation du 5e mandat ni la remise au placard d’une demande saugrenue de prolongation du 4e mandat, ni la « démission forcée » du Président ni les procès et les emprisonnements qui ont visé les pontes du régime et épargné sa tête de pont, ni l’élection présidentielle, ni les promesses d’une Algérie conforme à leurs désirs… n’arriveront à bout de leur revendication principale, « Yatnahaw Gaâ » (tous s’en iront). Beaucoup de lignes déplacées aussi, dont celles, essentielles, ayant trait à l’accession, au partage et à l’exercice du pouvoir. Là aussi, les jeunes se montrent intraitables et n’entendent pas se laisser faire. Ils dénient d’emblée le droit du gouvernement au nom d’une légitimité historique trahie, d’une fortune (mal) acquise ou de quelques obscures cooptations… Aucun parrainage, aucun sponsor ou arbitrage, fût-il celui de l’Armée, « Dawla Madaniya, Machi Äskaria ». Fini la gestion tutélaire de l’Etat, les jeunes en appellent à la citoyenneté.
Beaucoup de murs défoncés enfin, dont celui de la peur, de l’autre d’abord, « cet Algérien » si proche et si différent de moi. « Les Algériens khawa-khawa » (les Algériens sont frères) chanté par le Hirak, l’emblème berbère qui côtoie le drapeau national, le hidjab, la robe kabyle ou une tenue plus moderne, la barbe islamiste, les cheveux des femmes… Puis la peur du régime, de sa police… Les Algériens ont goûté aux plaisirs de la liberté et ils n’ont pas l’intention d’y renoncer. Ils le clament à chaque occasion, tous les vendredis, tous les mardis…
« Djaybine El Houria » disent-ils (nous apportons la liberté).
L’Algérie aujourd’hui ne ressemble en rien à celle qui d’avant-le 22 février 2019. Les lignes ont bougé, les mentalités aussi. Les jeunes en sont conscients, le régime le sait. La forte mobilisation qui a suivi les appels à « la marche sur Alger » à l’occasion de ce premier anniversaire indique clairement que rien ne pourra se faire sans le Hirak.