Selon plusieurs experts, le lancement de l’accélérateur Algeria Venture au profit des start-ups est une excellente initiative, car cet espace leur fournira mentorat et expertise dans la commercialisation de leurs produits à l’international leur permettant de se frotter aux grandes entreprises nationales et étrangères. Mais pour l’expert dans les TIC et gérant de l’entreprise Datagix (spécialisée dans les solutions It & Cloud), Hichem Boulahbel, cet accélérateur, en imposant le nombre de 30 start-ups seulement à accueillir au niveau de la capitale, ne favorise pas la libération de ces dernières. Dans cet entretien, il explique que le développement d’une start-up à l’international dépend de son épanouissement au niveau local.

Reporters : Un accélérateur au profit des start-ups vient d’être lancé par les pouvoirs publics…
Hichem Boulahbel : Effectivement. Un accélérateur, lancé par les pouvoirs publics et financé par Sonatrach, vient de voir le jour pour soutenir notamment les start-ups qui ne savant pas comment commercialiser leurs produits à l’international. C’est une bonne chose mais pourquoi limiter l’accélérateur à une trentaine de start-ups au niveau de la capitale ? Pourquoi un nombre aussi réduit à soutenir ? Je constate qu’en dépit des efforts déployés, on continue à mesurer les TIC sur la base de principes physiques alors que ce domaine est un espace illimité. On fonctionne, hélas, toujours au mode physique. Au lieu d’exploiter nos moyens pour canaliser les start-ups dans un espace confiné, il faudra, au contraire, les libérer. Cela, en améliorant l’écosystème, en créant des solutions de connexion avec les entreprises étrangères, en libérant le flux internet pour que l’Algérie communique librement avec le reste du monde et en mettant en place des systèmes de banques où les start-ups peuvent domicilier des comptes et recevoir de la devise. En fonction de cela, elles pourront payer leurs licences à l’étranger et entrer facilement en contact avec d’éventuels partenaires internationaux.

Les pouvoirs publics s’emploient à faciliter la tâche aux start-ups…
Oui, mais l’Etat doit intervenir comme facilitateur et non comme gestionnaire des start-ups. Il crée l’écosystème, mais c’est à l’entreprise de travailler. « Laisser travailler et laisser passer», comme dit le philosophe Adam Smith. Et être facilitateur, justement, consiste en la création de systèmes de téléphonie mondiale, en la libération des protocoles de communication, de la connectivité internet, et le marché télécom de façon générale. Il faut savoir que, quand on dit numérisation, cela signifie qu’une entreprise peut acheter librement des licences en devises pour développer ses propres projets et peut recevoir de l’argent directement via le net. Il y a aujourd’hui ce qu’on appelle les marketplace, des espaces de marché où on peut faire pousser des solutions, développer la notion de business angel. On peut exposer, sur ces marchés, nos idées, nos solutions pour être absorbés par des faiseurs qui peuvent miser des millions de dollars sur ces solutions. Il existe aussi des marchés boursiers de business angel. Pourquoi ne pas faire cela chez nous ? Pourquoi se limiter à ce qu’offre l’Etat, ne pas laisser les entreprises voler de leurs propres ailes ?

Donc, que faudrait-il alors faire ?
C’est de créer, tout d’abord, un écosystème économique clair pour les start-ups. C’est-à-dire, un système bancaire fluide qui fonctionne, à travers lequel une start-up peut vendre et acheter en devise, sur Amazone, par exemple, avoir aussi le droit de provisionner du Cloud là, où elle veut, et d’être sollicitée pour vendre son intelligence depuis l’endroit où elle est située et, surtout, lui fournir le débit internet dont elle a besoin.
Et cela doit passer par une diversification des opérateurs télécoms. Tout le monde peut travailler à l’aise sur le net à condition d’enlever les obstacles, d’ôter les freins, de déverrouiller les protocoles de communication qui sont déjà obsolètes ailleurs. Si nous n’avons pas tout cela, l’aide aux start-ups restera politique et non véritablement économique.