Le marketing digital est en plein essor dans notre pays et il est même en passe de damer le pion aux techniques dites classiques et qui ne s’appuient pas sur l’usage de l’internet et des objets connectés pour la vente ou la promotion d’un produit ou d’une marque auprès des consommateurs algériens. Sites web, réseaux sociaux, sites mobiles, applications pour smartphones et tablettes, GPS, podcast, vidéos en ligne sont ainsi investis par de nouveaux opérateurs aussi novateurs qu’entreprenants. Parmi eux, le marketeur Hicham Zaraket, un ancien de Facebook et à la tête, aujourd’hui, d’une entreprise, The Rocket Marketing, orientée vers les marchés de la Zone MENA (Afrique du Nord-Moyen-Orient). Verbatim.

Propos recueillis par Halim Midouni
Reporters : Vous êtes le premier algérien à avoir travaillé pour Facebook, comment avez-vous rejoint ce géant du web et de quelle façon avez-vous été recruté ?
Hicham Zaraket :
Ça a toujours été mon rêve de travailler pour une entreprise comme Facebook. C’est pour cela que j’ai fait du droit et de la gestion (université américaine). J’ai fait mon master en Angleterre. C’est le mektoub… Un jour, je parlais à un ami turc après l’obtention de mon diplôme, il m’a dit que Facebook cherchait quelqu’un qui parlait arabe pour rejoindre leur équipe. Le rôle n’était pas encore clair. Mais ils voulaient quelqu’un qui comprenait le marché arabe et qui avait une ouverture internationale. C’était parfait pour moi. J’ai postulé et j’ai eu le job !

Comment travaille-t-on quand on est employé dans un mastodonte du groupe Gafa ?
Nous faisons les choses à grande échelle. Nous nous posons toujours la question « comment pouvons-nous faire en sorte que cela fonctionne pour des millions de personnes ? » Nous ne travaillons pas sur un cas particulier. Nous devons toujours examiner les données, nous testons les choses pour savoir quand nous voulons lancer quelque chose de nouveau. Nous commençons toujours par l’idée, on la teste et on l’applique à grande échelle. Nous sommes largement en sous-effectif par rapport au Gafa. Par exemple, chez Facebook, nous n’étions que quatre, dans l’équipe qui surveillait le marché arabe à un moment donné, à travailler sur des centaines de millions de personnes. La différence entre Google et Facebook réside dans le fait que pour une équipe similaire, il y aurait vingt fois plus de personnes chez Google. Facebook n’embauche pas aussi agressivement que les autres, mais s’assure que les employés ont les compétences requises.
Quand j’ai rejoint Facebook, c’était une petite équipe. Aujourd’hui, on a une centaine de personnes qui travaillent sur le même marché. En espérant que Gafa accorde plus d’importance à nos marchés.

Toujours est-il qu’en 2018, vous quittez Facebook pour fonder Rocket Marketing. Pourquoi avoir quitté un job aussi prestigieux pour l’aventure entrepreneuriale, dans un secteur extrêmement compétitif et soumis constamment aux polémiques, notamment celles relatives au respect des libertés, de la vie privée et de la sécurité ?
Mon objectif a toujours été de quitter Facebook et de créer ma propre entreprise. Il y a dix ans, la responsable qui m’a recruté m’avait demandé « quel est votre rêve dans cinq à dix ans ? » Je lui ai dit que je voulais retourner au Moyen-Orient et aider les petites entreprises à se développer. Elle s’en est souvenu le jour de mon départ. J’ai toujours rêvé d’acquérir suffisamment d’expérience et d’aider mon marché et je sentais que j’avais suffisamment de connaissances après avoir aidé de nombreuses entreprises chez Facebook. C’était le bon moment pour le faire dehors.
En fait, cette question vous est posée sous le feu de l’actualité et de ce que dit, depuis des semaines, la lanceuse d’alerte Frances Haugen, sur l’opacité des modes opératoires chez Facebook et son manque de modération dans certaines régions du monde et pour certaines langues…
No comment.

Revenons à Rocket Marketing. Pourquoi ce nom ? Où est-elle basée ? Quels types de services propose-t-elle à l’entreprise et pour quelle valeur ajoutée ?
Mon nom de famille est Zaraket = The Rocket, c’est pour faire allusion à la fusée et la force avec laquelle nous aidons les entreprises à atteindre leurs objectifs. TRM est basée à Berlin. Nous proposons d’accompagner les entreprises dans le développement de leurs campagnes publicitaires sur les réseaux sociaux. Nous avons récemment lancé une académie « Sponsored Academy » où nous apprenons aux abonnés comment créer des publicités sur les réseaux sociaux de A à Z. Nous leur donnons tout ce qu’il faut savoir pour réussir dans leurs projets digitaux.

Vous opérez dans la région MENA et en Afrique, semble-t-il ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples des projets et contrats réalisés dans ces régions ?
Nous avons travaillé avec beaucoup d’entreprises dans le monde arabe et les avons aidées à augmenter leurs revenus, j’en cite deux. J’ai travaillé avec Eid Al Mujaibel, avant qu’il ne lance ses services, et je l’ai aidé à vendre des cours en ligne pour une valeur qui dépasse le million de dollars en moins de deux ans. Son étude de cas a été mentionnée sur le site officiel de Facebook https://www.facebook.com/business/success/eid-almujaibel?ref=search_new_3
Nous avons également travaillé avec Yasri.com, le plus grand site e-commerce dans le domaine de la mode, avec des millions de visiteurs par an. Nous avons pu doubler leurs revenus en peu de temps. Nous avons également ressenti un manque et un besoin pour aider les petites entreprises à se développer, c’est pour cela que nous avons créé Sponsored Academy, cela nous a permis d’aider plus de mille entreprises dans la région.

Votre société a lancé un concours pour créer des campagnes publicitaires payantes, quels étaient le contenu et l’objectif de ce concours ? De quoi parle-t-on quand on parle de publicités payantes sur Facebook ? Un chiffre sur le chiffre d’affaires de ce marché dans le monde ?
Nous n’avons pas lancé un concours pour campagnes publicitaires mais une académie, pour apprendre aux entrepreneurs à réaliser leurs propres publicités. Les revenus publicitaires de Facebook sont estimés à 28,3 milliards de dollars en 2021.
Quelle est votre perception du marché du numérique dans la sous-région et dans notre pays en particulier ?
Depuis que je suis chez Facebook, je suis l’évolution du marché algérien, et j’ai eu la chance de pouvoir, à plusieurs reprises, valoriser ce marché en le plaçant parmi les priorités de l’entreprise, d’autant plus qu’il s’agit d’un grand marché avec beaucoup de potentiel. L’une des principales évolutions intervenues en Algérie est l’augmentation du nombre de personnes qui utilisent Internet dans leur vie quotidienne. Selon le rapport publié par DAS, une institution allemande qui accompagne les étudiants, chercheurs et spécialistes d’origine algérienne à faire le changement en Allemagne, 59,6% des Algériens utilisent Internet régulièrement et l’augmentation annuelle de ce taux est de 16%, ce qui est un exploit en soi. Plus ces chiffres sont élevés, plus le taux de développement du marché est élevé.
Que faut-il faire pour accélérer le développement du marché, selon vous ?
L’Algérie est très tardive dans l’adoption du marketing digital, mais cela ne veut pas dire que nous avons échoué. C’est plutôt le contraire qui est vrai, d’autant plus que l’Etat algérien se concentre sur la transformation numérique et travaille désormais à la mise en œuvre de lois qui facilitent le commerce électronique et ouvre ainsi la voie aux entreprises pour saisir l’opportunité et en profiter pour développer leur travail ainsi que l’économie algérienne. L’Algérie a tous les ingrédients qui lui permettent d’être le premier pays dans l’économie numérique, qu’elle adopte des lois qui aident les entreprises et que l’on ouvre la voie aux jeunes pour tirer les leçons de nos expériences passées. C’est ce à quoi je m’efforce de consacrer toute mon énergie. Je crois en la jeunesse algérienne et je suis sûr qu’elle peut être la meilleure dans ce domaine.