Le Haut Conseil de Sécurité place la tenue du scrutin législatif anticipé comme une priorité et un objectif contre lequel toute entrave sera sanctionnée.

Synthèse Lyes Sakhi
Hier, mardi, le chef de l’Etat, M. Abdelmadjid Tebboune, a présidé la réunion périodique du Haut Conseil de Sécurité. Ce tour de table au sommet de l’Etat a été consacré à «l’évaluation de la situation générale du pays sur les plans politique et sécuritaire», selon un communiqué de la présidence de la République.
De ce document, il en ressort deux éléments d’information saillants : celui de l’engagement pour que les législatives anticipées du 12 juin prochain se tiennent au mois et au jour choisi après la convocation par le président du corps électoral en date du 13 mars 2021, celui de l’annonce d’une plus grande fermeté à l’égard des «milieux séparatistes» et de «mouvances illégales proches du terrorisme», deux groupes accusés de «graves dérapages» et d’ «exploiter» les marches hebdomadaires».
Ces parties sont accusées de diffuser leurs discours et de tenter de récupérer le mouvement populaire pour le changement au bénéfice de leurs courants idéologico-politiques. Mieux encore, ils sont désormais désignés par le Haut Conseil de Sécurité (HCS) comme un risque, voire comme une menace non plus potentielle, mais réelle qu’il s’agit de combattre.
C’est en tout cas ce qu’on comprend aisément à travers la formulation selon laquelle «le président de la République a affirmé que l’Etat sera intransigeant face à ces dérapages, qui sortent du cadre de la démocratie et des droits de l’Homme». C’est ce que l’on croit savoir aussi à travers l’instruction présidentielle appelant, selon le communiqué du HCS, à «l’application immédiate et rigoureuse de la loi en vue de mettre terme à ces activités non innocentes et à ces dépassements sans précédent, notamment à l’égard des institutions et symboles de l’Etat, et qui tentent d’entraver le processus démocratique et développemental en Algérie».
«Mettre terme à ces activités non innocentes et à ces dépassements sans précédent»
En somme ces groupes sont désignés comme une entrave au «processus démocratique», une formulation qui désigne bien entendu le scrutin législatif anticipé de l’été prochain à propos duquel «l’accent» est mis «sur l’impératif de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir» sa «réussite». Notamment, contre les actes subversifs et les graves dérapages émanant de milieux séparatistes et de mouvances illégales proches du terrorisme, qui exploitent les marches hebdomadaires». Mais qui sont ces groupes ? On suppose fortement que le communiqué du HCS fait allusion à Rachad, un groupe qui s’illustre par une visibilité ascendante dans le débat actuel sur le Hirak et les tensions qu’il suscite au sein du mouvement populaire pour le changement. Il est considéré par tous les observateurs comme une émanation de l’ex-FIS activant de l’étranger et cherchant à se repositionner dans le jeu politique actuel. Qu’en est-il des milieux séparatistes ? La réponse est moins évidente, mais on songerait volontiers au Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) bien que les indications sur l’intérêt de cette mouvance pour le Hirak demeurent un sujet à discussion à moins qu’on désigne ses activités dans la région où il compte des militants. Quoiqu’il en soit, il semble fort que le communiqué du HCS, dans sa tonalité générale, est une réaction à la reprise des marches depuis le 22 février dernier et un message qu’elles ne seront pas un obstacle à l’organisation des élections de juin.
Hier, à Alger, les étudiants ont de nouveau marché et leur mobilisation n’a pas semblé faiblir. Des étudiants, mais aussi beaucoup de manifestants venus leur prêter main forte, se sont rassemblés dès le milieu de la matinée au lieu habituel du départ de la manifestation, la place des Martyrs, pour s’ébranler en direction de rue Didouche-Mourad.
Avant-hier, lundi, 24 manifestants interpellés lors de la marche de samedi 3 avril à Bab-El-Oued ont été placés sous mandat de dépôt. D’autres militants, comme les anciens détenus Mohamed Tadjadit et Malik Riahi, ont été arrêtés et se trouvent toujours en garde à vue suite à la diffusion de la vidéo de l’adolescent Said Chetouane, 15 ans, et les allégations d’agression sur sa personne.