Doucement mais sûrement, la pression pointe du nez dans les hôpitaux. Elle est montée d’un cran ces derniers jours, avec une hausse progressive des cas du nouveau coronavirus (Covid-19) qui sont en train d’être enregistrés quotidiennement. Cette situation épidémique, caractérisée par une courbe ascendante qui se confirme chaque jour un peu plus, est de nature à préoccuper les professionnels de la santé qui font montre de leur inquiétude quant à la montée de la pandémie. Cela au moment où la vaccination n’arrive pas à atteindre une cadence acceptable alors que le doute ne subsiste plus sur la 4e vague et ses graves conséquences, notamment en termes de perte de vies humaines si la situation de stagnation persiste.

PAR INES DALI
Les spécialistes exerçant dans les établissements hospitaliers de plusieurs wilayas du pays ont révélé qu’ils constatent une hausse graduelle pour les consultations Covid et pour les hospitalisations. Mais pas seulement puisque le nombre de patients admis en réanimation est, lui aussi, en train d’augmenter. C’est le cas de l’hôpital Beni Messous à Alger. «La situation est très préoccupante. Depuis quelques jours, nous sommes en train de voir que le nombre de malades (atteints de Covid-19) qui arrivent au niveau de l’hôpital est en train d’augmenter, mais ce sont des malades qui ont développé une forme grave et qui nécessitent une prise en charge en réanimation», a révélé le Pr Réda Malek Hamidi, chef de service réanimation au CHU Beni Messous. Et d’ajouter que «le nombre de malades admis en réanimation a été multiplié par trois». Jusqu’à hier lundi, le service réanimation comptait «sept malades», alors que dimanche «il y en avait neuf. Les deux autres sont décédés», a-t-il regretté, relevant que les malades qui arrivent en réanimation ne sont pas vaccinés et mettant en garde contre la 4e vague.
A Constantine, l’une des premières wilayas qui ont commencé à enregistrer une hausse des contaminations outre Alger et Oran, «95% des personnes qui étaient admises en réanimation n’étaient pas vaccinées», a fait savoir le Pr Nasri, chef de service médecine de travail, qui a alerté, lui aussi, quant à la quatrième vague et insisté qu’il ne faut pas baisser la garde. «Il serait judicieux de respecter les gestes barrières, mais aussi d’aller à la vaccination qui reste le moyen idoine de lutte contre la Covid-19. C’est la seule porte de sortie qui permettra de vaincre cette pandémie», a-t-il dit. Mais le constat est que le relâchement en matière de gestes barrières est largement répandu, et ce, à travers l’ensemble des wilayas du pays.
Dans la wilaya de Blida, l’Etablissement hospitalier public (EHP) de Boufarik enregistre, également, «une légère augmentation» des infections. «Il y a une progression en termes de consultants et de malades hospitalisés», selon le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses, qui a noté que «c’est toujours ainsi que ça commence, comme dans les autres pays du monde». A ce propos, il est utile de rappeler que le président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), le Pr Kamel Selhadji, a indiqué que «nous sommes au début de la 4e vague» et qu’il faut rester attentif à ce qui se passe ailleurs, dans le sens où «la nouvelle vague qui sévit actuellement dans les pays européens met six à huit semaines avant d’arriver chez nous», a-t-il mis en garde. Dans ce sens, le Pr Hamidi a affirmé que «la situation peut basculer à n’importe quel moment», donnant l’exemple du Royaume Uni où la pandémie avait flambé en à peine quelques jours il y a quelques mois. «Le 25 mai dernier, ils étaient à 3.000 contaminations par jour et en deux semaines ils sont passés à 27.000», a-t-l rappelé, avant de souligner, à son tour, l’impératif d’observer la plus grande vigilance et de se préparer à l’éventuelle prochaine vague. «Nous devons être prêts pour ne pas revivre le scénario de la troisième vague», a-t-il prévenu, tout en lançant un appel à la population algérienne à «aller se faire vacciner», cela d’autant que «les vaccins sont disponibles» et que la vaccination permet «de se protéger soi-même et de protéger les autres».
Des cas Covid découverts dans deux lycées à Oran
Les conséquences du manque de vigilance et de la réticence à la vaccination sont en train d’être de plus en plus visibles à travers le pays. A Azazga, dans la wilaya de Tizi Ouzou, après la fermeture préventive d’un lycée pour une durée de dix jours suite à la découverte de cas de contamination au Covid-19, l’hôpital de la ville a pris des mesures pour éviter une propagation du virus, en interdisant les visites. «Suite à la recrudescence des cas de Covid-19 dans notre wilaya, et dans le cadre de la prise en charge des malades hospitalisés au niveau de notre établissement, il est porté à la connaissance de tous les usagers de la santé que les visites sont interdites à compter du 21 novembre», est-il indiqué dans une note de cet hôpital.
Par ailleurs, dans la wilaya d’Oran, des cas du nouveau coronavirus ont été découverts dans deux lycées, à savoir 10 cas dans le lycée Mouloud-Kacem et 6 autres dans le lycée Laid-Ahmed. Ce qui a poussé «les enseignants à protester», selon un membre du bureau de wilaya du Cnapest qui a indiqué que «le directeur de l’éducation qui s’est rendu dans l’établissement en question hier a ordonné de fermer la classe dans laquelle ont été découverts 7 cas, mais pas celle où il y a 2 et un cas». Dans le deuxième lycée, «il y a 6 cas, trois parmi le personnel, dont le directeur et le censeur, et 3 parmi les élèves», a-t-il ajouté dans une déclaration à la chaine Echourouk. Le membre du syndicat autonome qui observe une grève cyclique chaque semaine a laissé entendre qu’il aurait été préférable de fermer ces établissements. A noter que le personnel du secteur de l’éducation national est faiblement vacciné, alors que la vaccination a été ouverte pour ce corps dans les écoles en août dernier en sus des autres centres de vaccination. La rentrée scolaire avait même été repoussée pour permettre à un plus grand nombre de recevoir le vaccin.
Sur un autre plan, la mesure de fermeture des salles d’ablutions dans les mosquées a été levée. Elles seront ouvertes 15 minutes avant l’Adhan et fermées 5 minutes après la prière, a indiqué hier le ministère des Affaires religieuses, tout en soulignant la nécessité de se conformer aux mesures de prévention dont le nettoyage régulier de ces lieux. Intervenant à propos de la vaccination, le porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19, Dr Djamel Fourar, a déclaré, hier, que «5 millions de personnes ont reçu les deux doses du vaccin, soit 25% du groupe cible».
Un taux qui reste «très faible» comme l’a récemment qualifié le ministre de la Santé. «Si le taux de vaccination n’augmente pas ces jours-ci, nous atteindrons la quatrième vague», a déclaré Dr Fourar, tout en réitérant l’appel à la population à aller se faire vacciner. <