La hausse de la courbe épidémique observée dans certaines régions du pays, notamment à Sétif pour des raisons généralement imputées au non-respect des règles de prévention et de protection, pourraient conduire le gouvernement à envisager, sous le conseil de l’autorité sanitaire, l’option d’un reconfinement dans les zones de propagation du nouveau coronavirus. Ce retour à la quarantaine sera « partiel » et « ciblé », selon les déclarations du docteur Abdelkrim Touahria, membre comité scientifique de suivi du Covid-19.

Le nombre de cas confirmés de coronavirus (Covid-19) qui va crescendo, et après les inquiétudes qu’il ne cesse de susciter aussi bien dans le milieu sanitaire que dans la société, il semble que l’éventualité d’un reconfinement partiel ciblé devient une option de plus en plus envisageable. Elle est présentée par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus comme la seule manière de contenir la propagation du coronavirus dans un endroit donné afin de préserver les zones limitrophes d’une forte contamination.
L’option de reconfinement dans certaines régions a été annoncée, hier, par le Dr Abdelkrim Touahria, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus qui a, toutefois, tenu à lever l’amalgame ou toute confusion donnant lieu à une interprétation qui pourrait faire état d’un reconfinement dans toutes les wilayas.
Après avoir relevé que «la hausse du nombre de cas confirmés était attendue en raison du non-respect des mesures de prévention», il a affirmé qu’«il n’y aura pas de reconfinement total de tout le pays». «Le reconfinement ne sera que partiel, limité dans des foyers où sont enregistrées les infections», a-t-il souligné lors de son intervention à la Radio nationale, indiquant, à cet égard, que «la solution réside dans des études épidémiologiques».
«L’option d’un confinement par région ou par commune est la plus privilégiée, étant donné que les cas des contaminations ne concernent pas l’ensemble du territoire de chaque wilaya», a-t-il encore précisé. Il ne s’agit donc pas de pénaliser des wilayas entières en leur imposant le reconfinement. Cette fois-ci, le reconfinement sera ciblé et ne devra toucher que les endroits où les villes dans lesquels a été relevée une transmission virale importante, selon le Dr Touahria. Cela pourrait intervenir après la détermination des clusters et l’identification des sujets contacts des cas confirmés qui, s’ils s’avèrent contaminés à leur tour, seront traités et isolés, et ce, même s’ils ne se trouvent pas dans la zone confinée. Le membre du Comité scientifique a révélé, dans ce contexte, que des équipes fraichement constituées sont descendues, hier matin, sur le terrain, en se déplaçant dans certaines régions pour entamer leur travail dans le cadre de la réalisation des enquêtes épidémiologiques. Ces équipes appartiennent à la cellule nouvellement créée dont le rôle est «de préparer des études épidémiologiques, et d’aller sur le terrain pour localiser les foyers de contamination et, de là, identifier les cas d’infection et les contenir», a-t-il indiqué. «Les enquêtes épidémiologiques permettront, ainsi, d’identifier avec précision les clusters qui vont être confinés», a-t-il ajouté.

Pas de reconfinement total
L’une de ces équipes s’est déplacée dans la wilaya de Sétif qui est devenue le foyer de l’épidémie et où, rappelle-t-on, la situation épidémiologique s’est dégradée ces derniers temps avec une forte hausse des nouveaux cas de coronavirus et une saturation des services Covid dans les hôpitaux. Une saturation qui a conduit les autorités sanitaires de la wilaya à trouver un substitut aux centres de santé en ayant recours à un centre de formation professionnelle pour y loger les cas suspects en attendant les résultats de dépistage.
Cette situation de saturation dans les hôpitaux est constatée également au niveau d’autres wilayas, dont Biskra, Batna, Ouargla, Bordj Bou Arréridj, Constantine, Blida, Alger et Tlemcen, à tel point que le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le Pr Abderahmane Benbouzid, a franchement déclaré son inquiétude face à la hausse des cas confirmés, mais surtout des cas en réanimation (41 cas dimanche dernier), tout en expliquant que «la cause de la saturation dans les services Covid-19 dans certains hôpitaux est aussi due aux cas suspects qui sont hospitalisés et qui attendent les résultats» de leurs analyses.
Dr Touahria a réitéré que le Comité scientifique travaille en coordination avec les différents départements ministériels autour d’un plan de déconfinement dans tous les secteurs. «Nous sommes en contact permanent avec l’ensemble des secteurs (transports, sports, habitat…) pour un plan de déconfinement dans tous les secteurs pour lesquels nous établissons ce qu’on appelle un protocole sanitaire», a-t-il déclaré, estimant qu’il est temps que «les activités industrielles reprennent elles aussi» leurs activités.

Revoir la stratégie de sensibilisation et de communication
Le membre du Comité scientifique a, par ailleurs, écarté l’idée d’une deuxième vague de coronavirus, estimant que nous en sommes encore dans la première qui n’a pas disparu. «Pour parler d’une deuxième vague, il faut d’abord que la première disparaisse. Or, ce n’est pas le cas avec la flambée des cas dans certaines wilayas», a-t-il soutenu, avant de noter que cette situation est due au «non-respect des gestes barrières», faisant remarquer que les cérémonies de mariages sont de retour dans ces wilayas. D’où, son appel à «sévir» lorsqu’il y a constat que les mesures de prévention que sont le port du masque et le maintien de la distanciation physique ne sont pas respectées, notamment dans au niveau des commerces.
En tout état de cause, et face à cette situation épidémique «inquiétante», le Comité scientifique compte «revoir sa stratégie de sensibilisation et de communication dans la lutte contre le coronavirus».
Malgré toutes les mises en garde contre un comportement qui risquerait de replonger le pays dans le confinement, nombreuses sont les défections qu’il est loisible de constater pratiquement partout, et que les professionnels de la santé des services Covid et la population soucieuse de préserver sa santé face à ce mal planétaire ne cessent de qualifier d’indiscipline, d’insouciance ou encore d’indifférence envers soi et envers la société. D’où la multitude d’appels à un plus grand sens de responsabilité. <