Le variant Omicron s’est imposé dans les débats sur l’évolution de la situation épidémique de l’Algérie où le nombre de cas confirmés de Covid-19 a dépassé les 800 durant les dernières vingt-quatre heures. Constatant que ce variant est en passe de détrôner le Delta et cause une flambée des infections, les spécialistes ne cessent de mettre en garde quant au risque de voir une grande partie de la population l’attraper et, par conséquent, mettre à mal les hôpitaux en les saturant.PAR INES DALI
Les enfants n’ont pas été épargnés et sont de plus en plus touchés, relançant, ainsi, le débat sur leur vaccination. «Les membres du Comité scientifique débattent cette question et les discussions abordent particulièrement l’âge cible des enfants à vacciner ainsi que le type de vaccin», a indiqué, hier, le Pr Ryad Mehyaoui, membre dudit Comité, ajoutant que ce dernier s’attend à ce que des décisions soient bientôt prises à ce sujet, notamment après que les contaminations aient fini par gagner des établissements scolaires. Les élèves sont parfois «renvoyés chez eux afin qu’ils puissent effectuer des examens médicaux pour s’assurer de l’étendue de leur infection», a-t-il poursuivi, notant qu’«aucune déclaration officielle n’a été publiée à ce jour», et qu’«une telle déclaration permettrait de préparer une stratégie pour affronter le virus dans le milieu scolaire».
Pour lui, le plus important aujourd’hui, c’est d’inciter la population âgée de plus de 18 ans à se faire vacciner et de commencer par les personnes qui entourent les élèves, à l’exemple des parents, des enseignants, administrateurs et autres. «C’est ce qui permettra d’éviter que l’infection n’atteigne les enfants mais, malheureusement, il y a une forte réticence à la vaccination et nous n’avons pas encore atteint l’objectif souhaité» d’injecter le sérum anti-Covid à 70% au moins de la population éligible, tel que fixé dans l’objectif initial.
Abondant dans le même sens, le Pr Merzak Gharnaout, chef de service pneumologie au CHU Béni Messous, a souligné, pour sa part, que certaines écoles sont fermées à cause des enfants touchés par le Covid, tout en rassurant qu’il n’y a «pas de formes graves chez les enfants atteints». D’une façon générale, une personne touchée par l’Omicron présente une «symptomatologie légère qui prédomine au niveau des voies aériennes supérieures, avec toux, fièvre, fatigue, courbatures…» «Ce n’est pas une symptomatologie sévère», a-t-il affirmé, mais non sans préciser que dans l’hôpital où il exerce, c’est le service de réanimation qui semble poser problème s’il continue à recevoir encore plus de malades, et ce, même si «la plupart des hospitalisations sont des cas modérés à sévères». «Jusqu’à présent, on arrive à prendre en charge les patients en réanimation, mais j’espère qu’il n’y aura pas de cas aussi graves que ceux de la troisième vague pour pouvoir assurer une prise en charge à tous ceux qui arrivent», a-t-il souhaité, prévoyant le pic de cette vague à la fin du mois ou au début de février. «Il est fort probable que nous atteignons les 100% des cas du variant Omicron dans les jours ou les semaines à venir, comme c’est le cas en Europe», a confirmé, pour sa part, le Pr Réda Djidjik, chef de service du Laboratoire d’immunologie médicale, relevant que «le variant Omicron est tellement contagieux qu’il va entrer en compétition avec le variant Delta et prendra sa place petit à petit». Alors que «les services de réanimation sont déjà pleins» et que les hôpitaux comptent un total de quelque 4200 lits occupés à l’échelle nationale, la situation pourrait s’aggraver, selon le Pr Djidjik qui prévoit «une explosion des cas, par milliers probablement». Il se montre, toutefois, également rassurant : «Heureusement que la forme clinique avec l’Omicron n’est pas comparable à celle du Delta. Cela veut dire que nous aurons probablement moins de cas graves, ce qui permet d’assurer la prise en charge les contaminés», en plus du fait que «le système de santé algérien a tiré les enseignements de la précédente vague. Nous avons pris nos dispositions cette fois-ci et l’oxygène est disponible en grande quantité». A son tour, il soutient, comme ses confrères Mehyaoui et Gharnaout, que ce qui est le plus important, c’est de respecter les gestes barrières et de se faire vacciner. Un appel qu’a encore émis le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, le Pr Fawzi Derrar. «Il faut que nos chers concitoyens comprennent qu’il est fondamental de revenir vers une adhésion massive à la vaccination et un respect strict des mesures barrières, afin de rendre les mesures stratégiques efficientes», a-t-il insisté dans un entretien au quotidien El Watan. Plaidant la même recommandation, le Pr Djidjik a soutenu que «même si le vaccin ne protège pas à 100%, il a prouvé son efficacité contre les formes graves, de même qu’il évite l’hospitalisation et réduit la mortalité». Se faire injecter la troisième dose pour se protéger est également réitéré par les spécialistes. Quant à probabilité qu’Omicron puisse engendrer une immunité collective, le Pr Derrar, qui est spécialiste virologue, a relevé que «ces hypothèses avancées par les scientifiques sont peut-être possibles, mais à condition que les taux de couverture vaccinale soient élevés, auxquelles s’ajoutera une capacité de défense post-infectieuse qui renforcera cette immunité».