La situation sanitaire due au nouveau coronavirus avec un nombre de cas confirmés qui ne cesse d’aller crescendo, après avoir suscité l’inquiétude au sein du personnel médical, a fini par susciter presque de la colère. Ils expriment leur ras-le bol et estiment qu’il n’est pas aisé de continuer de la sorte.

Ils déclarent, tous les jours, qu’ils font face à de nombreux problèmes durant cette période de pandémie de coronavirus, dont les chiffres sont assez éloquents. A titre d’exemple, Sétif qu’on disait être devenue l’épicentre de la pandémie a fini par détrôner Blida qui était la wilaya la plus touchée. Selon le bilan de dimanche, elle a enregistré 64 cas confirmés, soit plus de cas que la capitale (48) qui est actuellement en tête des listes des wilayas qui enregistrent le plus de cas d’infection au coronavirus.
Parmi les problèmes que rencontrent les personnels de la santé, tous corps confondus, ils évoquent des moyens insuffisants mis à leur disposition, ainsi que l’insécurité et les agressions verbales et physiques qui se généralisent dans les hôpitaux ces derniers jours. Mais s’ils se plaignent de l’insuffisance des moyens en raison d’un flux plus important que prévu et à une hospitalisation d’un nombre de malades Covid et de cas suspects en attente des résultats de leurs analyses, ils pointent du doigt également l’insouciance d’une partie de la population qui a conduit à cette situation.
Ainsi, après leurs différentes mises en garde à l’adresse des citoyens contre tout relâchement en raison des conséquences que cela peut avoir en termes de vies humaines, les personnels du secteur de la santé ne se contentent plus seulement des avertissements et des alertes. Le ton est monté d’un cran. C’est le cas du personnel soignant de la wilaya de Béjaïa qui a adressé un message assez fort par le biais du secrétaire général du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP) du Centre hospitalo-universitaire (CHU) de wilaya, Zoubir Ferhat, à l’adresse des réfractaires aux mesures de prévention et de ceux qui disent que le coronavirus n’existe pas. Il estime que ceux qui disent que «le coronavirus n’existe pas» sont des potentiels candidats à un «suicide collectif» et leur demande de «ne pas croire ceux qui leur véhicule ce message» après avoir annoncé qu’ils viennent (au CHU) d’enterrer un collègue avec lequel il a exercé depuis 30 ans.
Il recommande aux citoyens de sa wilaya de prendre très au sérieux cette pandémie et, dans le cas contraire, il leur adresse un message on ne peut plus clair : «Restez chez vous, autrement nous allons déposer une démission collective et laisser l’hôpital sans personnel. Vous ne pouvez pas nous obliger à nous suicider. Nous n’allons pas nous suicider pour votre inconscience».

«Plus de 50 décès parmi les professionnels de la santé»
Dans la wilaya de Biskra, et toujours en raison du nombre élevé de cas Covid, la Direction de la santé et de la population (DSP) de la wilaya a adressé un appel aux les médecins privés, en raison de la situation de la pandémie que traverse le pays, à garder leurs cliniques ouvertes pour recevoir et prendre en charge les malades, en prenant toutes les précautions nécessaires afin d’éviter la propagation du coronavirus». Même les cliniques privées sont donc mises à contribution et «toute fermeture sans aucune raison valable entrainera des mesures fermes à l’encontre des propriétaires de ces cliniques», selon le communiqué de la DSP.
C’est une situation bien critique que celle que vivent les personnels du secteur de la santé, surtout avec la perte de nombreux de leurs collègues dont environ une cinquante est décédée, selon le Dr Lyès Merabet président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP).
«Je pense que nous sommes à plus de 50 décès parmi les professionnels de la santé, tous corps confondus. Dimanche 19 juillet, nous avons perdu deux collègues médecins. L’un dans le secteur public à Ghardaïa et le second dans le secteur privé aux Eucalyptus (Alger). Depuis une semaine, on enregistre presque quotidiennement des morts parmi les professionnels de la santé», a-t-il affirmé dans une déclaration au site électronique TSA, évaluant à «environ 3.000 le nombre de cas confirmés» de coronavirus parmi le personnel soignant et réitérant que «la solution définitive se trouve dans le respect des mesures de prévention».
Aïd El Adha : «Le risque sanitaire n’est pas à écarter»
La situation épidémiologique, loin d’être rassurante, risque de se compliquer davantage avec l’Aïd El Adha. Même le président de la République l’a reconnu lors de son entrevue avec les médias avant-hier. Il a expliqué que «le sacrifice est une sunna, mais le risque sanitaire n’est pas à écarter (…). Nous ne pouvons être permissif face à la mise en danger de la santé du citoyen». Soulignant que la fermeture des mosquées peinent tous les Algériens tout comme celle des espaces de loisirs et de détente pour les jeunes, le Président Tebboune a appelé l’ensemble des citoyens à faire preuve de «patience, de sagesse et de vigilance pour sortir de cette situation».
S’exprimant dans le même sens, Dr Djamel Fourar, porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de l’épidémie de coronavirus, a affiché sa crainte de voir une flambée des contaminations après l’Aïd El Adha, comme cela s’est passé après l’Aïd El Fitr. «Notre crainte est de voir la population durant l’Aïd El Adha commettre les mêmes erreurs que lors de l’Aïd El Fitr durant lequel la majorité de la population n’a pas respecté les mesures de confinement», a-t-il déclaré, regrettant que «les nombreuses visites familiales qu’il y a eu ont fait en sorte que le virus a infecté d’autres personnes qui n’étaient pas atteintes». D’où son énième appel à la population à «respecter les gestes barrières, surtout le port du masque obligatoire et la distanciation sociale le jour de l’Aïd». Il recommande que chaque citoyen procède au rituel individuellement et d’éviter les regroupements.