Avec la hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires agricoles et industriels, la tension était à son comble dans les marchés de la capitale, à la veille d’un mois sacré connu pour être un haut rendez-vous de consommation.

Par Hakim Ould Mohamed
La cherté de la vie alimente la grogne des Algériens, pris en tenailles entre une inflation insoutenable et un pouvoir d’achat en perpétuelle érosion, à la veille d’un mois de Ramadan qui ne s’annonce pas comme les précédents. La crise du coronavirus, qui a marqué l’année 2020 et le début 2021, a aggravé le coût social d’une crise financière qui aura laminé les petites et moyennes bourses depuis le choc pétrolier de 2014, dont un remake, non moins violent, a été observé en début 2020. Avec la hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires agricoles et industriels, la tension était à son comble dans les marchés de la capitale, à la veille d’un mois sacré connu pour être un haut rendez-vous de consommation. «Actuellement, je n’arrive plus à joindre les deux bouts. A 65 ans, je me retrouve à chercher un travail étant donné que ma retraite de 26 000 dinars ne me permet point de subvenir aux besoins de ma famille. Et encore, nous sommes juste trois personnes à la maison». Mohamed, retraité, rencontré au marché de Rouiba, à l’est d’Alger, semble ne plus savoir à quel saint se vouer, rattrapé par le coût devenu insoutenable de la vie d’un pensionnaire. Dans ce marché, érigé au centre de la ville de Rouiba, les prix sont hors de portée des petites bourses. Les carottes sont cédées à 120 dinars le kilogramme, les courgettes à 140 dinars, tout comme les tomates, les oignons à 80 dinars/kg, les pommes de terre à 80 dinars/kg, alors que les haricots verts sont pratiquement inaccessibles, affichés à 350 dinars/kg. Les prix des produits agricoles frais n’ont cessé de grimper ces derniers mois, entraînant à la hausse l’indice des prix à la consommation à son plus haut depuis le début de 2020. «C’est hors de portée. Nous sommes résignés car nous n’avons pas où aller. A Rouiba, à Aïn Taya ou à Bordj El Bahri, et à un degré moindre Reghaïa, les prix pratiqués par les marchands des fruits et légumes sont les mêmes. Depuis que l’Etat a décidé de faire la chasse aux marchands ambulants – ceux-ci pratiquant des prix moins élevés – nous n’avons de choix que de nous approvisionner dans les marchés. Et, bien évidemment, les coûts de location et de la fiscalité sont répercutés sur les prix des produits à la consommation». Khadidja, enseignante de lycée, dont la déception est clairement visible sur son visage, croit dur comme fer que ce mois de Ramadan ne sera pas comme les précédents, compte tenu de l’érosion du pouvoir d’achat qui lamine les ménages modestes et moyens.

Les viandes inaccessibles
La crise provoquée par la pandémie de la Covid-19 a aggravé les inégalités et cassé le maillon des classes moyennes qui ont soutenu l’essentiel des sacrifices de ces dernières années, entre pression fiscale et hausse des prix des produits de base, dont les carburants, l’électricité et le gaz. Pour le reste, les prix des biens alimentaires ont affiché une augmentation de 1,0% en janvier dernier, une variation induite, aussi bien par l’évolution des produits agricoles frais que par celle des produits alimentaires industriels, a indiqué l’Office national des statistiques (ONS) dans sa dernière livraison sur l’inflation. Les produits agricoles frais ont connu ainsi un relèvement du prix de 1,3%. Ce relèvement s’explique principalement par une hausse des prix des viandes rouges (+0,9%), des légumes (+6,7%) et du poisson (+8,5%). Les prix des produits alimentaires industriels ont connu également une hausse de 0,8%, traduisant un relèvement des prix de certains produits, notamment, les laits, fromages et dérivés (+0,5%), les huiles et graisses (+4,4%) et les sucres et produits sucrés (+2,3%). Ces tendances haussières ont fait que le taux d’inflation a bondi à 2,6% en janvier en glissement annuel, contre un taux d’inflation de 2,4% en 2020 et 2% en 2019.
Au marché de Rouiba, les prix des viandes rouges et blanches sont carrément inaccessibles ; le kilogramme de viande bovine affiche 1 900 dinars, celui de la viande ovine 1 700 dinars, alors que le kilogramme de poulet est cédé à 380 dinars. La facture s’alourdit ainsi de plus en plus pour le panier de la ménagère avec une hausse ininterrompue des prix des produits alimentaires agricoles et industriels. «La flambée des prix tire sa source des éleveurs. Nous ne faisons que la répercuter sur le produit final. Nous ne sommes pas responsables de cette hausse», nous confie un boucher, près de la place de la Mairie, comme pour renvoyer la balle aux éleveurs qui, à leur tour, ont fait savoir récemment que le coût de l’aliment de bétail est hors de portée conséquemment à la baisse des importations et à la dépréciation de la monnaie nationale. Celle-ci a connu plusieurs ajustements ces derniers mois, entraînant une hausse des prix à la production et à la consommation, abstraction faite de la hausse des prix des produits alimentaires sur les marchés internationaux ; lesquels enchaînent un dixième mois de hausse, touchant essentiellement les céréales, la poudre de lait, les huiles et les sucres dont le pays est un des grands producteurs mondiaux.