par Fazil Asmar
Le déploiement des vaccins et l’assouplissement des mesures de confinement ont entraîné, explique l’expert en économie mondiale, Abderrahmane Mebtoul, une hausse inégalée des cours et de la demande d’or noir, tandis qu’une pénurie d’énergie dans l’hémisphère Nord a fait grimper les prix du gaz naturel à leur plus haut niveau depuis sept ans. Ce qui a fortement ébranlé le marché pétrolier. Rappelant que les stocks de brut ont diminué dans le monde, M. Mebtoul indique que cette progression intervient en dépit d’un ralentissement dans la reprise économique mondiale en raison de problèmes dans les chaînes d’approvisionnement et dans un climat d’inquiétude concernant le variant Delta. «On devrait assister à des prix élevés des fossiles traditionnels entre 2021/2025 en attendant que la transition énergétique, irréversible avec le réchauffement climatique, se mette en place entre 2025/2030», signale-t-il. Ce qui est une bonne nouvelle pour notre pays qui a besoin de devises pour remettre l’économie nationale à flot. Mais l’Algérie va-t-elle réellement en profiter ? Pas vraiment, selon Mebtoul, notre pays étant confronté à des concurrents de taille, dans le marché gazier surtout. «Le marché naturel de l’Algérie, en termes de rentabilité, est l’Europe mais où la part de marché de l’Algérie fait face à de nombreux concurrents. Notre plus grand concurrent demeure la Russie qui fournit à elle seule 36% du gaz à l’Europe.
A court terme donc, l’Algérie profitera peu de cette hausse. Surtout que la production nationale a baissé en volume physique de 65 milliards de mètres cubes gazeux à 40 en 2020 et à 43/44 pour 2021, du fait de la forte consommation intérieure», estime-t-il. Ce qui renvoie, d’après lui, à la politique généralisée des subventions et de la faiblesse des investissements ayant peu attiré les investisseurs étrangers. «Les opérateurs attendent les décrets d’application de la loi des hydrocarbures et le code des investissements», conclut-il. N’empêche que, selon l’expert en économie, Toufik Hentabli, l’Algérie étant un pays gazier plus que pétrolier, l’augmentation des prix du gaz sur le marché mondial va se répercuter positivement sur notre économie. Cette hausse serait une occasion, assure-t-il, pour financer des investissements sérieux hors hydrocarbure, dans l’économie de savoir notamment qui est devenue une priorité. «Ainsi, notre PIB ne sera plus dominé par les produits énergétiques. Car quand un PIB ne dépend que d’un secteur d’activité, cela crée une économie fragile», fait-il savoir. Pour lui, les réserves de changes déjà disponibles et celles qui seront générées grâce à la hausse des prix du pétrole et du gaz suffiront amplement pour investir dans les ressources humaines et dans les projets d’investissements créateurs de postes d’emploi et de richesses et non pas de consommation. Dans le domaine des hydrocarbures, par exemple, recommande-t-il, commencer par investir dans la transformation de la matière première pour la commercialiser à des prix 100 fois plus chers et donc, plus rentable.
«Pour cela, il faudra investir dans la ressource humaine et les compétences, dans les moyens technologiques et ne conclure que des partenariats gagnants-gagnants avec les étrangers. En profiter également pour finaliser les réformes financières et administratives», dit-il, insistant sur l’investissement dans les secteurs à forte valeur ajoutée tels que le tourisme, les services, la transformation agricole, le transport, la logistique et les TIC. «Cette hausse des prix des hydrocarbures sera bénéfique pour l’Algérie à condition qu’on en profite pour mener à bien la transition économique souhaitée et passer de la rente à la création de richesses», soutient-il. n