Par Nadir Kadi
Intervenant hier en ouverture de la rencontre Gouvernement-Walis, le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a abordé la question de la flambée des prix des produits de large consommation. Une situation que le secteur du commerce est aujourd’hui «invité» à solutionner, a en substance ajouté le Président.
En effet, estimant que la hausse constatée depuis plusieurs mois est le résultat de l’action de «spéculateurs», le Président, qui déclare que «certains parasites et intrus du commerce ont misé sur la spéculation pour provoquer cette augmentation des prix», a enjoint au ministère du Commerce de «trouver une solution à ce problème». Une solution qui devrait passer par la voie juridique, le Président rappelant l’existence «des lois dissuasives (…) mises en place pour criminaliser la spéculation alimentaire».
Déclarations faites alors que la rencontre Gouvernement-Walis, programmée sur deux jours au Palais des Nations (Club-des-Pins), a été placée sous le triple intitulé de «la relance économique», «l’équilibre régional» et «la justice sociale». A. Tebboune a notamment expliqué, hier, que les précédentes crises et pénuries qu’a connues le marché algérien ont été le résultat d’actes de spéculation, notamment en 2020, lors de la crise de la semoule déclenchée dans le contexte du confinement sanitaire. Et ce serait encore le cas, aujourd’hui, pour la crise de la farine qui refait surface ces dernières semaines dans plusieurs régions du pays. En ce sens, le Président estime que ces deux situations sont liées : «Ceux qui ont provoqué la crise de la semoule sont derrière cette pénurie de farine».
Quant à la «solution» au «problème» de la spéculation sur les produits alimentaires, le Président, tout en rappelant hier que la «spéculation est un crime puni par la loi», a par ailleurs rassuré sur le «caractère social» de l’Etat dans la gestion de ce type de crises et qui demeure l’un des principes immuables de la nation algérienne. Allusion au maintien de la subvention des prix des produits de base.
Pour rappel, la hausse du prix de la farine et, par conséquent, la pression sur le pain, avait implicitement été attribuée à la spéculation dès le mois d’août dernier lorsque le ministère du Commerce avait démenti l’existence d’une quelconque «pénurie» ou même de «manque» de farine sur le marché national. L’Association de la protection et l’orientation des consommateurs et de l’environnement (Apoce) avait, pour sa part, expliqué, par la voie de son président Mustapha Zebdi, que la «rumeur» d’une «tension» sur la demande de farine avait été exploitée : «Certains ont profité de la situation pour vendre la farine à 2 800 dinars, alors que le prix est normalement réglementé à
2 000 dinars.» Quant aux raisons plus «circonstancielles» des hausses enregistrées ces dernières semaines, il s’agirait également, selon d’autres spécialistes, de répercutions suite aux fortes demandes sur les marchés internationaux. Ainsi le professeur Ali Daoudi, chercheur et enseignant à l’Ecole d’agronomie d’Alger, a récemment précisé que les cours des denrées alimentaires «ne baissent pas, ou alors très légèrement» au niveau des Bourses internationales malgré des récoltes et des résultats de la saison qui se sont révélés «moins catastrophiques que prévu».
En cause, selon le spécialiste, une «dynamique de reconstitution des stocks» notamment en Chine, mais aussi une reprise économique dans plusieurs régions du monde.