La hausse des prix que connaissent depuis plusieurs semaines les produits alimentaires met à rude épreuve les ménages qui s’adaptent laborieusement à cette situation, notamment les familles à faibles revenus.
Des hausses jusqu’à 10 % ont été enregistrées, ne cessent de déplorer des consommateurs inquiets par une telle tendance. Certains pointent une hausse qu’aucun facteur ne peut justifier, citant des produits dont les prix sont pourtant plafonnés par décret ministériel. D’autres affichent leurs incompréhensions devant des augmentations que les producteurs n’annoncent pas. Ce n’est pas l’avis de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca) qui, par la voix de l’un de ses membres, Mohamed Mechedène, donne la dépréciation de la monnaie nationale comme explication principale. «Au niveau de l’Anca, ces augmentations ne nous étonnent pas. Elles sont mêmes prévisibles», a-t-il déclaré à Reporters. Relevant que «pour mieux saisir les causes de la flambée des prix, il ne faut pas minimiser l’impact de la dépréciation du dinar». Le même responsable évoque également la domination du marché par les produits étrangers, donc de l’importation, dont le coût se répercute sur celui de la vente. «Comme tout le monde le sait, en Algérie, il n’y a pas grand-chose à exporter, du coup, les conteneurs d’importation vers l’Algérie font le retour à vide, ce qui augmente le coût», a-t-il détaillé, ajoutant que «toute l’alimentation du pays est importée de l’étranger, c’est ce qu’explique cette flambée des prix».
S’exprimant sur le prix des aliments agricoles, selon notre interlocuteur, il est dû au facteur du climat. «Peu de pluie, la récolte est minime, et les prix flambent donc naturellement. De plus, et pour satisfaire le marché, les agriculteurs ont recours à la plasticulture qui est coûteuse. Beaucoup d’outils sont déployés pour réussir l’opération», soutient-il. Et d’ajouter que «la main-d’œuvre est de plus en plus chère». Par contre, le membre de l’Anca a noté que la hausse des prix des fruits et légumes est momentanée.
Pour ce qui est des préparatifs du mois de Ramadhan, M. Mechedène dit que l’Anca coopère avec le ministère du Commerce afin d’augmenter la production et fournir les quantités suffisantes avant et pendant le mois de jeûne. «Les producteurs ont été appelés à augmenter leurs productions afin de satisfaire le consommateur, d’un côté, et stabiliser les prix, de l’autre», a-t-il révélé. Sur les rumeurs de la pénurie de certains aliments essentiels, le même intervenant a pointé du doigt le comportement du consommateur, particulièrement durant le mois de Ramadhan, avec une tendance à acheter plus que de besoin en consommation, ce qui participe à la hausse des prix.
Il faut noter que l’explication de l’Anca rejoint celle du ministre du Commerce, qui interrogeant au Conseil de la Nation sur la hausse des prix, a évoqué «la baisse du dinar face au dollar». Pour Kamel Rezig, «la dégringolade du dinar face au dollar est causée par la crise économique qui a été accentuée par la pandémie du coronavirus ayant frappé l’Algérie». Assurant que les services du secteur «contrôlent quotidiennement l’évolution des prix des produits alimentaires et la tutelle est prête à «prendre les dispositions nécessaires contre cette hausse».
Au mois de décembre dernier, Kamel Rezig avait fait part de son intention de réorganiser le marché en élaborant plusieurs projets de loi, citant, entre autres, la pénalisation du délit de surfacturation. L’objectif de cette démarche est de lutter contre le phénomène de la facturation excessive, a-t-il expliqué. En attendant que le marché soit véritablement régulé, le consommateur fait face à une augmentation de prix qu’il paie chèrement ! n