Par Nadir Kadi
Chercheur et enseignant à l’Ecole d’agronomie d’Alger, le professeur Ali Daoudi a énuméré, hier, certaines principales «causes» qui expliquent la hausse des prix des produits alimentaires. Une augmentation «notable» depuis quelques mois et que le spécialiste impute à la reprise économique dans plusieurs régions, accompagnée de tendances à la «reconstitution de stock» mais aussi aux conditions climatiques qui ont impacté les récoltes et fait bondir les prix de 30% et même 60% pour certaines productions. Une situation qui aura «immanquablement des conséquences» sur les marchés de détail, a en substance ajouté Ali Daoudi, lors d’un passage sur les ondes de la Radio nationale. Les analyses du spécialiste évoquent, en effet, le triste souvenir des «émeutes de la faim», d’autant que «les niveaux des prix actuels ressemblent à ceux de l’année 2011».
En effet, le constat est aujourd’hui clair, les prix des produits alimentaires ont considérablement augmenté sur les marchés mondiaux depuis début 2021 «et jusqu’au mois de mai de la même année», explique Ali Daoudi, avant d’ajouter que «le fléchissement qui a suivi n’a, cependant, pas compensé l’augmentation initiale», d’autant qu’aux «mois de juillet et août une autre augmentation a été constatée sur des produits de base, tels les céréales ou les oléagineux». Ainsi, donnant pour preuve les prix moyens du blé et du maïs, indispensables pour la consommation humaine et l’alimentation du bétail, la hausse est importante et se situe entre 30 et 60% du prix des dernières années. «La tonne de blé s’est établie en moyenne à 250 dollars durant ces 9 premiers mois de 2021, alors qu’elle se vendait à 185 dollars en 2020. Soit 34 à 35% d’une année à l’autre». Pire encore, le maïs «a enregistré une hausse de l’ordre de 60%, les prix moyens en 2021 sont proches de 265 dollars la tonne, alors qu’ils étaient aux alentours de 165 dollars».
En ce sens, le chercheur tient pour responsables plusieurs facteurs, notamment «l’augmentation de la demande suite à la reprise économique mondiale, en Chine aux Etats-Unis et en Europe», «le niveau d’inflation aux Etats-Unis et en Europe», ou encore l’augmentation des prix de l’énergie qui se répercute sur les coûts de productions agricole. Quant aux «accidents» climatiques, tels que les incendies, la sécheresse ou les perturbations dans les niveaux de précipitations, leur aspect est important, mais moins que les prévisions alarmistes. Ainsi Ali Daoudi rappelle qu’en mai dernier, «les anticipations de production de céréales pour 2021-22 étaient déjà pessimistes, beaucoup d’observateurs s’attendaient à une baisse de la production mondiale (…) notamment dans les zones de production en Russie, en Amérique Latine ou aux Etats-Unis», cependant, et bien que les premiers résultats s’avèrent «moins catastrophiques que prévus», les prix «ne baissent pas, ou seulement très légèrement». Une situation qui pourrait être imputable à une des «dynamiques de reconstitution des stocks» notamment en Chine.
Quant aux conséquences de ces hausses, ou du moins de la stagnation des prix à des niveaux élevés, Ali Daoudi souligne qu’elles sont déjà visibles au niveau des marchés de détail depuis au moins avril 2021. Le résultat d’une «répercussion» mécanique des prix sur le consommateur final : «les producteurs nationaux qui transforment les céréales vont forcément répercuter ces hausses sur les consommateurs». Et la situation serait malheureusement la même en ce qui concerne les «intrants agricoles», ces derniers enregistrent également une certaine hausse sur les marchés internationaux. «L’Algérie importe une bonne partie des intrants utilisés dans l’agriculture (…) une augmentation interne des coûts de production agricole est à craindre».
Evoquant toutefois plusieurs «solutions» immédiates et à long terme pour minimiser les impacts sur la population, Ali Daoudi évoque la nécessité de «redéfinir» les mécanismes de régulations : «Par exemple, pour les céréales, l’Etat garantit un prix d’achat unique pour tous et revend à des minoteries et semouleries à des prix très faibles, impose un prix de vente et définit les marges… Tout cela ne marche pas, les minoteries et semouleries (…) revendent sur les marchés à des prix qui ne sont pas nécessairement ceux définis. L’Etat ne pourra pas continuer à tout réglementer». Le spécialiste appelle en effet à l’instauration d’un véritable marché libre ou l’augmentation des prix d’un produit est «un signal pour les producteurs d’investir» et, par conséquent, baisser les prix par le jeu de la concurrence. Une idée résumée en déclarant : «La mission de l’Etat n’est pas de définir les prix, sa mission est de créer les conditions pour que la production augmente au même rythme que la demande.»
Ali Daoudi concède toutefois que la «situation de crise» actuelle nécessite une intervention étatique «l’Etat doit stabiliser les prix en engageant des actions d’urgence pour renforcer la production (…) mais ce ne sera jamais une solution définitive». n