L’augmentation des prix des carburants n’est pas du goût des membres de la Commission des finances et du budget de l’APN. Anticipant sur les conséquences de cette hausse sur les prix à la production industrielle et, donc, sur le pouvoir d’achat, ils n’ont pas manqué de mettre en garde le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, sur les répercussions socio-économiques de cette mesure contenue dans le Projet de loi de finances complémentaire (PLFC) 2020.
Comme il a été déjà constaté, au lendemain des deux augmentations des prix des carburants, déjà décidées ces dernières années, une troisième opération du genre se fera encore mettant à rude épreuve le pouvoir d’achat du citoyen, notamment les couches à bas et moyen revenus qui sont déjà éprouvées par l’inflation galopante des produits alimentaires.
Lors d’une séance consacrée à la présentation du PLFC par Abderrahmane Raouiya, les membres de la Commission ont salué la revalorisation du Salaire national minimum garanti (SNMG) à 20 000 DA et l’exonération des salaires inférieurs ou équivalents à 30 000 DA de l’Impôt sur le revenu global (IRG). Ils ont néanmoins fait remarquer qu’une augmentation des prix des carburant constitue un «paradoxe» à ces actions, d’autant qu’elle interviendrait, ont-ils souligné, dans un moment «inopportun» au regard des dommages occasionnés par la pandémie Covid-19».
En effet, les députés notent que ni la revalorisation du SNMG ni l’exonération de l’IRG au profit de certaines catégories de salariés ne profiteront aux citoyens concernés si ces derniers doivent reverser cette bonification dans la hausse qui naîtrait automatiquement d’un nouveau bond des prix des carburants. Ils citent, dans ce registre, toute la chaîne de la production industrielle, des agriculteurs et du transport public, sans exclure «une hausse généralisée des prix de la quasi-totalité des produits».
Pour les membres de la Commission des finances et du budget de l’APN, il aurait été plus judicieux «d’accélérer le recouvrement fiscal, d’orienter le soutien de l’Etat exclusivement vers ceux qui y ouvrent droit par des mécanismes de ciblage efficients et d’engager l’intégration des travailleurs du marché parallèle dans le circuit officiel». Cela permettra, estiment-ils, «d’engranger des montants colossaux qui viendraient réduire ainsi le déficit budgétaire».
De son côté, l’argentier du pays a justifié la proposition d’augmentation des prix du carburant par la pression que subit le budget en raison de la subvention de l’Etat de ce produit, soulignant la nécessité d’accompagner cette augmentation par une campagne de sensibilisation en direction des commerçants et des opérateurs à la nécessité de ne pas exagérer ou de se précipiter sur l’augmentation des prix de leurs produits et de leurs prestations. A ce titre, le ministre a indiqué qu’un groupe de travail se penchait actuellement sur l’examen de toutes les propositions à l’effet de trouver des mécanismes à même d’orienter ce soutien vers ceux qui y ouvrent droit, notamment une carte d’approvisionnement en carburant remise une fois par an à chaque citoyen.
Par ailleurs, plusieurs membres de la Commission des finances et du budget de l’APN ont émis des réserves quant à la mesure relative à l’autorisation à nouveau de l’importation de véhicules, précisant que cela ne fera qu’accélérer l’érosion des réserves de change, ajoutant en outre que les taxes prévues par le projet de loi donneront lieu à des prix «inimaginables».