Même si l’augmentation des prix de l’électricité et du gaz annoncée ne concernera pas les petits consommateurs, les ménages pourraient être touchés indirectement, étant donné qu’une hausse des prix à la production pourrait se traduire mécaniquement par une hausse des prix à la consommation.

La vieille et lancinante question relative aux prix de l’électricité et du gaz a été à nouveau évoquée, lors d’un point de presse animé par le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, en marge de son audition, jeudi, par les membres du Conseil de la Nation.
Le ministre a déclaré que l’Etat n’envisage pas d’augmenter les prix de l’électricité ou du gaz naturel pour les citoyens à consommation modeste notamment ceux résidant au niveau des immeubles ; ceux-ci représentent, selon lui, « la majorité des consommateurs ». Cependant, Abdelmadjid Attar a souligné qu’une « réflexion est en cours au niveau des hautes autorités de l’Etat sur une possibilité d’augmenter les prix pour les tranches importantes de consommation d’électricité ou de gaz, au-delà des seuils raisonnables ». « Cela pourrait soutenir les investissements futurs de l’entreprise Sonelgaz et d’autre part encourager ces consommateurs à diminuer leur consommation énergétique et ainsi permettre au pays de s’orienter graduellement vers la transition énergétique au cours des dix prochaines années tout en épargnant du gaz naturel au profit des générations futures », soutient le ministre de l’Energie. Cela voudrait dire que les clients de Sonelgaz concernés par la hausse des prix actuellement à l’étude sont les moyens et grands consommateurs, dont les entreprises et certains organismes publics et privés. Cependant, même si le ministre dit clairement que cette nouvelle augmentation des prix de l’électricité et du gaz ne concernera pas les petits consommateurs, les ménages pourraient être touchés indirectement, étant donné qu’une hausse des prix à la production pourrait se traduire mécaniquement par une hausse des prix à la consommation. D’autant plus que les industriels feront face à la troisième hausse des prix de l’électricité et du gaz en un laps de temps de moins de cinq années si l’Exécutif venait à mettre à exécution le projet d’une nouvelle révision des prix. La dernière augmentation en date était prise en charge par la loi de finances 2018 ; celle-ci révisant à la hausse la taxe sur les ventes de produits énergétiques aux industriels. L’article 107 de ladite loi a fixé le montant de la taxe à 0,0023 dinars/Thermie pour le gaz naturel haute et moyenne pressions, contre 0,0015 dinars/Thermie précédemment. Pour ce qui est de l’électricité haute et moyenne tensions, la taxe est passée de 0,020 à 0,030 dinars/KWh. Peu avant cette augmentation, la loi de finances 2016 avait donné le la. Le taux de la TVA applicable au gas-oil et à la consommation d’électricité et du gaz dépassant les 250 Kwh et 2500 thermies par trimestre était passé de 7% à 17%. Outre la hausse des prix d’accès à l’électricité et le gaz, les consommateurs, toutes catégories confondues, étaient confrontés durant la même période, soit de 2016 à 2020, à trois augmentations des tarifs des carburants. L’impact de ces augmentations sur les prix à la consommation était évident, étant donné que le poste Transports et Communications représente 16% de l’indice des prix calculé par l’Office national des statistiques (ONS). Les sous-postes Transports et Autres dépenses pour véhicules (qui contiennent l’essence) représentent 5,3% de l’indice des prix. L’impact indirect des augmentations ayant touché les industriels se calcule par effet d’entrainement. C’est-à-dire qu’une hausse dans l’amont de la production entraine mathématiquement une augmentation dans l’aval de la consommation. A moins qu’il s’agisse d’un produit dont le prix est réglementé et les coûts de production sont soutenus par l’Etat. Outre la hausse des coûts de production à laquelle étaient confrontés les industriels, la dévaluation à répétition du dinar depuis 2014 – la valeur de l’euro étant passé de 107 dinars en juin 2014 à 164 dinars aujourd’hui, alors que le dollar vaut 143 dinars aujourd’hui contre 78 dinars en juin 2014 – a contribué à la hausse des prix des intrants, ce qui a érodé directement ou indirectement le pouvoir d’achat des ménages.