Maintenant que les producteurs de produits alimentaires manufacturés ont officiellement admis qu’ils ont procédé à des hausses des prix et de se justifier par l’augmentation des cours des matières premières importées, conjuguée à la dévaluation du dinar, c’est bien sûr les ménages qui seront les plus impactés. De prime abord, il importe de rappeler que c’est depuis le mois de décembre dernier que s’est enclenchée la hausse des prix au niveau des commerces de détail. Une tendance qui s’est poursuivie jusqu’à ce jour, notamment remarquée sur les huiles de table qui ont d’ailleurs choqué des franges entières de la population. Côté produits carnets et après une stagnation des prix en début d’année, les consommateurs assistent ces dernières semaines à leur renchérissement passant ainsi de 240 DA à 300 DA le kilogramme du poulet vide, voire même à 320 DA dans certaines wilayas. Par contre, la viande rouge fraîche, qu’elle soit ovine ou bovine, le prix varie entre 800 et 1 400 DA le kg. Côté légumes, on n’a pas assisté à une fluctuation à la hausse de la mercuriale, si ce n’est sur la pomme de terre qui a connu une ascension en moins de dix jours. En effet, à la fin février, elle était plafonnée à 55 DA/kg pour passer à 70 DA/kg ces derniers jours. Poussant de ce fait l’Office national des fruits et légumes (Onilev), sur injonction du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, à mettre sur le marché des volumes importants de pomme de terre issue des chambres froides afin de tenter de réguler le marché en cette période de soudure de la production du tubercule, étant donné que les prochaines récoltes ne sont prévues qu’à partir de la mi-avril. Ce qui veut dire, quand bien même il y aura apport de la pomme de terre réfrigérée, les prix pourraient poursuivre une ascension d’ici le mois d’avril prochain, à moins que la régulation du marché se concrétise sur le terrain.
Déficit de régulation
Pour en revenir à la hausse des prix, comme observée ces deux derniers mois sur les produits de large consommation, notamment sur les pâtes alimentaires fraîches, la semoule, la farine et sur les huiles de table, les associations de protection des consommateurs n’ont pas cessé d’interpeller les pouvoirs publics qualifiant ces hausses de coup dur porté à des franges entières de la population, notamment les plus démunies, qui voient leur pouvoir d’achat laminé.
Devant cet état des lieux, certaines associations sont montées au créneau. C’est le cas de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce) qui, par la voix de son président, le Dr Mustapha Zebdi, ne s’est pas fait prier pour affirmer tout récemment, sur un plateau de télévision, que «les arguments donnés par les différents opérateurs économiques concernant les hausses des prix ne tiennent pas debout». Jugeant même que «si les opérateurs n’en font qu’à leur tête, c’est parce que tout simplement il y a eu défaillance, pis encore, un retard de réaction des organismes censés réguler le marché». Or, selon le président de l’Apoce, des solutions existent «ne serait-ce que pour préserver les produits de première nécessité à des niveaux de prix accessibles pour les consommateurs à bas revenus et autres dans le besoin». A ce propos, le Dr Zebdi propose de mettre en place des mécanismes de régulation à même de faire barrière aux fluctuations à la hausse des prix. «La procédure la plus idoine serait à la fois de plafonner la marge bénéficiaire des producteurs, des grossistes ou dépositaires et des détaillants et de supprimer la TVA».
Notons que du côté de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), on se dit aucunement responsables des hausses des prix à la consommation. Le président de l’Anca, Hadj Tahar Boulanouar, contacté par Reporters, hier, rapporte : «Nos commerçants sont conscients que la hausse des prix sur les produits de large de consommation met à rude épreuve les consommateurs, c’est pourquoi ils jugent que chacun des intervenants, de l’amont (production/distribution) à l’aval (commerce du détail) se suffisent d’une marge bénéficiaire qui prend en compte le pouvoir d’achat des bas revenus. En somme, une forme de solidarité entre producteur et consommateur devrait s’installer de façon pérenne», a conclu le président de l’ANCA. <