Les associations de protection des consommateurs tirent la sonnette d’alarme. En cause : la flambée des prix, perceptible depuis le début de l’année en cours, sur les étals de nombreux produits alimentaires essentiels. Pis encore, certaines associations restent convaincues que ce n’est là que le début d’une inflation qui n’est pas près de s’estomper.
Et d’argumenter dans ce sens que devant les augmentations décidées par certains producteurs de denrées alimentaires, « on risque d’assister à un effet boule de neige qui va pousser toute la chaîne des manufacturiers à suivre les hausses en vigueur », confient-elles. C’est ce que redoutent les ménages à faible revenu, voire même ceux qualifiés de classe moyenne. Devant ces sombres perspectives, la population est en droit d’être éclairée sur le pourquoi de cette tendance à la hausse des prix sur les étals des détaillants.

Le ministère du Commerce invoque les cours élevés à l’international
Du côté du ministère du Commerce, on invoque comme cause majeure de l’augmentation des prix à la consommation les cours élevés, ces derniers mois, des matières premières sur les marchés internationaux. Pour le Directeur général du contrôle économique et de la répression de le fraude (DGCERF) au ministère du Commerce, Mohamed Louhaidia, cette hausse des cours mondiaux «s’est traduite par une réévaluation du coût à la production chez les producteurs de denrées alimentaires conditionnées et, par voie de conséquence, une hausse des prix dans le circuit de la distribution. Ce responsable, qui s’exprimait sur les ondes de la Radio nationale, Chaîne I, a en outre invoqué comme autre raison « la position dominante ou monopole de certains producteurs qui, à l’occasion, ont vite mis à profit les cours mondiaux pour justifier leur nouvelle tarification sur la production ». Devant cet état des lieux, le directeur de la DGCREF insiste sur la nécessité de multiplier les contrôles sur le terrain et de sévir dans le cas de mise en évidence de hausse de prix illicite. « Par ce moyen, nous visons avant tout à épargner au consommateur la surenchère. »
« Outre le fait que les cours des matières premières, intrant principal dans la composition de leur production, la dévaluation du dinar a rendu le coût à la production plus élevé. A partir de ces deux facteurs, l’alternative de revoir à la hausse nos prix de façon minime devenait incontournable », expliquent pour leur part les producteurs à chacune de leur sortie médiatique. Or, à propos d’augmentation minime de prix, les associations de protection des consommateurs parlent de hausses allant jusqu’à 40% !

L’Apoce et la FAC s’insurgent
On apprend de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC) que, depuis le 1er janvier dernier, les Algériens ont été surpris par l’augmentation des prix de plusieurs produits, notamment alimentaires. « Certains sont même considérés comme essentiels, comme l’huile de table, le sucre raffiné ou encore le lait non subventionné », souligne Mohamed Toumi, président de la FAC, approché par Reporters hier. Ce dernier est formel « les augmentations des prix sur de nombreux produits sont injustifiés. D’autres membres de la fédération lâchent : « Que fait le ministère du Commerce ? »
Pour sa part, le Docteur Mustapha Zebdi, président de l’Apoce, a fait savoir à Reporters que « les prémices de ces augmentations commençaient déjà à se faire sentir juste avant la fin de l’année dernière avec une flambée des prix du sucre et de certains autres produits alimentaires. Début 2021, on a remarqué une généralisation de ces augmentations vers d’autres types de marchandises. » Non sans déplorer que « les surenchères semblent être devenues une habitude chez certains opérateurs ». « C’est le même scénario auquel on assiste à partir du 1er janvier de chaque nouvelle année. Leurs auteurs, profitant des confusions induites par l’entrée en vigueur de la nouvelle loi de finances (LF), imposent de nouveaux prix à la hausse ». Comme notre locuteur a tenu à nous faire remarquer : « Certes, les années précédentes ils pouvaient justifier ces hausses à cause des nouvelles taxes et l’augmentation des prix du carburant, mais ce n’est pas le cas cette année. Alors à quoi jouent-ils ? » A propos des raisons évoquées par les industriels, notre interlocuteur n’ira pas par quatre chemins : «L’augmentation des prix des matières premières sur les marchés internationaux et aussi la dévaluation du dinar sont pour moi des arguments qui ne tiennent pas la route. Car, l’augmentation des prix des matières premières est infime par rapport aux hausses qu’ils ont imposées. Ces dernières varient entre 5% jusqu’à 40% pour certains produits. Ils ne sont donc pas proportionnels à ceux imposés au client. Pour ce qui est de la dévaluation du dinar, elle a commencé depuis plusieurs mois sans que cela n’impacte sur les prix. Certes, il est normal qu’il y ait une petite augmentation des prix, mais pas de cette proportion. »
Cela dit, tous les pères de famille, interpellés par Reporters sur la hausse des prix de ces derniers jours, s’accordent à dire : « Quand bien même les industriels se sont sentis obligés de hausser leurs prix, ils auraient dû avoir au moins la décence d’avertir les consommateurs et non nous mettre devant le fait accompli. » En somme, il va devoir mettre en place des mécanismes pour que ni les manufacturiers ni les consommateurs ne soient trop pénalisés. Un chantier qui relève en partie du gouvernement car la balle est dans son camp.