La vague des hausses des prix des produits et services de large consommation, survenues en début d’année, fait débat. Alors que les associations de protection des consommateurs et industriels se sont prononcés à grand coup médiatique, jeudi dernier, c’était au tour du ministre du Commerce Kamel Rezig de justifier l’augmentation par la hausse des cours mondiaux. Toujours est-il que sur le terrain, ce renchérissement ne fait que mettre à rude épreuve le pouvoir d’achat.

Le ministre avait précisé, à l’occasion d’une séance plénière au Sénat, qu’il n’y a pas eu d’augmentation de prix des produits de base, mais seulement de certains autres produits due à l’augmentation des cours mondiaux, la hausse des coûts logistiques et la baisse du dinar. Une affirmation qui ne pourrait satisfaire la population car des milliers de concitoyens sont en proie à une perte de leur pouvoir d’achat, bien réelle. Et «le plus grave, elle s’inscrit dans un processus d’érosion qui n’est pas près de s’arrêter», confie à Reporters un responsable de l’association de protection des consommateurs El Amen, qui a voulu garder l’anonymat. Comme ce dernier a tenu à faire savoir à la même occasion : « Au sein de notre association nous nous attendions à ces hausses des prix sur de nombreux produits de consommation. Sans oublier que cette hausse a commencé bien avant, c’est-à-dire en 2016, et que la crise sanitaire n’a en fait qu’accentuer la tendance à la hausse.» Par ailleurs, notre locuteur reste convaincu que de nombreux opérateurs ont mis à profit la crise sanitaire pour revoir à la hausse leurs prix sortis d’usine «se justifiant par les fluctuations des cours des matières premières sur les marchés internationaux». A la question de savoir s’il existe des solutions appropriées à la situation actuelle, notre source nous a avoué : «Nous sommes arrivés à un tel niveau de perte du pouvoir d’achat qu’il serait erroné de dire que les choses vont changer au profit de la population. Dans une telle situation, il ne reste plus au consommateur que de se prendre en charge de manière sérieuse.» Pour être plus explicite, il dira : « Il va falloir revoir notre mode de consommation.» Selon notre source, « établir des priorités d’achat afin de s’abstenir des dépenses superflues en réorganisant notre consommation. Et à ce titre, cela doit commencer par la réduction de sa facture d’électricité, de gaz et d’eau et du carburant de la voiture. Chacun de nous se doit de se soumettre à une nouvelle culture de la consommation, et à une gestion des dépenses plus rigoureuse.»
Pour revenir à la problématique de l’érosion du pouvoir d’achat, du côté de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC), on considère que c’est le résultat d’une même logique « celle de l’augmentation permanente et démesurée des prix à la consommation», juge le Directeur exécutif de la FAC Mohamed Toumi. Soulignons que la FAC est sur la même longueur d’onde que l’association El Amen, entre autres, sur le fait que les hausses des prix actuelles étaient attendues. Des membres de la FAC s’accordent à dire, par ailleurs, que le moment est venu de revoir quelques textes régissant la protection du consommateur. Ajoutant dans ce sillage que «la régulation du marché doit devenir une réalité de terrain et non plus un slogan sans effet».
Notons enfin que les observateurs de la scène économique algérienne sont unanimes à prévoir des jours encore plus sombres pour le pouvoir d’achat non seulement des faibles revenus mais aussi des cadres. Arguant par là que pour des impératifs macro-économiques (stabilisation de l’inflation), le gouvernement ne permettra aucune augmentation de salaire ni des retraites en dehors des voies tracées par les conventions collectives en vigueur. Il ne pourra, par contre, pas contrôler les hausses de prix, fixer les niveaux de l’offre et de la demande souvent déterminées par le marché informel sur lequel il n’a aucune emprise. Toujours selon les observateurs, le gap entre salaires et prix aura donc nécessairement tendance à se creuser dans les prochains mois. L’entrée en vigueur des hausses de prix générées par les nouvelles mesures fiscales, les interdictions d’importation et la dévaluation continue du dinar vont lourdement et durablement pénaliser le pouvoir d’achat au point d’entraîner la paupérisation des franges les plus vulnérables des classes moyennes. n