Au lendemain du démenti catégorique du ministère du Commerce quant à une quelconque «pénurie» ou même «manque» de farine sur le marché national, le président de l’Association de la protection et l’orientation des consommateurs et l’environnement (Apoce), Mustapha Zebdi, est allé, hier, dans le même sens, mais en parlant cette fois du point de vue du consommateur.

Par Nadir Kadi
Ainsi ; M. Zebdi nous a en substance précisé qu’une simple «tension» sur la demande de farine s’est transformée en une «rumeur» que «certains» n’ont pas hésité à exploiter. «Certains ont profité de la situation pour vendre la farine à 2 800 dinars, alors que le prix est normalement réglementé à 2 000 dinars». Une exploitation et une hausse du prix qui n’ont aucune «justification» rationnelle. «Mais certains ont profité de la rumeur pour avancer qu’il y a un manque de farine sur le marché. Ce qui est faux et grave (…) Malheureusement, ce n’est pas la première fois que nous faisons face à ce type de rumeur.»
Le responsable de la structure de défense des droits des consommateurs ajoute, toutefois, que ce type de rumeur s’appuie sur une part de vérité vécue par la population : «Il est vrai que les rumeurs peuvent avoir un certain support, suite à des tensions sur le marché, mais présenter les choses de manière à créer la panique, c’est autre chose.» Le président de l’Apoce explique dans la même logique que l’une des causes de la hausse «bien réelle» de certains produits peut être la crise sanitaire que traverse le pays : «En ce qui concerne les produits de large consommation, il est vrai qu’il y a une hausse, que ce soit pour l’agroalimentaire ou les produits industriels (…) C’est un fait que personne ne peut cacher, le pouvoir d’achat est impacté durant cette pandémie.» Une explication qui reste toutefois partielle au moment où l’action des «profiteurs de la crise est de plus en plus évidente», ajoute Mustapha Zebdi. «Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé ces derniers jours avec les appareils à oxygène médical dont le coût a été multiplié (…) Il y a toujours des gens qui abusent quand un produit est particulièrement demandé». En ce sens, l’une des mesures préconisée par l’Apoce est le plafonnement des prix lors des situations de crise : «Nous avions déjà demandé que des textes de loi plafonnent les prix en cas de crise (…) Par ailleurs, on estime qu’il est impératif que l’on définisse des prix de référence pour les produits de première nécessité. Ces prix devront bien sûr être régulièrement mis à jour, en réunissant les acteurs du marché, les agriculteurs, les associations… et en prenant compte de la disponibilité du produit, son coût de revient, le niveau de l’inflation…». Quant à la question de la multiplication des contrôles, leur impact ne serait que très limité en l’état actuel de la législation : «Il faut être objectif sur cette question, que peut faire un contrôleur face à un commerçant qui augmente les prix des produits non réglementés (…) Où est l’infraction ? Il n’y a pas de support juridique pour les produits non réglementés».
Hausse de prix de consommation qui a par ailleurs «réussit» à entrer en application en ce qui concerne le tarif du café. Le nouveau prix de la tasse, passé depuis le 1er août, de 30 à 40 dinars, serait également injustifié, explique le président de l’Apoce : «Nous avons condamné ce comportement. Nous estimons que la hausse du prix de la matière première est minime par rapport à la hausse appliquée au consommateur.» En effet, alors que plusieurs gérants ou employés de café nous ont expliqué que le coût du «sac de café est passé de 700 à 840 dinars», Mustapha Zebdi estime pour sa part qu’une telle augmentation ne justifie pas le prix appliqué aux consommateurs, le responsable déplorant en substance qu’une fois encore «la hausse du prix pour le consommateur n’est pas proportionnelle par rapport à la hausse des charges de l’activité commerciale». <