Les cours du gaz naturel en Europe continuent de progresser de manière fulgurante, dans un contexte de forte tension et d’indications d’une importante demande. Cette tension est à la source directe des récentes fluctuations brutales des prix du gaz naturel.

Par Hakim Ould Mohamed
Les cours du gaz naturel ont progressé, vendredi, de 6,28% et de 122,62% en variation mensuelle. En variation annuelle, les prix ont bondi de 129,54%, une progression qui a entraîné une accélération inflationniste sans précédent en Europe, qui dit prévoir de cesser complètement d’acheter du gaz russe d’ici un an et est actuellement dans une recherche effrénée d’alternatives. Le GNL américain en est une.
Et cette semaine, des dirigeants de l’industrie gazière américaine ont accueilli au Texas plusieurs délégations d’Etats membres de l’UE à la suite de l’engagement du président Biden à approvisionner l’Europe avec 15 milliards m3 de volumes supplémentaires de GNL américain cette année.
La situation en Europe est précaire. Dans ce contexte, Sonatrach a annoncé vouloir augmenter les cours de son gaz vendu à l’Espagne ; le prix actuel fixé par les accords d’approvisionnement de long terme étant très bas par rapport aux cours du marché. La troisième vice-présidente du gouvernement espagnol et ministre de la Transition écologique, Teresa Ribera, a confirmé, jeudi, l’intention de Sonatrach d’augmenter les prix du gaz acheminé à destination de l’Espagne et a confié que son gouvernement espérait que l’augmentation en question serait «modérée». «L’intention de Sonatrach est d’augmenter les prix, mais cela dure depuis octobre, car elle comprend que les prix sont bien inférieurs au prix auquel le gaz était coté sur les marchés internationaux», a déclaré Teresa Ribera dans des déclarations à la Télévision espagnole. La responsable de la Transition écologique dans le gouvernement espagnol voit l’approvisionnement comme «garanti» et espère que, dans tous les cas, la hausse des prix sera «modérée». Teresa Ribera a souligné que les négociations entre les entreprises espagnoles et Sonatrach «prennent généralement beaucoup de temps», mais a assuré que l’Algérie «est un pays fiable, qui respecte ses engagements et que l’approvisionnement en gaz nous semble assurée». La même responsable a indiqué que les «négociations pour la révision des prix du gaz avaient commencé en octobre dernier entre la société de fourniture algérienne Sonatrach et les sociétés énergétiques espagnoles». Il s’agit d’une opération «strictement commerciale» qui ne concerne pas les deux gouvernements. Une manière de dire que la décision de revoir les prix n’a aucune considération politique après le revirement du Gouvernement Sanchez de se ranger en faveur du plan d’autonomie du Sahara occidental proposé par Rabat.
Si Teresa Ribera a tenté de convaincre ses interlocuteurs de cette version, le président de Naturgy a expliqué, quant à lui, que l’annonce de Sonatrach d’une probable révision des prix du gaz en direction de l’Espagne «était aussi politique vu le poids que représente les hydrocarbures dans le budget algérien». Pour lui, il ne s’agit pas seulement d’une «négociation d’entreprise à entreprise».
Il y a quelques jours, le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar n’a pas exclu de réviser les prix du gaz fourni à l’Espagne. «Depuis le début de la crise en Ukraine, les prix du gaz et du pétrole explosent. L’Algérie a décidé de maintenir, pour l’ensemble de ses clients, des prix contractuels relativement corrects. Cependant, il n’est pas exclu de procéder à un calcul des prix avec notre client espagnol», a affirmé le patron du groupe Sonatrach dans une déclaration à l’APS. Une fois le prix du gaz vendu à l’Espagne revu à la hausse, il serait difficile de s’attendre à ce que les cours reviennent à la baisse, a ajouté Francisco Reynés, président de la société espagnole Naturgy, partenaire de Sonatrach. «Penser qu’après une révision le prix du gaz algérien va baisser, c’est vivre à l’extérieur du monde», a déclaré le patron de Naturgy. Il estime à ce propos que les prix du gaz sont toujours «sensiblement» au-dessus des niveaux de 2021 et qu’au moins dans les 10 prochains mois, ils resteront au-dessus des 100 euros.
En tout cas, la révision à la hausse des prix du gaz algérien fourni à l’Espagne devrait faire augmenter les recettes du pays, une bouffée d’oxygène pour les comptes extérieurs du pays qui, naturellement, dans cette conjoncture de hausse des cours des hydrocarbures et des volumes exportés, tendent vers l’équilibre. Cela fait plusieurs années que la balance des paiements souffre d’un déséquilibre chronique.

Embargo européen sur le charbon russe début août
Les représentants des Vingt-Sept ont décidé jeudi un embargo sur le charbon russe et la fermeture des ports européens aux navires russes, dans le cadre d’une cinquième salve de sanctions contre Moscou, a annoncé la présidence française du Conseil de l’UE. Ce paquet «très substantiel» prévoit également l’interdiction d’exportations vers la Russie, notamment de biens de haute technologie, à hauteur de 10 milliards d’euros, et le gel des avoirs de plusieurs banques russes. C’est la première fois que les Européens frappent le secteur énergétique russe, dont ils sont très dépendants. L’UE importe 45% de son charbon de Russie pour une valeur de 4 milliards d’euros par an. Cet embargo entrera en vigueur début août.