En adéquation avec les mesures prises depuis une semaine, mais dont l’effet positif tarde à se concrétiser sur le terrain, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a pointé une « évolution dangereuse » de la pandémie comme peut l’attester le bilan quotidien des contaminations, appelant les citoyens à faire preuve de «vigilance » devant l’ampleur que prend désormais la propagation de la pandémie.

Intervenant lors de l’installation d’Ismail Mesbah dans ses nouvelles fonctions de ministre délégué chargé de la Réforme hospitalière auprès du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, M. Djerad a indiqué que cette installation « servirait notamment à provoquer une cadence rapide dans la prise en charge des problèmes du secteur de la santé, en général, ainsi que de « l’évolution dangereuse », depuis deux à trois semaines de la pandémie de la Covid-19. M. Djerad a réitéré, par la même occasion, « l’engagement » de l’Etat à « alléger les souffrances des citoyens et à bien gérer le flux important des patients vers les hôpitaux ».
Le citoyen aura bien compris, à travers les mots et le discours de M. Djerad, que la situation épidémiologique du pays est plus que préoccupante, ce qui ouvre manifestement la voie à des mesures plus coercitives de la part des pouvoirs publics, mais qui appelle également à un effort de discipline et d’adhésion aux gestes barrières de la part des Algériens.
A l’évidence, si les autorités publiques ont fait montre d’un manque de fermeté dans l’application des règles de préventions édictées par les autorités sanitaires, force est de constater la persistance de certains comportements, individuels et collectifs, qui défient la réalité et son urgence sanitaire. Deux « entorses » qui semblent manifestement constituer le lit de cette évolution préoccupante de la pandémie jusqu’à mettre en situation de détresse des établissements de santé submergés par le flux de contaminations – plus de 22 000 cas jusqu’à présent et 1068, selon les chiffres du comité de suivi – et un corps médical au bout de son endurance physique, mais qui tient toujours au nom de sa conscience professionnelle et de son engagement sans faille.
L’engagement du corps médical, en première ligne de cette bataille contre le nouveau coronavirus, est davantage à saluer, pas uniquement parce que les médecins ont fait preuve de générosité et d’abnégation dans l’exercice de leur métier dans une situation d’extrême urgence, mais également parce qu’ils font face, ces dernières semaines, à une succession d’agressions physiques. Cette situation a fait réagir les hautes autorités du pays qui ont décidé de criminaliser ce genre d’actes contre le corps médical, ce qui est de nature à rassurer tous les fonctionnaires du secteur de la santé, plus que jamais inquiets par le climat d’insécurité qui s’est installé dans les établissements de santé au moment où le pays vit une urgence inédite.
Par ailleurs, et en plus de cette problématique d’insécurité dans les hôpitaux, les médecins n’ont pas cessé d’alerter les autorités publiques quant à la proportion prise par les cas de professionnels de la santé contaminés à la Covid-19, sans compter ceux qui périssent, près d’une quarantaine.
Le professeur Abdelkrim Soukehal, membre du Comité scientifique chargé du suivi de l’évolution de l’épidémie, a indiqué, quant à lui, que jusqu’à la première semaine de juillet, ils étaient environ 1 700 professionnels de la santé, tous corps confondus, à être infectés par le Coronavirus (Covid-19) en Algérie, depuis son apparition en février dernier dans le pays. Vendredi dernier, et selon Dr Fourar, le bilan s’est alourdi, puisque le porte-parole de la commission de suivi de l’évolution de l’épidémie a fait état de près de 2.600 cas infectés de Covid-19 entre médecins, infirmiers et autres personnels du corps soignant, ainsi que près de 40 décès.
Un constat qui a fait lui réagir le ministre de la Santé qui a instruit la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) à l’effet de lancer « le plut tôt possible » la distribution des moyens de protection contre la Covid-19 destinés au corps médical.
Mais à l’évidence, l’évolution de la situation ne pose pas moins la question de savoir s’il n’était pas plus opportun, voire urgent, de passer à une autre étape en matière de mesures de prévention et de coercition. n