Les contaminations au nouveau coronavirus s’approchent petit à petit des 400 cas par jour. En une semaine, elles sont passées de 258 cas (samedi 29 mai) à 385 cas (vendredi 4 juin), enregistrant une hausse significative.

PAR INES DALI
L’abandon des gestes barrières et la lenteur de la vaccination sont les deux principales causes pointées par les spécialistes qui expliquent que cette hausse est le résultat de ce qui prévaut en «interne» en écartant toute relation avec l’ouverture partielle des frontières aériennes.
Il y a plusieurs éléments qui ont favorisé cette augmentation, selon le Dr Mohamed Bekkat-Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. «Premièrement, il y a cet abandon des mesures barrières de la part de la population depuis déjà des semaines. Depuis le ramadan, l’Aïd, on ne voit presque plus de gens portant un masque. Deuxièmement, il y a la cadence de la vaccination qui est totalement au ralenti dans la mesure où la stratégie vaccinale n’est pas à la hauteur du défi en lui-même. Nous avons dit et redit, et c’est le cas de tous les pays du monde, que la seule possibilité de sortir de cette épidémie, c’est de vacciner le maximum de la population pour arriver à cette immunité collective. Or, il y a des pays qui reviennent à la normale et nous, nous sommes prisonniers de cette mauvaise stratégie vaccinale qui a commencé il y a quelques mois», a expliqué le Dr Bekkat-Berkani, mettant en cause et citant le ministère de la Santé.
En cette période où la «stabilité épidémiologique» commence à battre de l’aile, certains font l’amalgame entre la hausse des cas et la réouverture partielle des frontières aériennes. Ce que dément catégoriquement le Dr Bekkat-Berkani, sachant que cette réouverture a débuté il y a à peine une semaine et que ceux qui rentrent en Algérie passent en confinement et subissent un test RT/PCR avant de quitter les hôtels où ils sont confinés.
«J’espère que cette hausse des cas ne sera pas la troisième vague. En tous cas, elle n’est pas en relation avec le rapatriement en goutte-à-goutte de nos compatriotes à l’étranger. Il n’y a aucune relation», a-t-il tenu à souligner à Reporters, ajoutant que nos concitoyens à l’étranger ont le droit de rentrer au pays et ceux en Algérie ont le droit de voyager à l’étranger.

«Aucun cas de Covid-19 parmi les voyageurs» entrés en Algérie
S’exprimant sur le même sujet, le professeur Riyad Mahyaoui, membre du Comité scientifique de suivi ce l’évolution de la pandémie de coronavirus, a affirmé qu’«aucun cas de Covid-19 n’a été enregistré parmi les personnes rentrées en Algérie» après l’ouverture des partielle des frontières aériennes, assurant que toutes les mesures de prévention contre la propagation du coronavirus connaissent une application stricte aussi bien dans les aéroports que dans les hôtels où sont confinés les voyageurs.
«Le protocole sanitaire au niveau des aéroports et des hôtels concernés par l’accueil des ressortissants à leur retour en Algérie est appliqué au maximum afin de s’assurer qu’il n’y ait pas propagation de la pandémie de Covid-19», a-t-il indiqué, réitérant que les services sanitaires au niveau des aéroports n’ont signalé aucun cas positif. Pour autant, la situation épidémiologique requiert actuellement «plus de prudence, surtout après l’augmentation des cas confirmés», a-t-il recommandé. Ces mesures sont toujours d’actualité tant que la vaccination n’est pas au stade souhaité et à propos de laquelle le Pr Mahyaoui a réitéré l’importance pour l’Algérie de pouvoir acquérir plus de vaccins car, a-t-il dit, «c’est la seule option qui permettrait d’atténuer les symptômes de l’épidémie chez les personnes âgées, et ce, quel que soit le type de vaccin ou le pays qui le produit. Tous les antidotes sont à même de soulager les symptômes de la maladie de Covid-19».
Toujours à propos de la vaccination, le Dr Bekkat Berkani, qui est également membre du Comité scientifique, a souligné «l’incapacité du ministère de la Santé à dresser une stratégie vaccinale qui soit à la hauteur du défi en lui-même», avant de relever que «ce virus ne va pas s’évaporer de lui-même, il va ralentir dans la mesure où il y aura de plus en plus de gens vaccinés».
En attendant une vaccination massive, ne faut-il pas réfléchir aux moyens de relancer sans trop de moyens financiers, parce qu’il n’y en a pas beaucoup semble-t-il, la campagne de prévention anti-Covid ? «La campagne de prévention est plus que nécessaire, mais il y a une certaine lassitude de la population. Avec l’été qui approche, ce n’est pas toujours évident de porter un masque. Il faut probablement rappeler à la population qu’il faut mettre les bavettes, respecter la distanciation, etc. Mais cela fait plusieurs mois qu’on le dit et qu’on le rappelle. Maintenant, il faut qu’on vaccine. Le président de la République a dégagé l’enveloppe financière pour l’achat des vaccins et ça n’a pas été fait. A la veille de changements majeurs dans le pays, il faut qu’on apprenne à assumer ses responsabilités. Dans cette nouvelle Algérie, que chacun prenne ses responsabilités», a répondu Dr Bekkat-Berkani.
A propos des mesures barrières qui ne sont pas respectées, le Pr Riyad Mehyaoui a également mis en garde contre le retour des rassemblements et des événements familiaux durant l’été, notant que «la question du port du masque et de la distanciation physique ne doit pas être sous-estimée, surtout que nous sommes aux portes de l’été et de la saison des mariages». La même mise en garde est émise par le Pr Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales aux Centre hospitalo-universitaire Mustapha-Bacha, qui a relevé que la hausse actuelle est «une conséquence des comportements observés il y a quelques semaines déjà, notamment depuis les rassemblements de l’Aïd, ce qui fait que la plupart des contagions sont d’ordre familial, y compris parmi le personnel de la santé». Il a fait savoir que le CHU est passé «de 4 à 5 nouveaux cas, avec une à deux demandes d’hospitalisations, à 24 nouveaux cas dont six hospitalisations.
Le chiffre a été multiplié presque par quatre». L’hôpital Mustapha-Bacha compte actuellement 54 personnes hospitalisées et 13 malades en réanimation, dont deux sous ventilation respiratoire. «Il y a une forte demande en lits de réanimation», a-t-il alerté, tout en indiquant que «le nombre de décès est resté stable» mais que «de plus en plus de jeunes de 35, 40 ans sont touchés». Lui aussi ne manque pas de lancer un appel à aller se faire vacciner.

La production de Sputnik V attendue pour septembre
Sur un autre chapitre, celui de la production du vaccin, des observateurs se demandent «à quand le démarrage réel de la production en Algérie», alors que «la Serbie a commencé vendredi la production du vaccin russe contre le Covid-19», ce qui fait d’elle le «premier pays européen dans ce cas en dehors de la Russie et du Bélarus». Ils citent également l’Argentine qui a annoncé «vendredi le lancement de la production». A ce propos, le Dr Bekkat-Berkani fait remarquer que «ces pays ont commencé bien avant nous» et que «le ministère de la Production pharmaceutique a fait des efforts considérables pour négocier la fabrication en Algérie du vaccin russe Sputnik V». Il relèvera, néanmoins, que le transfert technologique prend quand même quelques mois» et que «la production est attendue pour la fin du mois de septembre».

Conditions d’entrée en France à partir du 9 juin
Par ailleurs, les Algériens voulant se rendre en France doivent savoir que le gouvernement français a rendu public un classement basé sur un code couleur (vert, orange et rouge) qui détermine quels voyageurs y entrant, à partir du 9 juin, pourront se passer de test PCR et lesquels resteront soumis à des restrictions. Dans la carte publiée, l’Algérie est classée «orange», mais «dans chaque catégorie de couleur, les règles peuvent varier selon la situation vaccinale de chacun». Les pays classés orange sont ceux où la circulation du virus est dans des proportions maîtrisées, sans diffusion de variants préoccupants. Les personnes en provenance de la zone orange peuvent se rendre en France si elles sont vaccinées, mais elles doivent fournir en plus un test PCR de moins de 72 heures ou un test antigénique de moins de 48 heures. Sont considérés comme vaccinés ceux qui auront effectué «une vaccination complète depuis au moins 14 jours à la date du voyage avec les vaccins Pfizer, Moderna, AstraZeneca (et depuis quatre semaines pour le vaccin Johnson & Johnson)», selon le gouvernement français. Les personnes non vaccinées de la liste orange ne peuvent se rendre en France que pour des motifs impérieux.