Le nombre de cas confirmés de coronavirus n’a cessé d’aller crescendo et la courbe épidémiologique connait une tendance haussière depuis près d’une quinzaine de jours. De 153 cas enregistrés le 11 octobre, l’Algérie est passée à 273 cas avant-hier vendredi. Une situation qui devient préoccupante et qui inquiète les autorités sanitaires du pays.

«La hausse des cas de Covid-19 est inquiétante», a déclaré le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid. C’est la deuxième fois en une semaine que le ministre s’exprime de la sorte, signe que la situation est préoccupante.
La cause d’une telle situation n’est autre que le relâchement constaté de la population en matière de respect des gestes barrières, alors qu’une reprise socio-économique suppose, voire exige une application encore plus rigoureuse des mesures de prévention avec une mobilité d’un nombre de plus en plus important de citoyens.
Le ministre de la Santé reconnait cet état de fait et apporte son propre témoignage. «Lors de ma visite dans certaines wilayas, il m’est arrivé de ne pas voir une seule personne porter le masque ou la bavette à l’exception de la délégation qui m’accompagnait», a-t-il indiqué. «Et c’est cela qui fait peur», a-t-il ajouté. Une appréhension justifiée si l’on considère que le pays est à l’heure des rendez-vous de grands regroupements comme la rentrée scolaire qui a débuté pour 5 millions d’écoliers et 5 millions d’autres qui feront leur rentrée la semaine prochaine, le référendum populaire sur la révision du projet de Constitution le 1er novembre, ainsi que la reprise de la prière de vendredi dans les mosquées de 1.000 places à partir du 6 novembre. D’autres grands regroupements sont également attendus, à l’instar de la rentrée universitaire, sans oublier des activités de certains secteurs à l’arrêt depuis mars dernier qui sont dans l’attente – depuis l’été – d’une autorisation de reprise, comme les transports interwilayas ainsi que le métro d’Alger qui drainent des dizaines de milliers de passagers par jour, auxquels viennent s’ajouter d’autres activités comme les salles de sport, les commerces de spiritueux, les auto-écoles, les salles de fêtes, etc.
C’est dans ce sens que le Pr Benbouzid a expliqué que «ce ne sont pas les 275 cas confirmés de vendredi qui font peur, mais c’est ce qui nous attend à l’avenir si l’on continue de la sorte», c’est-à-dire si les citoyens continuent à ignorer les mesures de prévention et surtout le port du masque, car «dès que les chiffres baissent et qu’on parle d’une maitrise de la situation, les citoyens pensent qu’il n’est pas nécessaire de continuer d’observer les gestes barrières», selon le ministre qui s’est exprimé avant-hier sur la télévision publique.
Après avoir souligné qu’il y a plus d’une vingtaine de wilayas qui ont zéro cas et d’autres continuant d’être en tête de liste en termes de nombre de cas (Alger, Blida, Batna, Sétif, Oran, Constantine), il a fait savoir que d’autres wilayas sont en train de les rejoindre. Il a, ainsi, révélé que «de nouveaux foyers avaient été repérés dans les wilayas de M’sila et Jijel», indiquant que «moins de cas avaient été enregistrés dans les wilayas d’Annaba et de Skikda bien que ce sont de grandes villes», affirmant que «des équipes spécialisées renforcent les staffs de Jijel et M’sila et effectuent les enquêtes épidémiologiques…». L’heure est donc à une plus grande vigilance si l’on veut éviter une plus grande transmission du coronavirus et un débordement des hôpitaux comme cela s’est passé l’été dernier où le pic de plus de 600 cas par jour avait été enregistré, surtout à la veille des grands regroupements susmentionnés. La situation qu’ont connue les hôpitaux étaient des plus préoccupantes avec des services Covid saturés, et des appels à se conformer aux gestes barrières ne cessaient de fuser quotidiennes de la part des les médecins qui y exerçaient. Le corps de la santé a payé et continue de payer un lourd tribut dans son combat contre la pandémie que le ministre a même qualifié de «guerre contre le Covid-19».
103 décès dans les personnels de la santé
Le Pr Benbouzid a fait savoir que le secteur de la santé a enregistré 103 décès parmi ses différents personnels entre médecins, infirmiers, ambulanciers, agents de sécurité et autres travailleurs. Il a ajouté qu’actuellement, on compte environ 7.100 cas d’infections parmi ces personnels, tous corps confondus, depuis que le virus a commencé à se propager dans le pays à la fin de février dernier. Tout en soulignant que la hausse des cas est aussi le résultat d’un plus grand nombre dépistage avec une quarantaine de laboratoires publics et privés, il mettra également l’accent que «l’épidémie de coronavirus est une grande et réelle menace pour le monde entier». Il a attiré l’attention que «c’est un virus dont nous ne connaissons pas grand-chose, il y a des experts internationaux qui avaient affirmé à un certain moment que la pandémie était presque derrière nous, qu’elle s’éteindrait avec la chaleur de l’été…, mais la réalité a démontré que ce n’est pas le cas. Cela nous incite à plus de vigilance et à respecter des mesures de prévention qui sont actuellement les seules solutions qui se présentent à nous pour ne pas connaitre une recrudescence plus accrue de la pandémie dans le pays».
Il a cité le cas de nombreux pays développés, comme «les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne qui avait pourtant maitrisé la pandémie, ainsi que la France qui a atteint les 40.000 cas, qui se retrouvent contraints de reconfiner, de refermer des commerces, etc.». Ce sont des pays qui ont des «systèmes de santé nettement plus performants et qui se retrouvent complètement submergés par la pandémie…», a affirmé le Pr Benbouzid. Pour que l’Algérie ne soit pas submergé à son tour par les cas confirmés et les hôpitaux saturés, il lance un appel aux «citoyens qui doivent observer une grande vigilance car, pour le moment, le nombre de cas enregistrés quotidiennement et le nombre de décès dus à l’épidémie sont faibles comparativement aux milliers de cas dans d’autres pays et aux dizaines de décès par jours dépassant ainsi toutes les prévisions». Il a expliqué que «le nombre de décès en Algérie reste faible comparé à ces pays, même si nous déplorons la perte de chaque vie, car cela représente un indicateur encourageant scientifiquement parlant pour une pandémie d’une telle ampleur à l’échelle mondiale». Il a souligné que «les crises cardiaques, les maladies comme le cancer et les accidents de la route causent bien plus de décès que le coronavirus en Algérie», tout en appelant encore une fois au respect des gestes barrières. A propos du vaccin anti-Covid-19, le ministre a réitéré que l’Algérie compte l’acquérir dès sa mise sur le marché par les laboratoires internationaux, tout en soulignant que cela se fera sous certaines conditions, à savoir que le vaccin soit commercialisé dans le pays fabricant et qu’il soit homologué par l’Organisation mondiale de la santé, entre autres. n