La hausse des cas de contaminations au nouveau coronavirus qui se poursuit depuis une vingtaine de jours n’est pas sans rappeler le difficile et triste épisode de l’été durant lequel une véritable situation de psychose s’était installée avec une saturation des hôpitaux, de nouvelles vies sacrifiées sur l’autel de la négligence et des appels incessants des professionnels de la santé suppliant la population à plus de vigilance.

La situation épidémiologique de ces derniers temps remet en état d’alerte ces mêmes professionnels de la santé afin d’éviter les conséquences fâcheuses qui se profilent. Continuer le travail de la sensibilisation et faire respecter la loi restent leurs principales recommandations. L’impact de la hausse des cas est déjà perceptible. De nombreux médecins ont indiqué que les services dédiés aux malades atteints de coronavirus affichent déjà complet. Ceux qui en ont les capacités doivent désormais ajouter d’autres lits d’hospitalisation en libérant d’autres services non-Covid pour les réserver aux cas Covid. C’est le cas de l’hôpital de Beni Messous à Alger, ou encore du Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha, le CHU d’Oran, l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik à Blida et tant d’autres.
C’est une situation bien compliquée qu’ils doivent gérer, alors que bon nombre d’entre eux n’ont pas eu de répit, comme nous l’a affirmé Dr Mohamed Yousfi, chef de service infectieux à l’EPH de Boufarik et président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP). «Au niveau de l’hôpital de Boufarik, même quand il y a eu diminution des cas de coronavirus à partir de septembre dernier, nous avons continué à recevoir les malades de coronavirus. Tout l’hôpital est resté dédié au malades Covid ainsi que l’ensemble de son personnel», a-t-il déclaré, indiquant par la même occasion que le personnel de l’EPH de Boufarik n’a pas eu le temps de souffler et n’a pas pris de congé. «On n’a pas eu le temps de nous arrêter», a-t-il ajouté.

Impact sur les malades non-Covid
Outre l’impact sur les personnels, il y a aussi l’impact sur les autres malades non-Covid dans les autres hôpitaux qui sont tenus de réserver de nouveaux lits aux malades de coronavirus et, par conséquent, de ne plus garder ou accepter des hospitalisations pour d’autres maladies, a tenu à relever Dr Yousfi. «A côté des professionnels de la santé qui sont victimes de la hausse des cas et de la saturation des hôpitaux, il y a aussi les autres malades non-Covid qui sont victimes de cette épidémie et qui ne peuvent plus recevoir les soins en hospitalisation», a affirmé Dr Yousfi. Ils sont obligés d’arrêter leurs soins et de rentre chez eux alors qu’il y en a qui ont attendu des mois pour être hospitalisés, en plus de ceux dont l’état nécessite une prise en charge hospitalière. Les services dédiés aux malades Covid à l’hôpital de Beni-Messous affichent également complet, notamment le service de réanimation, selon son chef le professeur Ryad Mokretar. «Même lorsqu’il y a eu une accalmie relativement durable de la pandémie et la baisse des contaminations des cas durant les dernières semaines, jamais le service de réanimation n’a soufflé, dans la mesure où le taux d’occupation des lits ne descendait pas au-dessous de 80%», a-t-il fait savoir. Mais la situation se complique un peu plus pour eux avec la hausse des cas. «Depuis quelques jours, il y a un afflux massif et brutal de patients qu’on constate. Une marée dans cette probable deuxième vague de la pandémie qui a créé une tension extrême au niveau du centre de tri», a encore alerté le chef de service réanimation à l’hôpital Beni-Messous. A Oran, c’est carrément un nouvel hôpital de 240 lits qui a été dédié aux malades Covid. Mais au-delà du recensement des hôpitaux saturés et pour éviter justement cette situation, il y a un véritable travail de «communication» et de «sensibilisation» qui doit être fait, selon les médecins. «La sensibilisation et la communication ont diminué comparativement au début de la pandémie, que ce soit au niveau des médias ou encore des associations qui étaient très impliquées», selon Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), selon lequel il y a aussi le rôle des pouvoirs publics qui doivent faire «appliquer les lois» à l’encontre des contrevenants». Pour lui, il faut «sévir» notamment pour ce qui est du port du masque et de la distanciation physique.
Le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, Dr Mohamed Bekkat Berkani, développe pratiquement les mêmes recommandations. Il a affirmé que pour tenter de faire prendre conscience à la population sur les risques encourus par cette hausse des cas et la saturation des hôpitaux, il faut tenter, en premier lieu, encore plus de «communication» et de «sensibilisation».
«Il faut faire un forcing sur les aspects que sont la communication, la sensibilisation, la persuasion par l’image à travers les télévisions et l’implication des médias dans leur ensemble. Il faut essayer de faire le même scénario qui a donné ses fruits pour obliger les gens à mettre le masque, à garder une distance entre les individus mais aussi à arrêter de faire des fêtes clandestines», at-il souligné, révélant que «les nouveaux clusters qui apparaissent mettent en évidence qu’il s’agit de contaminations au niveau familial». «Ce sont les clusters familiaux qui sont en cause. On attrape le Covid-19 en famille», a-t-il insisté Dr Bekkat Berkani, qui est également membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. «Je suis praticien, sur le terrain et je sais ce que je dis. Ce sont des familles entières qui attrapent le coronavirus et, généralement, après les événements de regroupements familiaux comme les fêtes», a-t-il indiqué.
Pour lui, si la sensibilisation ne donne pas de suite l’effet escompté, il faut aussi passer à «l’application de la loi» notamment pour «les bus bondés qui prennent des usagers sans masque et ne font pas respecter la distanciation, les commerces qui laissent un nombre importants de clients dans leur magasins sans respect des gestes barrières». Il poursuit en soulignant qu’il faut «montrer les malades en réanimation pour atteindre le cœur des autres, il faut que la population sache que les hôpitaux sont complets et que le virus est toujours parmi nous». Le membre du Comité scientifique estime, par ailleurs, que les walis doivent, pour leur part, prendre des décisions au niveau local sur la base des enquêtes épidémiologiques en isolant un village, une daïra, un quartier ou autre. <