Aux mêmes maux les mêmes remèdes. Si la situation épidémiologique liée à la pandémie de Covid-19 continue de se dégrader, la probabilité d’un retour aux mesures pouvant stopper ou, du moins, atténuer la fulgurante hausse des contaminations, des malades graves sous oxygène et des décès pourrait être remise sur le tapis. Ce serait alors un retour à la case départ.

PAR INES DALI
Ce que personne ne souhaite au vu des dommages causés à la vie socio-économique. Il s’agit maintenant de «se remobiliser» afin de préserver les acquis en termes de levée des restrictions qui ont permis, entre autres, la reprise des activités des secteurs à l’arrêt l’année dernière, la reprise de la circulation entre les wilayas, la réduction des horaires de confinement partiel à domicile de minuit à 4 heures du matin dans 19 wilayas et la levée totale du confinement dans les wilayas restantes, l’ouverture des plages… «C’est le temps de la remobilisation», a déclaré, hier, le Pr Riyad Mahyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19, après avoir qualifié la situation épidémiologique actuelle caractérisée par une recrudescence des cas Covid de «vraiment alarmante et inquiétante». Selon lui, c’est le scénario de l’été dernier qui se répète, quand le pays avait connu un pic des contaminations. L’année dernière à la même période, il y a eu une pression énorme sur les lits d’hospitalisation, sur l’oxygène, mais aussi sur le personnel de la santé qui a été affaibli, touché et affecté avec beaucoup de décès, a-t-il rappelé. D’où, selon lui, «on revient à la même configuration de l’été dernier en essayant de se remobiliser, afin d’assurer à tous les citoyens algériens le droit d’être hospitalisés». Usant d’un langage très franc, le Pr Mahyaoui préconise d’agir en amont avant que la situation épidémique ne devienne catastrophique. «La sonnette d’alarme doit être tirée. Nous devons arrêter cette troisième vague en amont avant qu’elle soit catastrophique. Il faut agir et réagir vite avant qu’il ne soit trop tard», a-t-il alerté sur les ondes de la Radio nationale. Dans le cas contraire, ce serait alors un recul et on se dirigerait alors vers une perte des acquis. «Si on continue à négliger le respect des gestes barrières face à cette situation inquiétante, il faut revenir aux mesures de confinement tel que cela avait été appliqué au début de la pandémie», a estimé le Pr Mahyaoui.

Les gestes barrières plus que jamais d’actualité
Cette baisse de vigilance a été également mise en relief par le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie et chef de service du laboratoire central à EPH de Rouiba, qui a fait savoir qu’environ 60% des femmes ayant contracté le Covid-19 ont été infectées lors des fêtes de mariages ou des funérailles, appelant, par la même occasion, à la fermeture des salles des fêtes. Le même constat à propos du non-respect des gestes barrières est établi par le Pr Kamel Bouzid, chef du service d’oncologie au Centre Pierre et Marie-Curie (CHU Mustapha-Bacha, Alger). «On a effectivement baissé la garde. Le port du masque obligatoire a été abandonné en croyant qu’on était sorti de l’épidémie, alors qu’on est en train de faire face à une 3e vague désastreuse. Il est vrai qu’on aurait pu faire mieux en ne baissant pas la garde. Aussi bien de la part des autorités que des citoyens», a-t-il indiqué.
Pour ces professionnels de la santé, l’urgence est qu’il faut un retour aux fondamentaux connus et adoptés depuis le début de la pandémie, à savoir le respect des mesures de prévention que sont le port du masque, la distanciation physique et le lavage fréquent des mains.
L’heure est grave et nécessite la plus haute vigilance de tout un chacun car, de l’avis du Pr Djenouhat, «toute personne qui n’est pas vaccinée ou qui n’a pas encore contracté le Covid-19 est susceptible d’être contaminée». Cela alors que services Covid des hôpitaux des grandes villes les plus touchées par la pandémie, comme Alger, Blida, Oran, Constantine ou encore Sétif sont au bord de la saturation pour certains et complètement saturés pour d’autres, que ce soit pour les lits d’hospitalisation ou pour les lits en réanimation. De nombreux services ont été, par ailleurs, convertis en services Covid dans d’autres wilayas, comme cela s’est passé au CHU Mustapha-Bacha à Alger, face à l’augmentation des cas de Covid-19.

Bannir les visites dans les hôpitaux
C’est le cas à l’hôpital d’El Eulma dans la wilaya de Sétif qui a dû suspendre plusieurs activités en consacrant les lits seulement aux malades atteints du nouveau coronavirus. Il compte aujourd’hui «plus de 70 malades Covid et leur nombre peut facilement atteindre 100 très vite au vu de la rapidité dont le nombre a augmenté», a révélé l’épidémiologiste Nekaâ Toufik, appelant les citoyens de sa ville à être «plus conscients de la réalité de la situation». Il a également appelé à moins de visites dans cet hôpital après avoir constaté que des citoyens qui s’y rendaient pour voir un proche hospitalisé contractent le virus à l’intérieur de cette structure sanitaire.
«Nous voulons éviter que l’hôpital d’El Eulma devienne un foyer de la pandémie», a-t-il expliqué. Sur ce chapitre, le Pr Mehyaoui a estimé, lui aussi, que les visites doivent être interdites dans les hôpitaux vu qu’ils sont devenus un lieu de contamination. «Plus de 44 000 personnes ont été infectées entre janvier et février 2021, dont 26.839 sont venus se faire traiter pour une autre pathologie et se sont retrouvées infectées du Covid. Il y a même des visiteurs qui ont été contaminés. L’hôpital est devenu réellement un lieu où on se contamine. Le coronavirus est, aujourd’hui, la première maladie nosocomiale», a-t-il souligné.

Multiplication des appels à la vaccination
A Oran, c’est pratiquement la même situation et la population oranaise est appelée à se faire vacciner étant donné que cette wilaya ne compte que de 3% de la population ciblée (plus d’un million de personnes) vaccinés. La moyenne des personnes vaccinées qui était de «250 par jour au début de la campagne de vaccination massive au chapiteau de M’dina J’dida (le 2 juin dernier) ne dépasse pas les 150 par jour ces derniers jours, selon le chargé de communication de la direction locale de la santé et de la population (DSP), Youcef Boukhari. L’hôpital de Hai Nedjma, dédié depuis l’année dernière à la prise en charge exclusive des cas Covid, affiche complet depuis quelques jours à cause de la recrudescence de l’épidémie. «Alors que le nombre de cas tournait autour d’une moyenne de 35 à 40 cas par jour au cours en juin, la moyenne a grimpé depuis le début juillet pour atteindre 50 cas», a-t-il indiqué. Les 240 lits de l’hôpital Nedjma sont complets, le service réanimation qui compte 14 lits est également saturé, et une vingtaine de lits équipés de ventilation mécanique invasive (VMI), nécessaire pour la prise en charge des détresses respiratoires sont en outre tous pris, selon le même responsable. Quant au nombre de décès, il a fait savoir qu’il a triplé, passant de 1 tous les trois jours à 1 par jour.
Devant cette situation qui devient presque incontrôlable, l’autre point sur lequel insistent les professionnels de la santé est la vaccination. Tous appellent les citoyens à se rendre dans les centres vaccinaux afin de recevoir l’anti-Covid-19, assurant que le vaccin est le seul moyen pour vaincre le nouveau coronavirus et pouvoir retrouver une vie normale.