Russes et Saoudiens plaident désormais ouvertement en faveur d’une hausse de la production du pétrole, alors que les pays signataires des accords de limitation de l’offre doivent débattre de cette option le 22 juin à Vienne. Ce passage en force inquiète certains membres de l’Opep, voire un marché qui passe de l’euphorie à la déprime.

Cette situation s’est traduite hier pas une nouvelle chute des cours qui s’enfoncent désormais dans le rouge après de semaines de baisses consécutives. La dernière réunion technique de l’Opep et de ses partenaires, tenue dimanche au Koweit, n’a fait qu’assombrir davantage les perspectives à très court terme. Officiellement, la réunion a regroupé des représentants de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de certains de leurs partenaires. Elle se voulait une entrevue technique de suivi de l’accord de limitation de la production. Mais, officieusement, la réunion était destinée à faire dire la messe quant à l’impératif de rehausser les niveaux de production pour faire face à d’éventuels coupes involontaires liées à l’état de l’industrie pétrolière de certains membres de l’Opep. Très ouvertement, les deux piliers de l’accord, l’Arabie saoudite et la Russie en l’occurrence, évoquent d’ores et déjà une hausse de la production au deuxième semestre. Des analystes et observateurs du marché ne doutent plus de cette hausse de la production presque acquise, même si la question sera au menu de la prochaine réunion des membres de l’Opep et de leurs partenaires non-Opep, prévue le 22 juin à Vienne. « Nous estimons que la hausse de la production se fera de façon progressive », a estimé Benjamin Liu, analyste chez Phillip Futures. Selon lui, l’Arabie saoudite n’a, en effet pas intérêt à trop augmenter sa production car « son but principal est de s’assurer de prix du pétrole élevés pour introduire en Bourse le bijou national qu’est Saudi Aramco», le géant pétrolier dont l’introduction en Bourse est prévu pour 2019. La Russie comme l’Arabie saoudite veulent cependant s’assurer que le marché ne sera pas trop déstabilisé par les baisses non volontaires de certains grands producteurs. Si la production du Venezuela et de l’Angola recule, les marchés craignent également de perdre la production iranienne avec le rétablissement des sanctions américaines. « L’effet des sanctions sur les marchés ne se fera pas sentir avant novembre et la fin d’une période de transition », a toutefois noté Tamas Varga, analyste chez PVM, qui souligne que le pays exporte pour l’instant à des niveaux élevés.

Guitouni minimise les craintes d’une chute des prix
Quoi qu’il en soit, les tensions géopolitiques restent très vives dans le Golfe persique et au Moyen-Orient ; une donne qui pèse sur le marché et les perspectives à court terme. Sur cette question, le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, s’est voulu plutôt optimiste. Depuis Tipaza, le ministre a déclaré, hier, que certains problèmes géopolitiques au sein des régions productrices de pétrole trouvent des solutions de façon ordinaire et n’ont pas d’incidence sur le prix du pétrole, stabilisé entre 75 et 80 dollars. Mustapha Guitouni a tenté de minimiser les craintes suscitées autour d’une chute des prix du pétrole, induite par une éventuelle proposition de la Russie et de l’Arabie saoudite, portant sur un relèvement du seuil de la production convenu au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) lors de la prochaine rencontre. « Il existe des problèmes géopolitiques au niveau de certaines régions productrices de pétrole, qui trouvent des solutions », a-t-il déclaré, relevant qu’il « n’y pas de problèmes concernant le prix du pétrole, stabilisé entre 75 et 80 dollars le baril ». « 23 pays sont membres de l’Opep. Des commissions et sous-commissions s’attellent actuellement (au sein de l’organisation) à la préparation de la réunion du 22 juin courant», a ajouté le ministre sans donner de plus amples détails. Les propos du ministre sont en tout cas annonciateurs de tractations serrées en vue de faire avaler la pilule de la hausse de l’offre aux plus récalcitrants parmi les membres de l’Opep. Peu avant la réunion technique tenue samedi, les Saoudiens se sont réunis avec leurs homologues du Golfe. Les monarchies du CCG ont annoncé un engagement sans faille aux côtés des Saoudiens, annonçant ainsi la tendance de la prochaine réunion de l’Opep et de ses partenaires non-Opep.