La situation épidémique qui a vu le nombre des cas confirmés de Covid-19 pratiquement doubler ces derniers temps, passant d’une moyenne d’une centaine de cas par jour à près de 200 cas, a impacté directement les admissions au niveau des hôpitaux. Le rebond des cas a, en effet, provoqué une hausse des hospitalisations dans plusieurs structures à travers le pays. Les mises en garde des spécialistes durant les dernières semaines sont confirmées aujourd’hui par la situation épidémique qui commence à se dégrader avec des chiffres qui ne cessent d’augmenter au fil des jours. Les alertes des professionnels de la santé n’ont pourtant pas cessé pendant toute cette période.

PAR INES DALI
«Nous sommes au quinzième jour de ramadan et cela fait environ un peu plus de deux semaines que nous assistons à une hausse des cas. Ce qui veut dire que les fortes contaminations ont commencé au moins une quinzaine de jours avant le ramadan. Et avec les comportements auxquels nous assistons actuellement, soit un relâchement total en matière de prévention et de gestes barrières dans les lieux publics, il est fort probable qu’il y ait bien plus de cas d’ici la fin de ramadan et même après», selon le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. Ce qui l’amène à dire que «la situation risque de devenir encore plus grave» s’il n’y a pas une prise de conscience de la part de tous, à savoir des citoyens pour revenir aux gestes barrières et des pouvoirs publics pour faire respecter la loi en la matière, car ceux qui enfreignent la loi en ne portant pas de masque dans les lieux publics doivent comprendre qu’il s’agit de «l’atteinte à la vie d’autrui», a ajouté le président du Conseil national de l’Ordre des médecins.
C’est le même son de cloche chez le Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), qui alerte lui aussi sur la gravité de la situation. «La situation est en train de s’aggraver par rapport aux chiffres des contaminations qui sont en nette progression. On est dans cette situation depuis trois semaines, ce qui signifie que l’infection est en train de se diffuser à grands pas, y compris avec les variants nigérian et britannique qui ont été isolés chez nous», a-t-il déclaré. Dans le dernier bilan officiel de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), il est recensé plus de 160 nouveaux cas du variant nigérian et plus d’une soixantaine du variant britannique. Ce qui fait dire au Dr Merabet que ce sont des éléments «à prendre très au sérieux, sachant que ce qui caractérise ces deux variants, c’est leur vitesse de contamination et leur taux très élevé de contagiosité».
Ce rebond des contaminations a eu pour conséquence directe un flux plus important vers les hôpitaux et ces derniers commencent à se remplir. Selon les témoignages du personnel soignant médical et paramédical, il y a de plus en plus de personnes qui arrivent pour consultations et de plus en plus de malades retenus pour hospitalisation. Mais toute proportion gardée, «on ne peut pas dire que le taux d’occupation des lits d’hospitalisation soit inquiétant pour le moment», de l’avis du Pr Kamel Djenouhat, chef de service du laboratoire des analyses biologiques à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Rouiba.
Les services réservés aux malades du Covid-19 commencent à se remplir et cela se vérifie à l’EPH de Boufarik qui a vu le taux d’occupation des lits d’hospitalisation doubler, passant de 10 à 15% avant le rebond des contaminations à environ 30% actuellement, a fait savoir le chef de service des maladies infectieuses de cet hôpital, le Dr Mohamed Yousfi.
C’est pratiquement les mêmes constats que font les médecins d’autres hôpitaux au niveau de la capitale et dans quelques autres villes du pays. Au CHU Nafissa Hamoud (ex-Parnet, Alger), le service de réanimation reçoit plus de malades depuis une dizaine de jours, selon son responsable. «On commence à être un petit peu saturé», a-t-il fait savoir, ajoutant qu’outre les personnes âgées (80 ans et plus avec des comorbidités), il se trouve qu’il y a également «des malades à partir de 45 ans». «Sur neuf lits de réanimation dont dispose le service, on est à sept lits occupés, ce qui donne un taux de 90%, alors que durant la période d’accalmie, en février-mars, on avait un seul malade ou deux au maximum. Le nombre a augmenté de façon brutale. On est en train de s’adapter à la situation», a encore fait savoir le même responsable. «Pour le moment, nous ne sommes pas vraiment débordés, mais on risque d’être rapidement submergés», a-t-il ajouté. Ses déclarations confortent celles des spécialistes qui ont mis en garde contre l’éventualité de voir les services de réanimation saturés. D’autres wilayas ou villes du pays se retrouvent dans la même situation. C’est le cas au CHU de Constantine où parmi les malades il y a des sujets «assez jeunes, ne dépassant pas les 33 ans», a fait savoir un médecin responsable du service Covid, selon lequel «la moyenne des malades qui sont pris en charge quotidiennement a augmenté de façon inquiétante cet hôpital». Le plus inquiétant également, c’est que les sujets jeunes arrivent dans «un état avancé de la maladie qui nécessite une hospitalisation en réanimation». Un autre exemple est donné à l’hôpital d’El-Eulma (dans la wilaya de Sétif) qui, lui aussi, a vu le nombre des consultations et admissions augmenter. «Les deux services qui ont été dédiés aux malades Covid sont saturés et si la hausse des cas se poursuit, il faudra ouvrir d’autres services», a indiqué le chef de service des maladies infectieuses.
Ainsi, la situation s’aggrave et face à cela la vaccination censée donner l’immunité collective peine à décoller. Que reste-t-il alors ? Les professionnels de la santé ont tous répondu à cette question en recommandant, tous les jours, de respecter l’ensemble des mesures préventives et les gestes barrières dont les plus importants restent la distanciation physique et surtout le port du masque obligatoire.