Malmené par les responsables de l’Entreprise nationale des travaux aux puits (ENTP), bien qu’il ait le bulletin d’embauche de l’Anem depuis 2018, Farès n’a jamais réussi à obtenir un poste. Il mène depuis le 24 février en cours, aux côtés de quatre autres chômeurs, un sit-in devant le siège de l’ENTP dans l’indifférence totale des autorités locales et des responsables de cette structure étatique.

Il lance un appel au Président Tebboune et au ministre de la Justice. « Je vais exploser. Ma vie est chamboulée ! Sauvez-moi ! » Une vidéo postée sur Facebook, le mardi 25 février, de Farès, 33 ans, le torse mutilé et saignant, a ému les internautes de tout le pays. Sur la vidéo, le jeune chômeur crie avec colère le parcours qu’il mène depuis le 6 juin 2018, près de deux ans, jour de l’obtention du bulletin d’embauche, et notamment les allers-retours entre Ouargla et Hassi Messaoud et les résultats des tests (écrit et psychotechnique) qui n’ont jamais été révélés depuis. Malgré ses 10 ans d’expérience dans le domaine du forage, acquis durant cette période dans différentes entreprises nationales et étrangères, comme Haliburton, il a été exclu et son poste a été attribué à quelqu’un d’autre malgré son bulletin d’embauche attribué par l’Anem, raconte-t-il. Selon ce protestataire, les responsables de cette structure le font courir depuis deux ans. Après un test écrit de (1+1) comme dit Fares, qui a eu lieu en 2018, et un deuxième test psychotechnique qui a eu lieu sept mois après, l’entreprise l’informe, après deux ans d’attente, qu’il a échoué au test. « On m’a dit que je suis classé 5e dans la liste, mais ils n’ont besoin que de 4 personnes donc je suis ‘out’. Il a appris quelques jours après que l’entreprise a recruté 4 autres personnes de la même liste, mais lui n’a pas été convoqué. Farès s’est donc présenté le 24 du mois en cours à l’administration pour demander des explications, mais a été reconduit. Selon un de ses copains vivant la même situation, le responsable lui aurait dit «d’aller se faire mutiler ou mieux de voir ailleurs pour les embaucher », ce qui l’a mis en colère et l’a poussé à publier la vidéo et à lancer un message pour attirer l’attention des hauts responsables sur sa situation et celle de centaines de jeunes de la région, « marginalisés et écartés » de toute les procédures de recrutement par certains gérants d’entreprise pétrolière implantées à Hassi Messaoud. Selon Farès et ses camarades, les entreprises sont devenues des propriétés privées et non des organismes publics. « Les responsables se prennent pour dieu et non des fonctionnaires. Ils embauchent qui ils veulent et écartent qui ils veulent », ont-ils soutenu. Las et usé, Farès sollicite l’intervention du Président en personne et du ministre de la Justice. « J’ai perdu ma femme qui m’a abandonné parce que je n’ai pas de travail. J’ai un enfant de trois ans et une mère malade à ma charge. Je cherche vainement un travail depuis des mois. J’ai frappé a toutes les portes mais personne n’entend. Je me bats, mais c’est dur», a-t-il lancé. Il lance un cri au président Tebboune : «Je n’en peux plus, hagrouna !» Deux ans d’attente avec un bulletin en poche pour un chômeur désabusé.
Décrocher un poste dans les entreprises pétrolières est devenu quasi impossible pour les jeunes de la région de Ouargla. Pour le même motif, des jeunes chômeurs se sont cousus les lèvres, en 2016, après plusieurs jours de protestation devant le siège de la wilaya d’Ouargla. Les images ont fait le tour des télévisions étrangères.
Cinq ans plus tard, le malaise est encore là malgré les promesses, malgré les mesures déployées par les autorités locales qui se sont succédées à la tête de la ville de Ouargla pour résoudre ce fléau, le problème de l’emploi continue de gangrener le sud du pays. Farès, Mourad et des centaines d’autres, de Adrar à Ouargla, espèrent un jour pouvoir décrocher un poste dans les entreprises pétrolières…n