Le groupe Sonatrach a préféré sacrifier des centaines d’employés pour garder les deux responsables de l’Entreprise des grands travaux pétroliers (GTP), en grève depuis avril dernier, appelés à partir par l’ensemble des grévistes. En effet, pas moins de 1 700 travailleurs de l’une des principales filiales du groupe Sonatrach ont été licenciés ces deniers jours.
200 employés ont reçu des P-V de notification d’une décision de sanction disciplinaire de 3e degré avec licenciement «définitif», sans indemnités ni préavis et 1 500 autres ont été également envoyés au chômage « forcé » après la rupture de leur contrat de travail, tandis que des centaines d’autres sont privés de leurs salaires depuis le début du mouvement.

Entre l’intransigeance des responsables de Sonatrach et l’obstination des grévistes, la situation semble se diriger vers une crise très grave sur le plan économique et social. Conséquences de ces mesures « musclées » et « draconiennes », 1 700 employés, dont la majorité sont de simples manœuvriers, sont mis au chômage forcé. Des familles entières se retrouvent sans le moindre revenu à quelques jours seulement de l’Aïd El Adha et quelques semaines de la rentrée sociale qui s’annonce déjà très morose.
En effet, pas moins de 1 700 travailleurs de l’Entreprise des grands travaux pétroliers (GTP), l’une des principales filiales du groupe Sonatrach, en grève depuis avril dernier, ont été licenciés ces deniers jours. 200 employés ont reçu des P-V de notification d’une décision de sanction disciplinaire de 3e degré avec licenciement « définitif », sans indemnités ni préavis et 1 500 autres ont été également envoyés au chômage « forcé » après la rupture de leur contrat de travail tandis que des centaines d’autres sont privés de leurs salaires depuis le début du mouvement.

Licenciement et bombe à retardement
Cette situation grave a poussé certains députés et organisations syndicales à exprimer leur indignation totale devant de tels agissements et ont appelé les responsables de Sonatrach à revoir ses mesures considérées comme de l’intimidation. Des décisions « abusives, irréfléchies et draconiennes » qui ont été prises par certains responsables centraux devant l’insouciance flagrante du gouvernement. Sanctionnés pour avoir exercé leur droit fondamental de grève et pour avoir appelé à l’amélioration de leurs conditions de travail et à la régularisation de leurs situations professionnelles, les employés ne méritent sûrement pas ce sort,« trop dur », « trop injuste », selon eux.
Le président du groupe parlementaire des indépendants, Osmani Lamine, dans une lettre datée du 23 juillet, a appelé le P-DG du GTP à revoir les décisions de licenciement des travailleurs grévistes et à retirer les poursuites judiciaires, collectives et individuelles, engagées à leur encontre. « Ces derniers ont été induits en erreur par des responsables au sein de l’entreprise », explique le député dans son courrier. Un premier courrier daté du 21 juillet et signé par Delili Miloud a appelé le premier responsable du groupe à annuler les décisions de licenciements eu égard à leurs familles. Il a également sollicité ce même responsable à suspendre les poursuites judiciaires et à ouvrir une enquête pour déterminer les véritables moteurs de cette crise.
Le patron de l’UGTA Ouargla, Slimane Zaâtout, à son tour et dans une lettre adressée au P-DG du groupe GTP, a affirmé avoir été surpris par les décisions prises à l’encontre des travailleurs grévistes, notamment les sanctions disciplinaires qui ont conduit à des licenciements définitifs et des fins de non renouvèlement de contrat pour des centaines d’autres. Certains fonctionnaires sanctionnés ont travaillé durant de longues années dans cette société et n’ont aucune relation avec l’incitation à la grève. D’autres ont contribué même à trouver des solutions en tenant des pourparlers et travaillant pour l’apaisement, rappelle S. Zaatout dans son courrier. Le bureau a également appelé la direction générale à revoir d’urgence les décisions prises et à rendre justice aux employés, virés vers le chômage forcé après des années de services dans cet organisme. Ces derniers, victimes selon lui, de la manipulation et des pressions imposées par des personnes malsaines qui ont profité de la circonstance sensible que traverse le pays pour semer la fitna. Le représentant de l’UGTA de Ouargla a appelé le P-DG de Sonatrach à intervenir rapidement pour éviter toutes conséquences négatives.
Le groupe parlementaire du RND a envoyé aussi une lettre au P-DG du groupe le sollicitant de pardonner les employés et leur permettre de regagner leurs postes au vu des conditions misérables dans lesquelles ils vivent, dit-il. Ces derniers ont été victimes d’un complot et soumis à des pressions et des menaces de la part de certains opportunistes.
L’Organisation syndicale autonome des travailleurs algériens (Osata) a reporté une réunion, qui devait avoir lieu le samedi 27 juillet, pour absence des employés sanctionnés. La réunion avait pour objectif de discuter les mesures prises à l’encontre des employés grévistes licenciés abusivement, privés de leur salaire depuis 4 mois et poursuivis judiciairement. L’organisation à travers le chargé de communication et de formation, Lofti Alam, réaffirme son total soutien aux employés du GTP et avoue avoir reçu des dizaines d’appels des familles des salariés sanctionnés, les suppliant d’intervenir dans l’affaire.

Manipulation et recours à la force
A rappeler que le secrétaire général de la Fédération nationale des travailleurs du pétrole, du gaz et de la chimie (FNTPGC), chargé par le P-DG de Sonatrach, d’écouter les revendications des travailleurs et de lui transmettre leurs préoccupations dans le but de résoudre le conflit, et après l’échec des négociations qui ont eu lieu le 1er juin 2019 dans les bases de vie Irara et LPG, appartenant à l’ENGTP, entre les travailleurs des deux bases de vie et des responsables et représentants des institutions concernées, ce dernier a dénoncé, dans un communiqué collectif publié le 3 juin 2019, les agissements arbitraires de l’administration du GTP. Des efforts, selon lui, qui ont failli aboutir à un consensus et mettre un terme à la grève et conduire à la reprise du travail, ont été entravés par les agissements irresponsables de l’administration du GTP qui a procédé, d’abord, à la fermeture des bases de vie au début de Ramadhan puis des restaurants en plein mois de jeûne privant des centaines d’employés même d’eau, dévoile le secrétaire général dans son communiqué. L’inertie de l’administration, la non-intervention de l’employeur pour écouter et satisfaire les revendications des salariés un mois après le début de la grève, les conditions lamentables dans lesquelles vivent les travailleurs au niveau des bases de vie et le fait que l’administration n’a point bougé pour les améliorer, le refus de déterminer un délai pour le début de l’application des principales revendications, soulevées à travers les précédents P-V, ont aggravé le conflit. La privation arbitraire et illégale des grévistes de leurs salaires et de leurs indemnisations a recentré davantage la souffrance des employés en les empêchant de profiter des joies de l’Aïd. Les grévistes ont dressé une plateforme « écrite » de leurs revendications à remettre au P-DG de Sonatrach, avec en plus la demande du départ de ceux qui ont été responsables de cette crise, à leur tête le directeur général du GTP, Mekhnache. Le secrétaire général de la Fédération et le représentant du wali étaient unanimes sur le manquement de l’administration à ses devoirs en ne prenant pas contact, dès le début de la crise, avec les grévistes afin de contenir leur colère et que la situation ne se complique. Le secrétaire général de la FNTPGC a appelé dans ce courrier à faire « prévaloir l’intérêt général et à privilégier le dialogue calme pour parvenir à une solution qui satisfasse toutes les parties ». Tout en s’engageant à remettre la plateforme des revendications à l’administration du groupe Sonatrach, il a souligné dans ce contexte qu’il se peut que certaines revendications soient satisfaites et d’autres retardées, les invitant de bien étudier ce point pour éviter que la crise ne s’aggrave davantage.