Chaque jour qui passe, le drame des harragas disparus en mer endeuille de plus en plus de familles algériennes. Ces derniers jours ont été marqués par des départs importants de migrants clandestins algériens vers les côtes espagnoles.

Par Sihem Bounabi
Face à l’angoisse des familles dont, la majorité sont sans nouvelles de leurs enfants qui ont pris le chemin de la traversée périlleuse, notamment celles de la région de Seddouk ou encore de Bouandas à Béjaïa, le Croissant-Rouge algérien (C-RA) a réagi, hier, sur sa page facebook en affirmant qu’il y a la possibilité de retrouver ou de communiquer avec les Algériens dont les familles n’ont plus de nouvelles. Grâce à un partenariat avec le Comité international de la Croix-Rouge, il est devenu possible d’obtenir des informations sur les harragas. Les familles sont appelées à se rapprocher des bureaux du Croissant-Rouge algérien au niveau des wilayas ou du bureau national pour avoir plus de détails sur cette opération.
En attendant les chiffres officiels des pouvoirs publics, c’est le militant humanitaire espagnol Francisco Jose Clemente Martin, du Centre international d’identification des migrants disparus (CIPIMD) et membre de l’ONG Heroes Del Mar membre, qui sur son compte officiel Facebook informe quotidiennement sur le nombre de harraga algériens interceptés par les gardes espagnols ou sauvés de la noyade ainsi que les dépouilles qui échouent sur le rivage. Aux dernières nouvelles, ce sont une douzaine de jeunes Algériens dont un mineur qui viennent encore une fois d’être sauvés d’une mort certaine lundi dernier, selon Francisco José Clemente Martin. Il a aussi annoncé récemment la mort ou la disparition de près d’une cinquantaine de harraga algériens dans les eaux territoriales espagnoles, tout en se désolant, sur sa page officielle, que «femmes, enfants et hommes ont perdu le bien le plus précieux, qu’est la vie. Pour chacun d’eux, il ne reste plus que la famille et leurs amis ; rien ne pourra les réconforter».
Il y a plus d’une semaine, Francisco Jose Clemente Martin, avait également tiré la sonnette d’alarme sur l’arrivée d’un nombre record de plus de mille harraga en moins de 72 heures sur les côtes sud espagnoles.
Aujourd’hui, différents spécialistes de la question mettent en exergue le fait que ce phénomène touche, actuellement, toutes les catégories sociales.
Ainsi, après les jeunes des quartiers populaires en quête d’un eldorado, ce sont des universitaires, des médecins, des femmes seules, des familles avec enfants et même des sportifs connus.
Au-delà des drames et des appels de détresse des familles avides d’information sur leurs enfants disparus en mer, il suffit d’une seule histoire de réussite, relayée sur les réseaux sociaux, pour faire fructifier le macabre trafic des passeurs.
Parmi les histoires les plus récentes, il y a celle de l’ancien milieu de terrain d’une équipe de football de la capitale qui a pris le risque de la harga en mi-août, pour fuir la marginalisation en Algérie. Aujourd’hui, recruté par un club français qui joue en régional 1, le FC Lyon, footballeur algérien harrag devient le symbole motivant les jeunes à franchir le pas de la dangereuse traversée. Ainsi, le constat amer est que ce phénomène touche de plus en plus de sportifs, dont la liste de ceux qui, embarqués sur des radeaux de fortune, continue de s’allonger et pas seulement dans le monde du football. Par ailleurs, il est à noter que si l’on parle beaucoup de vagues de harraga qui déferlent sur les côtes espagnoles, le début de ce mois de septembre a notamment été marqué par le débarquement de près de 200 harraga sur les côtes italiennes suscitant l’inquiétude des responsables politiques de la région de Sardaigne qui avaient à l’époque interpellé leur ministre de l’Intérieur, face à l’afflux massif de migrants algériens avec l’exigence «d’actions concrètes et urgentes (…) pour mettre fin aux débarquements de migrants et assurer un rapatriement immédiat». Pour rappel, durant l’année 2020, pas moins de 8 184 tentatives de quitter le pays clandestinement ont été signalées dans un communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN). Pour cette année, 1 712 candidats à l’émigration clandestine ont été interceptés au premier semestre au large des eaux territoriales algériennes.