Dans cet entretien, l’expert en économie et création d’entreprises, Hamza Boughadi, estime que seules les micro-entreprises opérationnelles, en dépit des difficultés, méritent les crédits d’exploitation qui leur seront accordés pour se maintenir à flot. De même qu’il a salué l’option de rééchelonnement au lieu d’effacement des dettes des entreprises en difficulté ainsi que la création d’une commission consultative pour aider ces dernières à se relever.

Entretien réalisé par Fazil Asmar
Reporters : Le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la micro-entreprise a fait part de la création d’une commission nationale consultative des micro-entreprises. Que pourrait apporter ce genre de commissions à nos jeunes entrepreneurs ? Quelle serait sa valeur ajoutée ?
Hamza Boughadi : Je pense que cette commission a pour but de corriger en quelque sorte les erreurs commises par nos jeunes entrepreneurs, recenser leurs lacunes, leurs préoccupations, leurs difficultés et apporter des solutions afin d’améliorer notamment le fonctionnement de l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entreprenariat (Anade) et, par la même occasion, mieux comprendre et maîtriser le climat et l’environnement où opèrent ces entreprises. Seulement, cette instance doit être accessible à l’ensemble des jeunes entrepreneurs. Il faut qu’elle soit à leur écoute, transparente dans ses actions et dans sa façon de prendre en charge leurs préoccupations. Son rôle ne doit pas se limiter à celui d’un simple accompagnateur, mais au porteur aussi d’actions concrètes pour booster l’économie nationale. Notre tissu économique est constitué surtout de PME, de TPE et de micro-entreprises et non d’entreprises de grandes tailles et de multinationales comme aux Etats-Unis, par exemple. Que cette commission soit acteur est très important. Elle risque, sinon, de finir comme les autres commissions, par disparaître, car elles n’aboutissent pas à des choses concrètes. Pour que cette commission soit acteur économique, il ne faut pas la confier aux bureaucrates ou aux politiciens mais à des techniciens, à des experts dotés d’une expérience entrepreneuriale, d’un sens des affaires, de notions en économie. Ils peuvent donc comprendre et interpréter les problématiques de nos jeunes entrepreneurs. Grâce à cela, la commission pourra sortir avec des recommandations pratiques, claires et efficientes.
Le ministre a fait savoir qu’il sera procédé au refinancement des micro-entreprises en difficulté, notamment celles impactées par les catastrophes ou pâtissant de difficultés de liquidité, en leur accordant un crédit d’exploitation d’une valeur de cent millions de centimes. Qu’en pensez-vous ?
C’est une excellente initiative. Ce crédit d’exploitation sera une véritable bouffée d’air pour les jeunes entreprises en difficulté, pour leur balance de paiement, l’achat de la matière première. Une bonne initiative pour les sauver, mais qui ne doit toucher que les micro-entreprises méritantes, qui sont opérationnelles, qui payent leurs dettes, qui essaient d’avancer, de produire et non celles qui ne font aucun effort et attendent l’aide de l’Etat. Cette opération de sauvetage en somme doit fonctionner sur une base transparente. Pour ce qui est de l’effacement de la dette des jeunes entrepreneurs, poursuivis par la justice pour ne pas avoir remboursé leurs crédits, il est vrai que ce n’est pas la solution. Le ministre a parlé de rééchelonnement sur dix ans au lieu d’effacement des dettes et c’est exactement ce qu’il faut faire. Si on efface les dettes, cela incitera des jeunes entrepreneurs à ne pas honorer leurs crédits pour bénéficier de cette amnistie. Pis, les futurs entrepreneurs ne fourniront pas assez d’efforts pour travailler, produire, être compétitifs… Ils compteront dès le départ sur la clémence de l’Etat.
Le ministre a également évoqué le projet de création d’une plateforme dédiée à l’enregistrement des doléances des micro-entreprises et des porteurs de projets…
C’est un projet qui ne date pas d’aujourd’hui et qui a pris du retard. La création d’une plateforme à l’écoute des doléances des jeunes entrepreneurs est plus que nécessaire mais aussi pour les informer des dernières nouveautés. Beaucoup ne savent pas, par exemple, que l’Ansej a été restructurée, y compris ses antennes, qui continuent à fonctionner comme avant, ignorant qu’un nouveau dispositif a été mis en place. <