De « Lakhdar Belloumi, un footballeur algérien » à « Sur les allées de ma mémoire », Hamid Grine, une vingtaine de livres plus tard, nous a fait découvrir la trame et les arcanes de son nouveau roman « Clandestine », aux éditions Casbah, au cours d’une vente-dédicace à la librairie Média-Plus.

« Je n’ai pas écrit ce roman pour le faire coïncider avec le vingtième sinistre anniversaire du massacre de Bentalha. Ce roman devait paraître il y a trois ans, cela a été retardé à cause de ma fonction de ministre. Il n’y a aucune intention de ma part de me servir de Bentalha pour faire un buzz quelconque. » C’est que Hamid Grine, notre ancien confrère, a été accusé d’avoir instrumentalisé le souvenir douloureux de Bentalha pour bâtir les frontons de son roman. Eclectique dans ses œuvres littéraires, Grine nous offre dans « Clandestine » un univers glauque, où le massacre de Bentalha nous replonge dans nos douleurs des années hémoglobines, bien que la trame se situe ailleurs. Un ailleurs inspiré d’une histoire vraie, qui obligera l’héroïne du roman de Grine à désirer une double mammectomie pour espérer garder son boulot de mécanicien. Une double mammectomie pour garder un salaire de misère. Une double mammectomie pour continuer à vivre clandestine dans son corps et dans son pays. Tout au long des pages du roman qui se lit comme une balafre dans l’histoire de l’Algérie, «Clandestine» est sans doute le premier roman de Hamid Grine où la violence et la douleur sont presque présentes à chaque fois que l’on tourne une page. Un nouveau façonnage du roman de l’auteur de « La nuit du henné », où un passage obligé vers une littérature qui tente de relater les années de sang et de pleurs ? Car si Grine se défend de vouloir « utiliser » Bentalha, le village martyre, revient souvent au détour des pages et de l’histoire. C’est sans doute pour cela que Hamid Grine a fait du dermatologue, celui qui refusera la mammectomie, un autiste, un homme qui vit dans une bulle, zappant chaque rendez-vous de l’information. Un homme qui vit à Alger et qui n’a jamais entendu parler du massacre de Bentalha !
«Clandestine» n’est pas que sang et sanglots. C’est aussi de l’amour qui se fraye un chemin dans l’horreur. C’est aussi un auteur plein de mysticisme et d’intuition qu’on ne lui connaissait pas, malgré plusieurs années à sillonner ensemble les colonnes des journaux. C’est aussi un Hamid Grine qui nous a raconté son roman, ses vérités, ses silences, ses certitudes et ses craintes. Mais pas seulement.
«Très content» de retrouver la corporation de la plume, Grine nous replongera dans les dédales de nos mémoires au temps lointain, où l’on a commencé à noircir du papier. Moments intenses, comme celui du souvenir de sa femme Meriem, décédée le 14 mai 2015. Il lui dédiera « ce livre qu’elle ne lira pas ».