Yennayer, pourtant synonyme de fête, revient cette année avec encore de nouvelles polémiques stériles. Ces dernières, amplifiées par les médias sociaux, semblent même prendre plus d’importance que l’événement lui-même. Ce qui a fait soulever la toile, c’est surtout l’édification d’une statue, au centre-ville de Tizi Ouzou, avant-hier, en soirée, à l’effigie du Pharaon Chachnaq, à qui l’histoire «donne» des origines amazighes. Pêle-mêle, les propagateurs des discours de haine et ceux qui aiment toujours nager en eaux troubles se sont engouffré dans cette brèche pour essaimer leur venin. L’occasion leur a été offerte par une…statue.
L’émergence, à période régulière, de ce genre de «non-débats» ne peut qu’inciter à réfléchir sur ce pouvoir que se donnent, sur les réseaux sociaux, ce qu’a appelé Umberto Eco (écrivain italien, décédé en 2016, auteur du fameux roman «Le nom de la rose») les «légions d’imbéciles». La nature ayant horreur du vide, et devant l’inaudibilité des détenteurs du savoir, l’espace a été laissé à ceux qui crient plus fort en célébrant leur ignorance.
L’occasion de réajuster les faits historiques à leur juste place et de battre en brèche plusieurs fake news. Ainsi, affirmer que Yennayer est une célébration de la victoire militaire d’un roi amazigh, en l’occurrence Chachnaq, sur le pharaon Ramses II, est (jusqu’à preuve du contraire) sans fondements. Les deux personnages historiques n’ayant pas vécu à la même époque. L’histoire retient avant tout que Chachnaq (dont les aïeux sont venus de la «Libye antique», qui représentait la région de l’Afrique du Nord-Ouest, pour s’installer en Egypte) est le fondateur de la 22e dynastie pharaonique. Il reste maintenant sa relation avec Yennayer ! L’histoire, encore une fois, ne fait aucun lien entre Chachnaq 1er et l’agenda agricole sur lequel s’est basée la célébration ancestrale de Yennayer. Plusieurs chercheurs précisent que la «concordance» entre le pharaon et le calendrier amazigh ne daterait que depuis…41 ans. Le premier à avoir fait le lien serait un certain Ammar Negadi. En 1980, ce membre de l’«académie berbère» aurait choisi comme date zéro du calendrier amazigh, l’an 950 avant Jésus-Christ, qui correspond à l’intronisation de Chachnaq à la tête de l’Egypte pharaonique.
C’est effectivement sur ces terrains d’histoire, de la recherche et des travaux académiques que devront s’étaler les vrais débats, ceux qui construisent et non ceux qui détruisent. Assegas amegaz.

(*) : «Haters», terme anglais qui désigne les personnes affichant, sur les médias sociaux, un discours de haine.