Membre de l’Instance présidentielle du FFS, M. Belahcel livre ici son sentiment sur l’agenda de sa formation, dont le point concernant sa participation ou non au prochain scrutin législatif anticipé. S’il se montre prudent quant aux positions envisagées à l’égard de ce rendez-vous électoral et des initiatives à prendre en fonction des évolutions attendues au sein du paysage politique, il se dit plus résolu à l’idée que tout sera soumis au débat des militants. Entretien.

Propos recueillis par NAZIM BRAHIMI
Reporters : l’Instance présidentielle du FFS vient de convoquer le congrès ordinaire pour la dernière semaine de septembre prochain au moment où c’est la session du conseil national prévue le 3 avril qui est attendue pour trancher la question de la participation ou du boycott des législatives du 12 juin. Y a-t-il un lien entre les deux rendez-vous ?
Hakim Belahcel : L’instance présidentielle du FFS a convoqué officiellement le sixième congrès national ordinaire du parti en conformité avec les engagements qu’elle avait pris lors du dernier congrès national extraordinaire tenu les 9 et 10 juillet 2020. Le FFS est profondément concentré sur la réalisation de son propre calendrier politique et organique, à savoir le prochain congrès national ordinaire et la convention nationale. Convaincu du rôle central que devra jouer notre conseil national dans cette période historique pour le parti et le pays, nous avons prévu une nouvelle session extraordinaire de cette instance importante de délibération et de contrôle pour débattre de la situation politique nationale.
Il est utile de rappeler, ici, que la direction nationale du FFS a convoqué le conseil national à trois reprises en l’espace de deux mois, afin d’élargir le débat et les discussions autour de tous les sujets politiques et organiques qui se posent à notre parti. C’est dans cette dynamique apaisée et positive que la session extraordinaire du conseil national aura à décortiquer toutes les questions de l’heure, dont les prochaines élections législatives prévues pour le 12 juin prochain.

Vous étiez récemment à Khenchela où vous avez déclaré qu’« organiser des élections législatives anticipées dans un contexte similaire à celui qui a généré des échecs électoraux équivaut à une nouvelle aventure et une énième mise en péril de l’avenir du pays ». N’y a-t-il pas là des indices que le FFS est proche du boycott que de la participation ?
Notre conseil national aura à évaluer en toute autonomie et avec beaucoup de responsabilité le contexte politique actuel et les implications de toutes les décisions qui seraient prises sur l’avenir du FFS et du pays.

Puisque les organes du parti sont en train de débattre de l’intérêt de prendre part à la future élection législative, que retient le FFS, de positif et de négatif, de sa présence dans les deux dernières mandatures (2012-2017 et 2017-2022 avant la dissolution de l’APN) ?
Notre parti avait pris part aux deux dernières législatures après un débat de fond au sein de notre conseil national. Au bout de ces discussions, nous avions mis en avant la nécessité de tenter de mettre du mouvement dans le statu quo politique imposé par le pouvoir de l’époque, en réhabilitant l’action politique et éthique dans les espaces publics à travers un discours franc, responsable et pédagogique. Malgré les entraves rencontrées à cause de la fermeture systématique de tous les espaces de la libre expression et des vieux réflexes bureaucratiques de l’APN, nous pouvons affirmer que nous avons réussi à impacter positivement la conscience politique populaire.
Aujourd’hui, tout le monde est convaincu que la crise multiforme nationale nécessite un engagement politique et patriotique global afin d’espérer l’avènement d’une solution consensuelle à cette terrible impasse historique. Nous sommes profondément conscients du rôle décisif que nous devons continuer à jouer sur l’échiquier politique national, afin de barrer la route, à la fois, aux fervents défenseurs de l’immobilisme politique dans le pays et aux prédateurs zélés qui instrumentalisent les archaïsmes et les velléités religieuses, régionalistes et identitaires afin de disloquer la cohésion sociale et de détourner les aspirations légitimes du Hirak vers les abîmes du chaos.
Ce qui est certain, notre conseil national aura impérativement toute la latitude pour évaluer les retombées de nos dernières participations afin d’y trouver des arguments plausibles et objectifs pour trancher la position à prendre en prévision de la prochaine élection législative.

Où en êtes-vous dans le projet de « convention nationale » lancé récemment ?
Il est nécessaire de rappeler que nous avions décidé d’organiser une convention politique nationale afin de faire valoir une nouvelle proposition politique de sortie de crise basée, à l’instar des précédentes initiatives du FFS, sur la recherche permanente du compromis historique et les options consensuelles et concertées.
Actuellement, nous avons entamé au sein de nos structures locales un débat de fond et responsable autour des propositions et les démarches à mettre en relief pour nous permettre, au final, d’élaborer une initiative politique de sortie de crise qui sera ensuite transmise à tous les acteurs politiques, sociaux et personnalités nationales sans exclusive.

La direction du FFS a subi des attaques et des critiques suite à sa rencontre avec le président Tebboune. Le travail d’explication que vous avez mené auprès des militants a-t-il porté ses fruits ?
La direction nationale en répondant à l’invitation du chef de l’État avait profité de cette opportunité pour donner le point de vue du FFS par rapport à l’actualité politique nationale d’une manière transparente et responsable.
Comme nous l’avons déjà expliqué à travers notre communiqué et nos différentes interventions médiatiques, le FFS est convaincu que seul un dialogue national, inclusif et responsable, permettrait l’émergence d’une solution consensuelle à cette crise multidimensionnelle qui mine la nation algérienne depuis l’indépendance à nos jours.
Cette rencontre nous a permis de mettre le pouvoir devant ses responsabilités, en lui recommandant vivement de prendre des mesures urgentes et courageuses, en donnant des signaux de bonne foi et une véritable volonté politique de s’inscrire en droite ligne avec les attentes populaires.
Nous avons longuement insisté sur la nécessité de prendre des mesures d’apaisement comme la libération de l’ensemble des détenus politiques et d’opinion, l’ouverture des champs politique et médiatique, la levée des entraves érigées contre l’action politique, syndicale et associative, et la libération de l’appareil judiciaire de l’emprise hégémonique du pouvoir exécutif.
Évidemment, face à l’incompréhension de certains de nos militants qui ont jugé inopportun de répondre favorablement à cette invitation, un effort d’explication a été allégrement fourni afin d’éluder tous les malentendus. La direction nationale continuera à réhabiliter et faire valoir le débat constructif et contradictoire au sein de nos différentes structures.
Les militants du FFS sont légitimement et jalousement attachés à l’autonomie du FFS. C’est d’ailleurs cette attitude responsable et vaillante de nos militantes et militants qui a permis au FFS au fil des nombreuses années de combat contre l’ordre établi de préserver sa crédibilité et son identité politique inoxydable. Nous ferons en sorte d’être toujours à la hauteur de nos responsabilités et de l’envergure du FFS.