Reporters : Le mouvement populaire pour le changement est là depuis une année. Cela signifie quoi pour le FFS qui revendique le changement de système depuis plus d’un siècle ?
Hakim Belahcel : Le FFS fut fondé le 29 septembre 1963 par notre président éternel et charismatique, feu Hocine Ait Ahmed avec ses compagnons de lutte, afin de faire barrage au premier coup de force militaire qu’a connu l’Algérie post indépendance. Ce hold-up opéré contre les objectifs de la guerre d’indépendance, qui projetaient initialement à instaurer un état démocratique et social, a depuis jeté les bases d’un régime despotique, autoritaire et mafieux.
Depuis ce temps-là, notre parti n’a lésiné sur aucun effort afin de construire un rapport de force politique, pacifique et populaire contre cette dictature militaro-policière. Puisque nous étions toujours les précurseurs de tous les combats démocratiques et des fervents défenseurs de la protection des droits humains, des libertés individuelles et collectives. Il est important de rappeler ici que beaucoup de sacrifices ont été consentis par nos valeureux militants afin de faire aboutir les revendications populaires, éprises de démocratie, de liberté, de justice et d’émancipation économique et sociale. Au FFS, nous considérons que la révolution populaire, qui boucle une année depuis sa salutaire éclosion, n’est en réalité que l’accumulation et la maturation d’une conscience sociale et politique collective. Elle est venue couronner magistralement plusieurs décennies de luttes démocratiques et mettre en relief les revendications des générations militantes passées. Aujourd’hui encore, comme hier, le peuple algérien revendique d’une manière unanime et solidaire le changement radical du système et l’avènement de la deuxième République.
Deux revendications historiques et incontournables du FFS. En ce sens, la célébration de la première année du déclenchement des premières manifestations contre le 5e mandat qui s’est déroulée à Kherrata le 16 février 2019 a été spectaculaire et émouvante.
Ce fut un moment de réaffirmation des engagements révolutionnaires et un renouvellement du serment pour que le peuple algérien reste solidaire et uni contre les tentatives de division et de répression. Evidemment, le FFS a marqué cette occasion par sa présence nombreuse et significative aux côtés des milliers de nos concitoyennes et concitoyens.

L’année 2019 a été aussi marquée par la création du Pacte de l’Alternative démocratique (PAD) où figure votre parti. Mais ce qui a été fait jusque-là par le PAD n’arrive pas à convaincre des Algériens qui attendaient plus de ce cadre de lutte. Pourquoi ?
Je ne suis pas d’accord avec cette sentence que vous infligez à cette initiative politique destinée à construire un rapport de force politique et populaire pour imposer un changement radical du régime et l’amorce d’une Alternative démocratique dans le pays. Le pacte pour l’Alternative démocratique est avant tout une plate-forme politique qui œuvre à donner un prolongement politique et efficient aux revendications populaires exprimées inlassablement depuis presque une année maintenant. J’ajoute aussi qu’en plus de ce travail de concertation et de rapprochement entre les partis politiques, les représentants de la société civile et d’autres énergies vives de la nation, qui a déjà abouti à la signature d’un pacte politique pour l’Alternative démocratique, il y a un engagement permanent et profond de notre part aux côtés du peuple algérien dans sa lutte pacifique et exemplaire pour satisfaire ses revendications légitimes. Nous nous considérons donc entièrement en phase avec le peuple algérien et en étroite adéquation avec ses aspirations révolutionnaires. Un peuple qui continue à scander et à réclamer « Dawla Madania Machi 3askaria » et « Djazair Hora Dimocratia ». Il demeure par contre possible que le combat risque d’être long et périlleux face aux stratégies répressives et violentes d’un régime qui n’épargne aucun effort pour maintenir son hégémonie sur le peuple et le pays.
Le PAD est-il bloqué dans son évolution par le poids du Hirak qui ne laisse pas des appareils politiques s’exprimer au nom de la rue qu’il continue de mobiliser ?
Comme je l’ai mentionné précédemment, le PAD est avant toute chose une vision politique et un effort commun qui se veut inclusif et évolutif en faveur du changement et pour imposer une Alternative démocratique dans le pays. L’objectif escompté aujourd’hui à travers cette démarche, c’est d’aller vers une conférence nationale inclusive qui servira de base politique consensuelle pour le processus constituant qui se mettra en œuvre à terme. Les partis politiques et autres organisations sociales qui partagent cet idéal politique travaillent et militent sur le terrain sans prétendre vouloir embrigader ou récupérer la ferveur populaire au service des appareils politiques ou autres desseins inavoués. La cause est commune et le combat pacifique pour l’autodétermination du peuple algérien constitue un objectif rassembleur pour nous tous.

Peut-on s’attendre à une jonction des actions dans le cas où le Hirak opte pour une certaine forme de structuration ?
Au FFS, nous considérons que le moment des grands efforts et des lourds sacrifices est bien là. Nous devons donc être désormais unis et aptes à porter ce fardeau et assumer cette responsabilité historique qui est de faire dépasser à notre pays cette grave crise multiforme qui mine son devenir et menace même son existence. Le temps politique et révolutionnaire se chargera au moment opportun d’opérer les décantations qui s’imposent pour évaluer l’apport des uns et des autres.
Il faudra surtout éviter au Hirak les expériences désastreuses du passé. Les représentations faites d’individus ou de collectifs ne feront que saper la puissance de ce sursaut populaire et l’exposeront inexorablement à toutes formes de corruption, de trahison ou de décapitation.

Des échéances électorales sont annoncées pour la fin de l’année. Les forces du PAD auront-elles une position commune ou le libre choix sera-t-il laissé à chaque formation ?
Le peuple n’a jamais demandé d’échéance électorale, la réponse du peuple est claire. Premièrement « Dawla Madania Machi 3askaria ». Deuxièmement, le peuple veut une véritable transition démocratique. Troisièmement, un changement du régime, du système et non un changement dans le système.
Quatrièmement, les libertés, toutes les libertés, et le respect des droits de l’Homme, de la personne humaine. Cinquièmement, le peuple veut une solidarité nationale effective, l’unité du peuple et l’auto détermination pleine et entière. Notre priorité primordiale aujourd’hui, c’est de continuer notre combat pacifique et d’amplifier notre engagement aux côtés du peuple algérien pour imposer un changement radical du système et l’avènement de la deuxième République. Au FFS, nous refusons d’évoquer les prochaines échéances qui s’inscrivent exclusivement dans l’agenda du pouvoir en place et qui ne prennent pas en charge les priorités et les attentes populaires.
Nous luttons pour imposer un processus constituant souverain qui remettra le peuple algérien au firmament de toutes les décisions politiques et au centre des légitimations. Néanmoins, pour le PAD, toutes les parties prenantes gardent leur identité et leur autonomie de décision et d’action en toute circonstance.