Propos recueillis par AMIROUCHE YAZID
Reporters : A la veille du coup d’envoi de la campagne électorale pour les locales anticipées du 27 novembre, quel est le point de situation de la participation du FFS à ce scrutin ?
Hakim Belahcel :
Il est primordial de rappeler d’abord le contexte global particulier qui accompagne cette élection. Car, depuis l’irruption révolutionnaire populaire du 22 février 2019, notre pays a traversé plusieurs étapes déterminantes pour la reconquête des espaces de la libre expression et la réhabilitation de l’engagement politique en faveur du dénouement de la crise tentaculaire qui mine notre pays depuis l’Indépendance. Malheureusement, alors que tous les espoirs devenaient permis pour aboutir à une feuille de route et imposer une alternative démocratique dans le pays, le pouvoir a usé de la répression, de l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire et du louvoiement politique pour étouffer cette révolution populaire et galvauder les aspirations légitimes du peuple algérien.
Depuis, nous évoluons dans un climat tendu et incertain malgré l’accalmie trompeuse et les assurances du régime algérien. Ainsi, indépendamment des statistiques provisoires de notre participation à cette élection locale, il faudra souligner notre combat permanent pour réhabiliter l’engagement politique dans les tréfonds de nos collectivités que certains réseaux nihilistes projettent de déraciner définitivement. Cela nous conduit à vous affirmer que, malgré ce climat défavorable à l’exercice politique en tous points de vue, notre parti a réussi à confectionner environ 140 listes communales, 7 listes APW, réparties sur une quinzaine de wilayas. Evidemment, ce nombre reste encore provisoire puisqu’il y a certaines listes notamment à Alger qui attendent le verdict de la justice.
Vous convenez, à la lecture des chiffres de la présence de partis engagés dans ce scrutin, que la participation du FFS est limitée du point de vue statistique et géographique. La participation du FFS n’est-elle pas en dessous de son histoire et de son parcours ?
Objectivement, le climat global que nous avions déjà décrit, greffé au dispositif drastique et bureaucratique imposé par la nouvelle loi électorale, ne pouvait en aucun cas permettre à un parti politique sérieux comme le nôtre de prétendre à plus de listes à l’échelle nationale.
Dans l’élaboration de nos listes et dans le choix de nos candidats, nous avions encouragé la participation de la crème de nos militantes et militants qui sont imprégnés des exigences politiques du moment et connus pour leur probité morale et intellectuelle. C’est cette exigence politique et éthique qui nous a interdit de parrainer des centaines de listes à l’échelle nationale. C’est pour vous dire que dans toutes nos participations, nous avons veillé à préserver l’image du FFS et surtout à engager des femmes et des hommes capables d’assumer leurs responsabilités dans l’accomplissement de leurs missions.

Plus que votre montée au créneau contre l’ANIE, suite au rejet de plusieurs candidats, vous vous attaquez dans vos dernières déclarations à ceux qui critiquent encore votre choix de prendre part à ce scrutin. Pourquoi le FFS se sent-il toujours obligé de réagir à ces attaques ?
Le FFS ne pouvait et ne devait pas rester inerte face au rouleau compresseur bureaucratique et ultra sécuritaire qui a éjecté nombreux candidats de nos listes et de la course électorale. Nous savions déjà, comme développé précédemment, que les conditions de la tenue de cette joute électorale n’étaient pas réunies. Cependant, les abus d’autorité et les entraves rencontrées lors de la collecte des signatures et la confection des dossiers de candidature ont sérieusement affecté notre dynamique initiale au niveau national. C’est ce dispositif drastique et scandaleux qui a voulu humilier nos candidates et candidats, que nous avions fustigé, alors que cette conjoncture faite de désintéressement politique généralisé devait recommander des comportements plus responsables de la part de la tutelle. S’agissant de ceux qui ont contesté notre choix souverain de prendre part au prochain rendez-vous électoral, le FFS a fait du devoir pédagogique et explicatif, une exigence morale et éthique tout au long de notre existence depuis 58 ans. Même lorsque notre parti avait boycotté d’autres occasions électorales, nous avions aussi essuyé des critiques qui nous reprochaient la politique de la chaise vide. Ce qui est important pour nous aujourd’hui, c’est de maintenir notre boussole politique et notre autonomie de décision, dans ce tourbillon fait de manipulation et de surenchère politiciennes. Comme hier et comme toujours, notre parti aura gain de cause et sa clairvoyance, qui a érigé sa grande crédibilité, démontrera à nos détracteurs objectifs et subjectifs l’efficience de nos choix politiques.

Au moment où le FFS évoque une «participation stratégique», vos contradicteurs estiment que le contexte politique, notamment la multiplication des arrestations et des condamnations, ne favorise pas un scrutin régulier…
Au risque de me répéter, le FFS a été le premier à revendiquer l’instauration d’un climat général favorable à toutes démarches de changement ou de dénouement de la crise multiple qui sape l’existence même de notre nation. Sur ce plan, nous n’avons aucune leçon d’engagement ou de cohérence politiques à recevoir.
Le FFS a toujours lutté pour l’ouverture des espaces politique et médiatique et le recouvrement des libertés fondamentales ravies par les menées despotiques et liberticides du pouvoir depuis des décennies. Il en est de même pour nos incessants appels pour la libération de tous les détenus politiques et d’opinion qui croupissent dans les geôles de l’injustice depuis plusieurs mois.
Néanmoins, cette réalité regrettable et condamnable ne devrait pas nous soustraire à notre rôle patriotique et responsable pour épargner notre pays une dislocation certaine. D’où l’ampleur stratégique que nous avions adossée à cette participation.

Devons-nous comprendre à la lumière de votre argumentaire que les enjeux de ces élections sont bien plus importants que le renouvellement des Assemblées locales ?
Les deux enjeux sont complémentaires et importants aux yeux du FFS. Ils sont indissociables puisqu’ils impliquent la réhabilitation de la conscience politique générale et la mobilisation populaire pour faire barrage simultanément aux aventuriers de tous bords et pour contribuer activement dans l’émancipation des collectivités.
Aujourd’hui, notre défi est de restituer à l’espoir sa place dans les cœurs et les esprits des Algériennes et des Algériens, afin de les réconcilier avec l’engagement politique au niveau local et national d’une manière pacifique. Indépendamment des scores électoraux, il s’agira pour nous de perpétuer notre mission historique pour l’avènement de la Deuxième République. C’est un cheminement cohérent et constant vieux de 58 ans de lourds sacrifices.